Bernard Tapie et Nethys divergent sur la montée dans La Provence

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Après être entré à hauteur de 11% dans le capital du quotidien La Provence, il était prévu que Nethys monte à 34%. Aujourd’hui, les deux parties sont en désaccord sur la valorisation de cette montée. Et Bernard Tapie regrette la gestion politique du dossier. Il réclame de la clarté.

Cela a beau être une histoire franco-belge, il y a de la friture sur la ligne entre Nethys et le groupe Bernard Tapie, propriétaire du quotidien La Provence. Les amitiés d’hier sont en train de tourner au vinaigre et les parties ont dû se tourner vers le tribunal de commerce de Paris pour s’entendre. "Nethys et moi, nous avons travaillé main dans la main, dans un esprit ouvert et d’amitié et là, nous ne sommes plus que deux camps qui n’ont plus d’autre intérêt que celui de défendre leur pré carré", nous a expliqué Bernard Tapie à qui nous avons parlé mercredi.

Stéphane Moreau ©Photo News

Pour rappel, l’Avenir Développement (AD, filiale de Nethys) était entré dans le capital de La Provence à hauteur de 11% le 18 septembre 2015. Un pacte d’actionnaires signé à ce moment prévoyait la montée de Nethys à hauteur de 34% dans le capital du quotidien. En cas de désaccord sur la valorisation de cette montée dans le capital, il était prévu de se tourner vers un expert désigné par le tribunal de commerce de Paris.

D’après nos informations, Nethys a valorisé La Provence à 10 millions d’euros. Du côté du groupe Bernard Tapie, l’estimation se chiffre à 54 millions d’euros! Bernard Tapie assure avoir une offre à 32 millions pour l’immobilier de La Provence. On le voit, un gouffre s’est installé entre les deux groupes concernant la valorisation de l’ensemble.

Les deux parties ont donc décidé, comme le prévoit le pacte d’actionnaires, de se tourner vers le tribunal de commerce de Paris pour réaliser une expertise. Bernard Tapie a récusé Didier Cardon, le premier expert désigné, car il avait déjà travaillé dans le cadre de l’affaire Adidas. A priori, une réunion devrait avoir lieu la semaine prochaine au tribunal pour désigner un nouvel expert.

Respect des affaires

En attendant, Bernard Tapie regrette la tournure politique prise par le dossier depuis quelques semaines. "Je ne suis pas en conflit avec Nethys, nous sommes juste dans une position où chacun défend ses intérêts. Il existe un réel climat d’amitié entre les collaborateurs de Nethys et moi et entre la direction de Nethys et moi-même", nous a expliqué l’homme d’affaires.

Valérie De Bue, nouvelle ministre des Pouvoirs Locaux. ©Photo News

Mais ce que goûte peu Bernard Tapie, c’est la sortie récente dans nos pages de Valérie De Bue, la ministre wallonne en charge des Pouvoirs locaux, estimant que Stéphane Moreau, le CEO de Nethys, devait quitter son poste. Concernant le positionnement de Nethys dans des titres de presse dans le sud de la France (Nethys possède 11% de La Provence et 20% de Nice-Matin), la ministre n’y allait pas non plus avec le dos de la cuillère. La ministre libérale dénonçait une "dérive", ajoutant que "la diversification vers des organes de presse comme Nice-Matin ne rentre pas dans l’intérêt communal".

Bernard Tapie, qui a œuvré main dans la main avec Stéphane Moreau pour redresser La Provence et qui a soutenu les travailleurs de Nice-Matin en leur prêtant de l’argent, n’apprécie guère cette déclaration.

"Depuis le début, on sait que Nethys fonctionne sur des fonds publics, il est donc normal que cela soit géré par la majorité politique en place, mais cela ne donne pas le droit de ne pas respecter les affaires. Dans le monde des affaires, il faut de la sérénité et de la crédibilité. On fait quelque chose avant de l’annoncer, et pas le contraire. Si on flingue quelqu’un en public aujourd’hui, comment voulez-vous qu’il soit crédible demain? Je trouve cela incorrect et ce n’est pas l’idée que je me fais du monde des affaires", assure Bernard Tapie qui se félicite de sa collaboration avec Stéphane Moreau et ses équipes.

"Cela fait 40 ans que je fais des affaires et ce que je peux vous dire, c’est que les affaires ne se font pas sur la place publique."
Bernard Tapie

"Cela fait 40 ans que je fais des affaires et ce que je peux vous dire, c’est que les affaires ne se font pas sur la place publique. Ce faisant, on porte un préjudice à la société et à ses filiales", a encore expliqué Bernard Tapie.

Concernant le différend à propos de la valorisation de La Provence, l’homme d’affaires précise avoir transféré tous les pouvoirs à Jean-Christophe Serfati, le directeur général de La Provence, pour gérer le dossier. L’issue, pour Bernard Tapie, est claire. Soit il y a un accord sur la valorisation et Nethys monte dans le capital de La Provence à la valeur prévue, soit il n’y a pas d’accord et Nethys sort du capital du journal en se faisant rembourser.

"On ne veut pas rester avec un actionnaire dormant à 11%."
bernard tapie
propriétaire de la provence

En réalité, ce que demande Bernard Tapie, c’est de la clarté sur la position de Nethys par rapport au capital de La Provence. "On ne veut pas rester avec un actionnaire dormant à 11%", a-t-il assuré, avant de glisser que chacun fera son chemin avec ses devoirs et ses obligations.

"On passe d’une étape où nous pouvions passer un week-end ensemble à un stade où on s’insulte", a-t-il encore précisé avant de conclure. "Il n’y a pas de drame économique ou commercial, mais c’est une catastrophe humaine. Ce qu’il se passe aujourd’hui est désastreux pour l’image." Reste à voir si les parties s’entendront autour de la valorisation faite par la justice française.

Juste une application du pacte d’actionnaires

Pas de déclaration officielle de la part des dirigeants de Nethys que nous avons contactés. Ils précisent qu’il n’y a pas de dispute entre le groupe liégeois et son partenaire Bernard Tapie à propos de La Provence. "C’est une simple divergence de vue sur l’application du pacte d’actionnaires et c’est la raison pour laquelle avons décidé d’un commun accord de nous tourner vers le tribunal de commerce de Paris comme le prévoit le pacte", nous a toutefois confié Philippe Delaunois, administrateur de Nethys et pilote des projets médias pour le groupe.

Bernard Tapie ©REUTERS

Selon d’autres sources proches du dossier, la divergence porte sur les conditions de la montée en puissance de Nethys dans le capital du groupe La Provence.Les représentants de Nethys avaient pris des précautions en fixant d’un commun accord avec Bernard Tapie une formule de calcul de la valorisation du groupe de médias français.

C’est cette valorisation qui détermine la montée. Et c’est justement sur cette valorisation que les positions divergent. La valorisation serait d’environ 20 millions, d’après Nethys, contre 54 millions pour Bernard Tapie. Si la valorisation est supérieure à 45 millions, Nethys rachète les parts de Tapie à 11 millions pour monter à 34% dans un premier temps (pour avoir des droits), puis à 49%.

Si la valorisation est inférieure à 45 millionstrois scénarii sont envisagés: soit Nethys monte en puissance mais en payant moins, soit le groupe liégeois garde sa participation de 11%, soit il peut obliger Tapie à racheter ses parts au prix de départ (environ 5 millions injectés par augmentation de capital avec création de nouvelles parts en en 2015).

9 millions
En 2015, Bernard Tapie prévoyait un Ebitda (excédent brut d’exploitation) de 9 millions pour La Provence en 2016.

"Nous voulons aussi voir clair et avancer", souffle-t-on du côté de la rue Louvrex. Avec ces éléments, on comprend pourquoi l’homme d’affaires français veut une valorisation qui dépasse 45 millions. À titre d’exemple, un élément joue en sa défaveur. En 2015, Bernard Tapie prévoyait un Ebitda (excédent brut d’exploitation) de 9 millions pour La Provence en 2016.

À l’arrivée, l’Ebitda réalisé s’élève à 3 millions et il s’agit d’une donnée de la formule de valorisation. Suite à la divergence, les deux parties avaient choisi l’expert-comptable Didier Cardon pour procéder à l’évaluation.

Bernard Tapie l’aurait accepté dans un premier temps malgré le fait que l’expert ait levé toute ambiguïté en précisant qu’un de ses associés a travaillé dans l’affaire Adidas. Quelques jours plus tard, il récusa. Le tribunal doit désormais soit confirmer l’expert Cardon ou en désigner un autre. Décision avant fin de l’année.

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