chronique

Corona et climat, de faux amis

L'épidémie de coronavirus fait chuter les émissions de CO2. Une bonne nouvelle pour le climat? C'est tout le contraire.

Le coronavirus serait une "aubaine" pour la lutte contre le réchauffement climatique. Il pourrait même être une sorte de "répétition générale" pour ce qu'il convient de faire à l'avenir pour préserver notre petite planète bleue. Voilà quelques-unes des affirmations lues ci et là les derniers jours. Des inepties.

Alors, oui, le coronavirus provoque une chute brutale de l'activité économique. Dès lors, la pollution atmosphérique et les émissions de CO2 sont en nette baisse. Il y a quelques jours, des images satellites impressionnantes de la Nasa montraient ainsi un recul spectaculaire de la concentration en dioxyde d'azote (NO2) en Chine.

Cette image satellite de la Nasa montre une forte baisse de la concentration en dioxyde d'azote. ©EPA

Chez nous, une journée de confinement équivaudrait à un dimanche sans voitures. L'air est plus pur, même rue de la Loi à l'heure de pointe. Fantastique, non? Eh bien non. La baisse des émissions de CO2 est certes bien réelle. Mais elle est temporaire. Cela n'a rien de structurel. Et elle ne pèse pas bien lourd dans la quantité totale de nos émissions de gaz à effet de serre. La comparaison avec un dimanche sans voitures est, après tout, assez juste: s'il s'agit d'une parenthèse et qu'on pollue à mort les 364 autres jours de l'année, ça n'a pas de sens. S'il s'agit de faire preuve de pédagogie et de mettre en place de bonnes pratiques, c'est positif.

Bien sûr, la crise économique induite par le coronavirus va durer des mois, voire des années, avec un effet mécanique sur lesdites émissions. Mais c'est une conjoncture. Les différents plans de relance massifs lancés par tous les gouvernements risquent d'avoir des effets bien plus néfastes que le gain momentané enregistré actuellement. Ils pourraient soutenir des industries polluantes – un mouvement encore facilité par la chute des cours pétroliers – et retarder la nécessaire transition écologique de nos économies. Songeons par exemple au soutien aux compagnies aériennes. Songeons aussi au "green deal" européen: qu'en restera-t-il lorsque des centaines de milliards d'euros auront été dépensés pour autre chose, l'urgence sanitaire et économique? L'idéal serait évidemment de teinter de vert la relance souhaitée, mais il y a fort à parier que cette considération soit reléguée au second plan. Dès lors, les objectifs climatiques à long terme seront intenables.

Ce qui nous amène à une deuxième réflexion. Pour certains, cette crise – en nous forçant à décroître, à réorganiser nos modes de vie et nos économies – serait en quelque sorte le précurseur d'un modèle économique futur plus respectueux de l'environnement. C'est parfaitement idiot et indécent. Au-delà des milliers de morts et de malades, la crise actuelle, ce sont des millions d'emplois perdus, des revenus en baisse pour un grand nombre de personnes, des liens sociaux distendus, des libertés entravées... On doute fort que beaucoup de citoyens apprécient. Présenter cette situation comme une opportunité ou un exemple de transition écologique pour l'avenir est le plus sûr moyen de la faire détester. Or, il faut justement démontrer que le développement durable, c'est tout le contraire, c'est améliorer la qualité de vie, c'est créer de nouvelles opportunités économiques, entre autres dans des filières "vertes" créatrices d'emplois. 

Il y a beaucoup à dire sur la surexploitation de nos ressources, sur le rapport de l'Homme à son environnement, sur les travers de la mondialisation. Mais cette pandémie n'est pas un rappel à l'ordre de la Terre aux humains. C'est d'abord la conséquence, bête, d'un manque d'hygiène.

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