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Un gouvernement de droite, vraiment?

Le programme socio-économique de l’équipe dirigée par Charles Michel marque une rupture dans un contexte belgo-belge. Mais, en l’analysant à l’aune des évolutions en Europe, il ne fait que rentrer dans le rang.

Un gouvernement de centre-droit (version Charles Michel)? Un gouvernement d’ultra-droite (version Elio Di Rupo)? Un gouvernement de droite extrême (version Laurette Onkelinx)? Coalition "kamikaze" ou "suédoise"? Le nouvel exécutif divise jusque dans ses appellations. Tranchons, on dira "de droite". Cela nous semble correspondre le mieux à la réalité. Mais au fond, le programme de ce nouveau gouvernement marque-t-il tant une rupture?

Si on le regarde à travers le prisme belgo-belge, la réponse est indubitablement oui. Les partenaires de la suédoise ont brisé une série de tabous. Un service minimum à la SNCB, des travaux d’intérêt général pour les chômeurs, un relèvement de l’âge légal de la pension, un saut d’index, un soutien clair et net aux entreprises, des privatisations d’entreprises publiques, des coupes claires dans les budgets de la fonction publique et de la santé…: autant d’idées qui ne sont, en fait, pas vraiment neuves. Elles circulent depuis des années mais n’avaient jamais fait consensus. C’est de la droite décomplexée, à peine tempérée par quelques remords sociaux-chrétiens. Pas étonnant de voir les différentes organisations patronales du pays avoir du mal à cacher leur satisfaction…

La logique en œuvre n’a toutefois pas été poussée jusqu’au bout: les "suédois" ne supprimeront pas l’indexation automatique des salaires. Ils ne limiteront pas les allocations de chômage dans le temps. L’assainissement budgétaire, pièce maîtresse de la suédoise, ne fait que continuer celui entrepris par le gouvernement Di Rupo. Rupture, oui. Révolution, non.

Et si on veut bien ôter nos œillères belges, ouvrir les yeux et regarder ce qui se passe ailleurs en Europe, l’image est nettement plus floue.

Prenez la pension à 67 ans. Soit dit en passant, la "suédoise" a pris cette mesure pour faire plaisir à la très orthodoxe Commission européenne pour mieux faire passer la pilule d’un retour à l’équilibre budgétaire plus tardif que prévu. En Europe, plusieurs pays ont déjà prévu de franchir le pas et de repousser les départs à la retraite au-delà de 65 ans (Allemagne, Espagne, Italie, Pays-Bas, Grèce…). La décision de Charles Michel & cie n’a donc rien d’extraordinaire.

Schröder, Valls, Renzi

On vous rafraîchit la mémoire? En Allemagne, les réformes Hartz ont été initiées il y a dix ans! — par le chancelier social-démocrate Gerhard Schröder. Il s’agissait, entre autres, de la création de "mini-jobs" payés 4 euros de l’heure ou du très net durcissement de l’octroi des allocations de chômage.

Allez, petites devinettes. Ces derniers jours, qui a dit "mon gouvernement est pro-business"? Le Premier ministre socialiste français Manuel Valls. Et qui vient de faciliter les conditions de licenciement des travailleurs? Le président du Conseil italien Matteo Renzi. Deux des grands leaders de la gauche européenne. Qu’on aime ou pas, le programme du gouvernement de Charles Michel s’inscrit donc dans une lame de fond européenne.

Les économies du Vieux continent sont aux abois, surendettées et en panne de croissance. Les gouvernants cherchent partout des moyens de sortir de l’ornière. Ils jouent à fond, quoi qu’ils en disent, la concurrence fiscale et sociale pour s’en sortir. La droite n’est pas au pouvoir partout. Mais elle a gagné la bataille idéologique.

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