Un nouveau souffle pour le patrimoine militaire

Boyau de la mort ©© De Meester Johan

Le War Heritage Institute, dans lequel va se fondre le Musée royal de l’Armée, entamera son existence le 1er mai. Il sera dirigé provisoirement par l’ancien directeur de l’Institut des vétérans, Michel Jaupart. Le site du Cinquantenaire pourrait faire l’objet d’une rénovation plus ou moins lourde.

La Chambre a adopté jeudi après-midi en séance plénière le projet de loi portant sur les fonts baptismaux, dès le 1er mai, le War Heritage Institute, le nouvel organisme transversal dédié à la gestion du patrimoine militaire belge et à la transmission de la mémoire. Le WHI, un parastatal de type B, va absorber le Musée royal de l’Armée et d’Histoire militaire (MRA), dont le site de Bruxelles, au Cinquantenaire, se trouve aujourd’hui dans un état de délabrement assez avancé. Il intégrera également une partie des compétences de l’Institut des Vétérans- Institut national des Invalides de Guerre (IV-Inig), le Mémorial national du Fort de Breendonk et le Pôle historique de la Défense, qui gère le Boyau de la mort à Dixmude.

©Sackermann, Joern, / Hollandse Hoogte/Hollandse Hoogte

Le WHI sera dirigé provisoirement par Michel Jaupart, le patron sortant de l’IV-Inig, dans l’attente de la nomination définitive d’un directeur, qui sera flanqué d’un adjoint. Le texte de loi spécifie noir sur blanc que le Cinquantenaire reste "le site muséal principal" du WHI, dont le siège est situé à l’École royale militaire. Bruxelles conservera donc, notamment, la prestigieuse collection d’avions.

Le WHI assurera la tutelle sur les sites propres et conservera la gestion de toutes les collections – on parle de 130.000 pièces liées à l’histoire militaire belge –, qui restent patrimoine national, même quand elles sont situées dans les Régions. Il collaborera avec les sites en concession (qui restent la propriété de l’Etat, comme le Fort de Loncin) ou les sites associés (à l’instar du Memorial 1815 à Waterloo), à qui il peut prêter du matériel.

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Installations vétustes

Cette nouvelle structure doit permettre de relancer une institution à la gestion controversée, dont la fréquentation ne cesse de reculer. Avec des installations vétustes et de nombreuses collections mises en dépôt faute de moyens financiers (comme à Brasschaat), le MRA, un établissement scientifique fédéral dépendant du ministère de la Défense, avait besoin d’une refonte profonde.

Fort de Breendonk ©BELGAIMAGE

Ces derniers mois, la situation au sein du Musée, très tendue depuis plusieurs années, s’est apaisée. Le directeur ad interim, le général Oger Pochet, a repris les choses en main dans l’attente de l’installation du WHI. Durant son bref passage à la tête de l’institution, cet ancien vice-chef de la Défense a lancé la modernisation de la salle 14-18 et fait poursuivre l’aménagement de la halle Bordiau, consacrée à différents thèmes de la Seconde Guerre mondiale. Il a également décidé de faire revenir quelques blindés dans la cour carrée pour une prochaine exposition consacrée aux 50 ans du char Leopard.

Mais le MRA, qui n’aura plus de directeur propre, va devoir subir une réforme beaucoup plus profonde. Côté bâtiments, 15 millions ont été prévus pour la rénovation des toitures, principalement celle du hall du Musée de l’Air. La célèbre salle historique, souvent qualifiée de "musée dans le musée", doit être sérieusement dépoussiérée. La cour carrée, qui doit être refaite – une partie de l’égouttage s’est effondré – et probablement recouverte en partie, doit quant à elle ultérieurement abriter les véhicules qui ont servi dans l’armée belge après 1945.

Fort de Loncin ©© Clément Philippe

Difficulté supplémentaire, il faudra compenser le départ des militaires qui prendront progressivement leur retraite et ne seront pas remplacé par la Défense. Tout cela coûtera cher, fort cher. La loi créant le War Heritage Institute prévoit que tant pour le Cinquantenaire que pour les autres sites dont dispose aujourd’hui le Musée, des partenariats publics-privés seront recherchés, en collaboration éventuelle avec les communes concernées, pour la rénovation et l’exploitation de ces sites. Détail amusant, alors que certains députés de l’opposition au Fédéral accusent le ministre de la Défense de vouloir régionaliser les collections, le gouvernement wallon fait de son côté ouvertement des offres de service pour accueillir éventuellement une partie de ces mêmes collections à Bastogne ou sur d’autres sites wallons…

Une fermeture temporaire?

Mais jusqu’où ira l’intrusion du privé dans la gestion de ce patrimoine public? La question n’est pas encore tranchée, nous a laissé entendre récemment le ministre de la Défense Steven Vandeput (N-VA). Certains n’évoquent que la restauration, la gestion des billetteries et des boutiques ou l’organisation d’expositions. Ce qui semble insuffisant au vu des besoins du seul site de Bruxelles. "Ce ne sera pas simple, concède Oger Pochet. Le Conseil d’Etat a encadré strictement tout cela. On ne pourra pas faire n’importe quoi. Il y a notamment une impossibilité légale de déléguer au privé la gestion de certaines réserves d’armes."

Les chars de Bastogne ©Tim Dirven

D’autres lorgnent ce qui a été réalisé aux Pays-Bas (Soesterberg), où l’essentiel de l’investissement pour le nouveau musée militaire (120 millions d’euros) a été assuré par le privé, l’Etat payant une redevance. Une option lourde qui – dans le cas où des partenaires privés se manifesteraient – nécessiterait probablement la fermeture d’une grande partie du musée pendant plusieurs années.

Boyau de la Mort à Dixmude ©© De Meester Johan

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