Vifs échanges sur l'affaire des Soudanais, Michel convoque Francken

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En ce jour de rentrée parlementaire, le Premier ministre Charles Michel a été soumis à un flot de critiques de la part de l'opposition sur sa gestion de l'affaire des Soudanais et des nombreuses frasques de son secrétaire d'Etat à l'Asile et aux Migrations, Theo Francken. Celui-ci a d'ailleurs été convoqué ce vendredi matin par le Premier pour évoquer sa communication.

Charles Michel a convoqué le secrétaire d'Etat à l'Asile et aux Migrations Theo Francken ce vendredi matin pour un entretien à propos de sa communication. Une annonce qui fait suite à la rentrée parlementaire agitée qui a eu lieu ce jeudi et qui a vu Charles Michel s'exprimer pour la première fois devant les députés - sa seule réaction à ce jour est un long message qu'il a publié le 2 janvier sur sa page Facebook - à propos des Soudanais qui ont été expulsés par la Belgique et qui auraient été, selon une ONG, torturés une fois de retour dans leur pays.

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"Les politiques d'asile méritent de la nuance. Nous avons été confrontés à une situation difficile pendant l'été après le démantèlement de la jungle de Calais. Nous n'avons pas voulu permettre que se développe une zone de non-droit sur notre sol. Beaucoup de personnes n'ont pas voulu introduire de demandes d'asile. C'est dans ce cadre-là que nous avons décidé de permettre une mission d'identification. Personne ne me dicte ma conscience sur ce sujet. D'autres pays européens ont la même approche", a expliqué le Premier ministre.

"Nous avons communiqués au ministre de l'Intérieur que nous souhaitions lancer une enquête indépendante. Nous espérons obtenir les résultats de l'évaluation à la fin du mois. Nous voulons faire la clarté sur ces faits. C'est un engagement fort de ce gouvernement devant cette assemblée. L'Etat de droit, ce n'est pas des sciences exactes, ce sont des sciences humaines. Il faut statuer au cas au cas. Il y a là un enjeu européen. Nous essayons d'arriver à une harmonisation du droit européen, cela me semble fondamental pour l'avenir", a ajouté Charles Michel.

"Je lance un appel à chacun pour que dans ce dossier où des vies humaines sont en jeu, on fasse preuve de nuance et de responsabilités."
Charles Michel

"Par rapport à la note du Haut commissariat des réfugiés, elle a été présentée de façon tronquée. Il y a la nécessité d'accorder la protection subsidiaire dans un certain nombre de provinces, mais pas toutes. L'enquête devra démontrer comment cette note a été prise convenablement ou pas. Je lance un appel à chacun pour que dans ce dossier où des vies humaines sont en jeu, on fasse preuve de nuance et de responsabilités. Je suis pour une politique qui protège les frontières européennes, je ne veux pas d'une jungle de Calais en Belgique et je n'apprécie pas le procès que certains veulent faire. Je reviendrai avec confiance devant le Parlement une fois l'enquête faite", a conclu le Premier ministre.

L'opposition sans concessions

Tous les partis, sauf le PP, ont introduit une question pour le Premier ministre. C'est le président du DéFI Olivier Maingain qui a posé la première question au Premier ministre, suivi par la députée PS Julie Fernandez Fernandez. Tous les deux ont parlé d'un tournant dans la vie politique belge. Ils ont demandé de cesser toute collaboration avec le Soudan et ont appelé les libéraux à la raison. Les députés de l'opposition se sont ensuite suivis au pupitre et ont abondé tous dans le même sens que les premiers intervenants.

"On vous compare au Premier ministre Viktor Orbán mais vous ne lui arrivez même pas à la cheville."
Filip Dewinter

Ils ont aussi reproché le fait qu'une enquête rapide était attendue et qu'il n'en est encore rien aujourd'hui. La première voix dissonante qui s'est fait entendre a été celle de Filip Dewinter, le président du Vlaams Belang, qui a reproché à Francken de ne pas aller assez loin en matière d'immigration. "On vous compare au Premier ministre Viktor Orbán mais vous ne lui arrivez même pas à la cheville", a ainsi clamé Dewinter.

David Clarinval (MR) est ensuite venu défendre le Premier ministre au pupitre. Il a rappelé le slogan du gouvernement qui est une "politique d'asile humaine mais ferme". Il a rappelé que le gouvernement voulait éviter un Calais en Belgique et qu'il était normal qu'un pays veuille connaître l'identité de toute personne présente sur son territoire.

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Quant à Patrick Dewael, chef de groupe des libéraux flamands, il a reproché à Theo Francken et plus largement à la N-VA de communiquer à tort et à travers sur les Soudanais pour attirer l'électorat du Vlaams Belang. "Toute cette euphorie autour de ce renvoi de migrants dans leur pays ne me semble pas nécessaire", a indiqué Dewael.

L'homme qui déchaîne les passions dans cette affaire est le secrétaire d'Etat à l'Asile et aux Migrations Theo Francken, de plus en plus isolé et qui ne doit son salut qu'au soutien ferme et indéfectible de son parti, la N-VA, son président Bart de Wever ayant annoncé il y a quelques jours que si Francken était amené à démissionner, la N-VA quitterait purement et simplement le gouvernement, ce qui provoquerait des élections anticipées.

Une sortie qui n'avait pas du tout plu au Premier ministre qui a rappelé le lendemain qu'il ne se soumettrait à aucun chantage de qui que ce soit.

Charles Michel: "Mon ambition est de concrétiser le pacte énergétique cette année"

"Ce gouvernement a pris des responsabilités sur la sortie du nucléaire dès 2025. L'objectif est de développer le meilleur pacte énergétique qui font coïncider plusieurs principes qui ne sont pas concordants. Nous voulons plus de précisions, notamment sur l'impact sur la facture des clients, pour avoir une connaissance totale et complète. Mon ambition est bien entendu de concrétiser le pacte cette année", a expliqué Charles Michel en réponse à plusieurs questions sur les avancées du pacte énergétique, actuellement bloqué par la N-VA.

"Vous ne faites que de faire plaisir à la N-VA. Moi je soutiens le pacte énergétique de Marie-Christine Marghem qui est encore membre de votre parti si je ne me trompe. Nous soutenons la sortie du nucléaire et ce ne sont pas les conservateurs qui vont nous en empêcher", a répliqué avec colère le député Ecolo Kristof Calvo.

Quant aux rumeurs à propos de la construction d'une nouvelle centrale nucléaire, Charles Michel est resté très évasif et a simplement répondu que "toutes les possibilités pourraient être envisagées". Une réponse très vague qui ne manquera certainement pas d'inquiéter ceux qui croient que le gouvernement ne finalisera finalement pas le pacte énergétique comme il était initialement prévu.



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