interview

"Theo Francken est toxique pour la démocratie" (Laaouej)

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Le chef de file de l’opposition socialiste à la Chambre, Ahmed Laaouej, dénonce une dérive du MR vers les idées et la sémantique de la N-VA.

Ahmed Laaouej est le chef de file de l’opposition socialiste à la Chambre. Il n’a pas de mots assez durs pour qualifier la politique du gouvernement Michel, qu’il s’agisse de la relance de l’économie ou de la gestion de l’immigration. Au passage, il dénonce une dérive du MR vers les idées et la sémantique de la N-VA.

Peut-on, alors que la reprise économique est enfin là, se permettre une crise politique?
C’est de la responsabilité du gouvernement Michel. Lorsque la bisbrouille s’installe au sein de la majorité, il se peut qu’il y ait de l’instabilité politique. Pour un gouvernement qui a fait de la relance économique son credo, prendre le risque de créer de l’instabilité politique et, par-là, de l’instabilité économique, est d’une irresponsabilité consternante.

De la part d’un Premier ministre, ce sont des propos inadmissibles.

Que vous inspire le propos de Charles Michel lorsqu’il accuse la FGTB de vouloir encourager le chômage?
De la part d’un Premier ministre, ce sont des propos inadmissibles. Je rappelle quand même que la FGTB fait partie du Groupe des Dix. En basculant dans l’insulte et le dénigrement, Charles Michel a perdu son sang-froid. Ce que je peux du reste comprendre, compte tenu de la pression qu’il subit de la part de la N-VA. Il est victime d’une sorte de contamination haineuse. Il suffit de voir comment la N-VA s’en prend à tous les contre-pouvoirs, que ce soient les syndicats, les ONG, les magistrats et même la presse. Tout qui est contre la N-VA est taxé de gauchisme. Je déplore la contamination du MR par ces idées nauséabondes.

Vous minimisez les créations d’emplois. Or on n’a jamais créé autant d’emplois en si peu de temps au cours des vingt dernières années.
Chaque fois qu’il y a de la croissance économique, il y a de la création d’emplois. C’est mécanique. Le tax shift n’intervient que marginalement dans le bilan emploi. D’après Marcia De Wachter, directrice à la Banque nationale, les 4,4 milliards d’euros de baisses de cotisations patronales et de baisses d’impôts n’ont permis la création que de 12.500 emplois directs en 2016-2017. Cela fait 352.000 euros par emploi, ce qui démontre l’inefficacité des moyens engagés. Le professeur Peersman, de l’université de Gand, affirme que c’est d’abord l’environnement international qui a permis l’embellie sur le marché de l’emploi. En accordant autant de baisses de charges, le gouvernement Michel a surtout réalisé un transfert au bénéfice des actionnaires.

Les prévisions de la Banque nationale à l’horizon 2020 sont dopées par une bulle budgétaire.

Le tax shift serait-il alors un coup dans l’eau?
Ma thèse est la suivante. Les prévisions de la Banque nationale à l’horizon 2020 sont dopées par une bulle budgétaire. Le tax shift n’est pas financé à hauteur de 4,7 milliards d’euros, ce qui dope artificiellement les créations d’emplois annoncées par la BNB. Si le gouvernement veut atteindre son objectif budgétaire, il devra inévitablement taxer la consommation ou couper dans les dépenses sociales.

Comment aurait-il alors fallu procéder pour assurer la relance économique?
L’économie marche, selon moi, sur deux jambes. Il faut à la fois soutenir les entreprises qui engagent et la demande intérieure. Or le saut d’index, qui équivaut à une ponction de 12,5 milliards d’euros sur l’ensemble de la législature, va au contraire asphyxier cette demande intérieure. À cela s’ajoutent les coupes claires réalisées dans la fonction publique. Rien qu’à la SNCB, on a réalisé pour 3,5 milliards d’économies. Et en réduisant les dépenses de la Sécu, on réduit le revenu disponible des gens. Le gouvernement Michel a créé une asphyxie sociale qui entrave la relance économique. La preuve avec la croissance du PIB belge, inférieure à la croissance moyenne de la zone euro.

Certains vous reprochent de taper sur Theo Francken pour éviter que l’on parle des casseroles du PS.
C’est une affirmation stupide. Cela fait trois ans que Francken brave Charles Michel avec des propos dénigrants aux relents racistes. Dès le lendemain de sa prestation de serment en 2014, il s’est affiché avec Bob Maes, un ancien nazi. Ensuite, il s’en est pris à la magistrature. Francken est quelqu’un de particulièrement toxique pour la démocratie.

Croyez-vous que l’enquête du CGRA apportera la clarté voulue? Comment enquêter sur place dans un pays comme le Soudan?
C’est Charles Michel qui s’est engagé à diligenter une enquête pour apporter la clarté sur les rapatriements vers le Soudan. Il lui appartient d’apporter les moyens nécessaires pour que l’enquête puisse être menée à bien. Sinon, il aura une faute supplémentaire à endosser.

Etes-vous certain que la majorité des Belges se soucient du sort des réfugiés soudanais?
La faiblesse politique du Premier ministre et la complaisance du MR ont permis une banalisation de l’ignominie. Theo Francken s’est affiché avec un ancien nazi et a accusé MSF de pratiquer la traite des êtres humains sans que cela suscite une réaction de la part du MR. Aujourd’hui, cela se paie cash. Nous assistons à la faillite morale du MR et de Charles Michel. Ce n’est pas parce qu’ils bradent la démocratie qu’au PS, nous devons l’accepter.

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