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C'est décidé, je consacre plus de temps à ma famille

©Hollandese Hoogte

Janvier, c’est le mois des bonnes résolutions. Oui, mais comment les concrétiser vraiment? Comment faire pour qu’elles ne restent pas des vœux pieux? L’Echo vous sert de guide…

Voilà une bonne résolution qui commence bien mal. Nous sommes le 1er janvier, il est 11h30, et je suis devant mon PC. Occupée à vous expliquer que j’ai décidé, pour cette nouvelle année 2018, de mieux organiser ma vie professionnelle et ma vie privée… Et par ricochet, consacrer plus de temps à ma famille. Hé oui. Pour le coup, y a du boulot… Y a plus qu’à, oui. Mais comment faire?

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Cette conciliation vie privée/vie professionnelle, ça fait des années que j’ai du mal à composer avec elle. Apparemment, je ne suis pas la seule, des études montrent que plus de 60% des salariés disent "manquer de temps". Je checke régulièrement mes messages à la maison, ça énerve parfois mes filles. Je télétravaille parfois pour les récupérer moi-même à l’école, mais je ne suis finalement pas à 100% là pour elles. Je tapote sur mon PC pour boucler mes papiers tout en donnant les instructions pour le souper. Pour le coup, je suis vraiment mal placée pour vous expliquer comment faire. Alors j’ai fait appel à un spécialiste. Bernard Fusulier est sociologue à l’UCL, et spécialiste de l’articulation vie privée/vie professionnelle. Il tombe à pic.

Pour commencer, il me déculpabilise:

"Qui dit conciliation dit tension. Ces dernières décennies, la tension travail/famille s’est globalement accentuée sous l’influence de la féminisation du marché du travail, des inégalités entre les hommes et les femmes, de la précarisation des emplois, de la flexibilisation du travail et du temps de travail, de la mobilité, de la diversification des modèles familiaux…"

Problème structurel

©Roel Burgler/Hollandse Hoogte

Bref, cette difficile articulation entre vie privée et travail, je n’en suis pas la (seule) responsable. "C’est aussi un problème structurel pour l’ensemble de la société, explique-t-il. Et malgré certains dispositifs d’aides aux parents travailleurs mis en place, aucune solution globale, satisfaisante et durable n’a pu être trouvée."

Tout ça ne me dit toujours pas comment je vais pouvoir m’en sortir, et tenir ma bonne résolution… "Il faudrait reprogrammer le logiciel social, revoir en profondeur l’organisation de notre société. Des scénarios existent", dit-il. Oui, ça c’est la recette collective. Et on n’est pas prêts à la faire aboutir en 2018… Alors moi là-dedans?

Le sociologue me cite l’usage du temps partiel et du congé parental, les services à domicile, l’aide des grands-parents, l’ajustement de ses horaires et le télétravail. Excepté le temps partiel, tout ça je l’ai tenté. Ca aide, mais ça reste insuffisant…

Droit à la déconnexion

"Pour des personnes fortement investies dans leur vie professionnelle, mais qui ne veulent pas pour autant sacrifier leur vie de famille, il y a aussi des choix personnels à opérer", poursuit-il. Ah, voilà, je sens qu’on touche au but. Le sociologue brandit le "droit à la déconnexion", prenant l’exemple d’un cadre qui a décidé de ne plus répondre aux messages le week-end, et qui refuse dorénavant de partir en déplacement à l’étranger le dimanche soir. Ce droit à la déconnexion vient justement d’être inscrit dans la loi par le ministre de l’Emploi Kris Peeters (CD&V).

Une autre piste de solution, c’est aussi d’arrêter de procrastiner. À force de remettre à plus tard les tâches les plus difficiles, on prend du retard, et on finit par se retrouver devant son PC dans son salon, à 22h. Mieux organiser son travail, se fixer des objectifs, et aussi apprendre à parfois dire non sont également des pistes de solution.

"Le travail et la famille sont deux importantes valeurs qui donnent un sens à l’existence pour la plupart des gens. L’idée qu’il faille sacrifier l’un pour l’autre est devenue difficilement audible."
bernard fusulier
sociologue à l’ucl

Enfin, le sociologue invite aussi à changer son regard. On retombe ici dans la solution collective. Qui semble, au final, être la clé de tout. "Le travail et la famille sont deux importantes valeurs qui donnent un sens à l’existence pour la plupart des gens. L’idée qu’il faille sacrifier l’un pour l’autre est devenue difficilement audible, explique Bernard Fusulier. À défaut d’avoir une solution structurelle, les bonnes résolutions de début d’année peuvent contribuer à modifier les regards, à trouver de nouvelles pratiques et changer des cultures qui produisent des effets plus pervers que vertueux."

Il cite un autre exemple vécu. Celui d’un chef d’entreprise qui a dû ralentir sa cadence et davantage déléguer après avoir été confronté à la maladie grave de sa fille. "Il l’a vécu comme un électrochoc, raconte Bernard Fusulier. Il a impulsé un management plus humain: plus d’écoute, plus d’empathie, plus de confiance, plus de reconnaissance, plus d’ouverture aux nécessités de la vie extra-professionnelle… Et il a constaté que, ce faisant, l’ambiance de travail était plus relax, que l’absentéisme avait chuté, et que son chiffre d’affaires n’a pas diminué..."


©Roel Burgler/Hollandse Hoogte


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