interview

"Dans 30 ans, le foot ne sera plus qu'une note de bas de page dans ma carrière"

©Belga

"Je suis bien plus qu’un simple joueur de football." Le capitaine des Diables Rouges, Vincent Kompany, parle pour la première fois de ses ambitions en dehors du football.

Nous avons rencontré Vincent Kompany lundi, 36 heures avant sa blessure au cours du match de Champions League opposant Manchester City et le Dynamo Kiev. "Peut-être que certains penseront que le moment est mal choisi pour parler de mes motivations et de la manière dont je gère mes projets en dehors du football", nous dira-t-il plus tard. "Mais je sais combien je m’investis pour le sport. Et je pense aussi que, blessure ou non, je n’ai pas à cacher qui je suis réellement." Une semaine auparavant, Vincent Kompany nous avait demandé, via le service de presse de son club, de venir à Manchester. Il est très ambitieux, même en dehors de l’univers du football. Une ambition qu’il souhaite concrétiser avec un séminaire sur l’éthique et l’entrepreneuriat durable organisé ce week-end à Manchester, par son studio de stratégie créative Bonka Circus.

Pour l’interview, nous rencontrons le défenseur au bar d’un hôtel au centre-ville de Manchester. Il n’a pas réservé de salle, pas même une table. Il ne cherche pas à se cacher. La barmaid lui fait les doux yeux et le serveur nous dévisage. Kompany est impressionnant, avec un sourire très professionnel et une voix particulièrement calme. "Cherchons un petit coin tranquille." Il commande un café au lait auquel il ne touchera pas pendant plus d’une heure. Vincent Kompany parle comme il joue au foot: il est à la fois attentif et concentré, désinvolte et enthousiaste.

Quelques heures auparavant, il s’est entraîné pour le match contre Kiev. Au cours de cet entraînement, un ballon de Kompany a heurté accidentellement le visage de son partenaire, Sergio Aguero. Les sites de foot britanniques se délectent. Mais pour Kompany, l’incident est clos depuis plus de deux heures et le match contre Kiev est encore loin. Maintenant, il ne veut pas parler football, mais d’esprit d’entreprise. C’est la logique même, d’après Kompany. "‘À chacun son métier, et les vaches seront bien gardées’, entend-on parfois dire en Belgique. Quel non-sens! Je déconseille à quiconque d’écouter cet adage."

©SOS kinderdorpen

Sur ce plan, êtes-vous différent des autres footballeurs?

Aujourd’hui, vous voyez de plus en plus de joueurs s’intéresser à d’autres domaines. Aux Etats-Unis, il est fréquent que les athlètes aient des activités en dehors de la sphère sportive, qu’ils considèrent comme complémentaires. Je pense que c’est très positif. Pour moi, c’est une façon de me détendre. Comme joueur de Première Division, on vous considère comme le centre du monde, et, pour éviter d’en être soi-même persuadé, il faut s’occuper d’autre chose. Je sais ce que je veux réaliser. Je suis un entrepreneur dans l’âme, engagé dans la responsabilité sociétale.

Est-ce une manière de rendre ce qui vous a été donné?

Je ne l’ai jamais ressenti comme une obligation, ça a toujours été un choix personnel. Au fur et à mesure que je gagnais de l’argent, je sentais que j’avais la responsabilité de faire quelque chose. Même lorsque j’avais 18 ans, la responsabilité sociétale n’était déjà plus secondaire. En réalité, elle a toujours occupé une place aussi importante dans ma vie que le football. Cela s’explique aussi par mes origines: ma mère était une dirigeante syndicale, et mon père un révolutionnaire opposé à Mobutu. Ces dernières années, j’ai accumulé de nouvelles compétences et expériences. J’ai étudié. Je suis aujourd’hui bien plus conscient de l’impact que je peux avoir.

Est-ce la raison pour laquelle vous avez entrepris un MBA à la Manchester Business School? Pour être en mesure d’imprimer davantage votre marque?

Je veux comprendre les choses et réaliser des projets. Cela me mettait mal à l’aise lorsque je devais demander des informations à mon comptable ou à mon directeur sportif, comme si j’étais un enfant de maternelle. Je n’osais aller nulle part parce que je ne possédais pas les connaissances suffisantes. Donc, dans un premier temps, j’ai décidé d’ouvrir des livres, rien de plus. Au début, je ne savais même pas ce que "MBA" voulait dire. Aujourd’hui, j’ai presque terminé le cursus, je prépare mon travail de fin d’études. Sur quel sujet? C’est une surprise! (Rires.) J’ai trois pistes, nous verrons bien.

Concrètement, qu’avez-vous appris?

Que rien n’est impossible. Je n’ai jamais fait d’études universitaires. Il y avait un fossé de sept ans entre le dernier livre que j’avais ouvert et le premier syllabus de mon MBA. Lorsque je l’ai ouvert pour la première fois, je ne comprenais même pas l’introduction. Corporate finance? Jamais entendu parler. J’étais frustré, car j’avais toujours pensé que j’étais intelligent. Alors, je me suis lancé corps et âme. Vraiment. J’ai suivi tous les cours, et chaque fois j’ai réussi. Je me suis dit: "Ce petit jeu sera bientôt terminé." Mais je ne faisais que m’améliorer. Cela ne m’a pas rendu plus intelligent qu’avant. L’objectif ne se limite pas à obtenir un diplôme. En fait, c’est sans importance. Je me suis donné comme objectif d’atteindre un certain niveau, et je sais aujourd’hui que je peux encore aller plus loin. J’ai moins de complexes à défendre un sujet. Avant, je pensais: "Il y a tellement de gens brillants dans ce monde, laissons-les parler." Aujourd’hui, je suis persuadé que je dois avant tout écouter, mais aussi ne jamais douter de moi-même. Vous pouvez devenir comme ceux que vous admirez. Et je sais aujourd’hui ce que signifie le mot "entreprendre".

"De nombreux projets peuvent se concrétiser au carrefour de l’entreprise et de la bienfaisance."
Vincent Kompany
Capitaine des Diables Rouges

Pouvez-vous expliquer?

J’avais déjà une intuition sur l’entrepreneuriat lorsque je suis devenu ambassadeur de SOS Villages d’enfants et que nous avons lancé des projets au Congo. Cette organisation disposait des bons partenaires, et le travail effectué était fantastique. Mais il n’y avait rien de prévu en dehors des cours: aucun endroit pour jouer au football ou écouter de la musique. Ce genre de choses, vous ne les trouvez nulle part au Congo, même pas dans les lieux les mieux équipés. Nous avons donc pensé: ne pouvons-nous pas installer un terrain de foot ou une académie de musique, ou, encore mieux, rechercher les coaches les plus inspirants et les meilleurs professeurs de musique? Comment pouvons-nous mettre ces personnes à la disposition des enfants? Ce genre de projets, c’est une façon de rendre quelque chose à la population, et de créer un point de contact permanent entre elle et SOS Villages d’enfants. Et nous avons aussi imaginé accompagner les talents issus de cette académie et du football, et réinvestir, dans les installations, l’argent que nous obtiendrons peut-être à long terme. ça aurait pu être une manière de mettre en route un projet qui s’autoalimente durablement. Maintenant, soyons réalistes: au Congo, cela semble difficile. Nous devons être patients. Mais ce MBA m’a permis de développer davantage cette idée.

Votre intuition vous est-elle apparue plus juste que vous n’aviez pensé au départ?

Oui, en fait, ce MBA constitue pour moi un point de référence académique. J’ai lu les travaux de Michael Porter et de Mark Kramer sur la "shared value". Sur la manière dont on peut créer de la valeur pour toutes les parties prenantes, et donc avec plus de succès. Le modèle d’entreprise en marge de ce que vous faites en matière de "corporate social responsibility", est complètement dépassé. Le bon système est celui où non seulement l’investisseur est récompensé financièrement, mais aussi la société. Bien entendu, la bienfaisance pure restera toujours un domaine à part, mais de nombreux projets peuvent se concrétiser au carrefour de l’entreprise et de la bienfaisance.

Par exemple?

Prenez la Premier League, la compétition de football la plus belle et la plus populaire au monde. Si vous ne regardez que les chiffres, vous concluez que tout va bien. Le chiffre d’affaires augmente chaque année, les budgets des clubs suivent le même chemin et on compte de plus en plus de supporters qui regardent le football anglais dans le monde entier. Le capitalisme dans toute sa splendeur? On pourrait le penser, mais c’est faux. Regardez les protestations dans les clubs qui augmentent chaque année le prix des places. C’est du cynisme latent, qui prend des proportions de plus en plus importantes. Si rien n’est fait, le système de la Premier League pourrait s’écrouler du jour au lendemain. Ce n’est pas ainsi qu’il faut procéder pour continuer à se développer.

©BELGAPLUS_SIMON COOPER

En dehors de supporters en colère, quel est le problème? Les stades sont pleins, et la compétition reste très populaire.

Nous sommes à un moment charnière. Regardez ce qui s’est passé récemment à Liverpool, où les fans ont protesté contre la hausse du prix des billets, et ont quitté ensemble le stade, à la 77e minute (le prix de certains billets atteignait 77 livres sterling, NDLR). C’est une illustration tangible de la manière dont le système pourrait imploser si aucune valeur n’est créée pour les parties prenantes. Vous ne pouvez pas presser les supporters comme des citrons et vous attendre uniquement à des réactions positives de leur part. Regardez Aston Villa (la lanterne rouge de la Premier League, NDLR), dont les propriétaires ont perdu tout soutien, maintenant que les résultats ne sont pas au rendez-vous. À la longue, vous éloignez les supporters et vous remplissez les stades avec des touristes et des hommes d’affaires, qui quittent les gradins 10 minutes avant la fin du match pour éviter les embouteillages. L’ambiance de club disparaît. À terme, c’est aussi une menace pour la popularité et donc aussi pour les rentrées financières du football anglais. Les gens sont prêts à payer beaucoup pour la Premier League, pas uniquement parce qu’on y joue bien au football, mais aussi pour l’ambiance. Les clubs doivent trouver le juste équilibre entre donner et prendre. La Premier League est en avance sur toutes les autres compétitions, y compris sur le plan financier. Alors je dis: consacrez une partie de cet avantage au profit de vos supporters. C’est de la "shared value". Faites-en profiter les supporters, et, à terme, le football anglais ne s’en portera que mieux.

Votre bureau de stratégie créative, Bonka Circus, a participé à la campagne de marketing concernant les Diables Rouges. Trouve-t-on la même philosophie derrière cette participation?

Oui. Après le match contre l’Autriche en 2010, nous nous sommes réunis. Nous avons tout analysé: le marketing, les relations avec les supporters, l’amélioration de l’expérience autour de l’équipe nationale. Nous voulions que les supporters ne paient pas uniquement pour un billet leur permettant de voir quelques gars jouer au football. Il fallait que ce soit une relation gagnant-gagnant pour renforcer à terme les Diables Rouges. Ce fut en partie une réussite: nous avons généré beaucoup de passion et d’optimisme, avec un bon momentum. Mais des erreurs ont été commises quelques mois avant la coupe du monde 2014.

Par qui?

L’Union belge de football a laissé tomber le projet pour des gains à court terme. "Easy cash and short term value" (de l’argent facile et des bénéfices à court terme, NDLR), c’est l’ennemi de la "shared value": quelqu’un arrive avec un gros paquet d’argent et vient – et je le comprends – avec ses exigences. Dans ce cas, l’organisation doit se sentir droit dans ses bottes et rester à la barre pour défendre sa marque. L’Union belge a logiquement conclu des contrats de sponsoring, qui ont exigé une forte implication des joueurs. Résultat: certaines activités prévues pour les fans et les communautés locales n’ont pu se faire. Alors que juste avant cela, les joueurs étaient véritablement partants. Des idées comme des fêtes de quartier, organisées dans les villages où nous avons grandi, et qui montrent que nous sommes tous des gars du coin, ont été sacrifiées au profit des retombées commerciales. Nous n’avions tout simplement plus de temps pour ces projets. Je le vois comme une occasion manquée. Les joueurs et l’Union belge seraient peut-être passés à côté de revenus supplémentaires, mais nous aurions certainement été d’accord. J’ose même imaginer qu’aucun sponsor ne se serait retiré, vu qu’il est également dans leur intérêt de renforcer les liens avec les supporters via ce genre d’initiatives. Sur 52 jours consacrés à l’équipe nationale, les joueurs ont peut-être disposé de 3 jours de temps libre. Il fallait s’attendre à ce qu’ils choisissent de les consacrer à leur famille. A mon avis, ces activités devraient être intégrées dans le temps prévu pour toutes les activités extra-sportives, commerciales ou promotionnelles. Je rêve encore et toujours que les Diables Rouges soient populaires, indépendamment des résultats. C’est une façon de créer quelque chose de durable. Mais nous n’en sommes pas encore là.

Votre projet n’est-il pas trop ambitieux? Les supporters veulent surtout voir leur club gagner des matchs.

C’est une idée populaire, mais fausse. Regardez la deuxième division allemande, où des équipes en difficulté depuis des années jouent, chaque semaine, devant 40.000 supporters. Ca, c’est de l’"ownership". Ca ne se mesure pas uniquement en valeur pour l’actionnaire. Les Diables Rouges auraient pu devenir un symbole national, rassembleur, dans un pays où la tension est palpable, où on vit une situation explosive. J’ai foi dans l’engagement structurel, c’est ce qui renforce les entreprises.

"Dans 30 ans, je serai Vincent Kompany, quelqu’un qui a laissé des traces et qui a aussi joué au football."

Pourquoi faire cette annonce maintenant?

J’espère que les patrons d’entreprise sont prêts à y réfléchir ensemble. Nous devons affiner le concept. Si les grandes entreprises sont partantes pour la "shared value", le reste suivra. Je crois qu’avec Bonka Circus, nous pouvons aider les entreprises à choisir un terrain pertinent pour créer de la valeur partagée. Tant les entreprises que la société en sortiront gagnantes.

Comment devons-nous vous définir? Comme un footballeur qui aime entreprendre, ou comme un entrepreneur qui, par le plus grand des hasards, joue incroyablement bien au football?

En tant qu’individu, je suis avant tout un joueur de football, mais j’ai le sentiment de participer à quelque chose de plus grand, à un mouvement plus vaste, plus positif. D’ailleurs, je ne me suis jamais autorisé à être bon dans un seul domaine. Mes parents me disaient toujours: "Vise haut et large. Essaie d’être le meilleur au foot, mais si ça ne marche pas, aucun problème puisque tu essaies aussi d’être le meilleur à l’école." On m’a toujours rabâché qu’à cause de mes origines, je devrais travailler deux fois plus que les autres pour y arriver. Je ne comprends pas que tellement de gens renoncent à l’idée de se diversifier. "A chacun son métier, et les vaches seront bien gardées" est un adage très populaire en Belgique. Mais je déconseille à quiconque de le suivre. Ca n’a aucun sens. Je suis le premier à arriver au club, et le dernier à repartir. Je suis le footballeur le plus passionné au monde, mais je me donne le temps de m’occuper de mille autres choses.

Mais sans le foot, vous auriez plus de temps pour vos projets. Et vous pourriez avoir encore plus d’impact.

Tant que cette vie me plaît et que je joue bien, il n’y aucune raison d’arrêter. Avant, je pensais que j’étais une machine. Maintenant, je sais que je suis un être humain qui a la performance d’une machine. Tant que j’aurai ce sentiment, je continuerai à jouer au football. Mais, je veux relever des défis, je ne continue pas uniquement pour le plaisir de taper la balle. Je veux jouer au plus haut niveau sans pour autant m’accrocher désespérément, pour la simple raison que j’ai d’autres options. Je pense que vous ne trouverez personne au monde mieux préparé que moi pour sa deuxième vie.

Le football pourrait-il devenir marginal dans votre vie?

Il fera toujours partie de ma vie. Je suis passionné de foot depuis l’âge de six ans. Je ne vais pas tout jeter à 35 ans. J’en connais un rayon en matière de foot. Mais après ma carrière de joueur, il y a aura certainement d’autres choses. Je n’ai pas besoin de vacances, je continuerai à travailler toute ma vie, jusqu’à mon dernier jour. Dans 30 ans, je serai Vincent Kompany, quelqu’un qui a laissé des traces et qui a aussi joué au football. C’est mon objectif.

La Belgique conservera-t-elle une place importante dans vos projets?

Oui, toujours. La Belgique, c’est un peu comme le Congo. Vous pouvez y aller, faire une dépression, et ne jamais vouloir y retourner ou bien penser aux formidables opportunités qui vous attendent. La situation belge peut vous rendre dépressif, mais vous pouvez tout aussi bien voir le côté négatif que les marges de manœuvre que ce chaos vous laisse pour entreprendre de belles choses. Je suis avant tout positif. Nous avons lancé BX Brussels il y a trois ans. Ce n’est pas un club de foot comme les autres, mais un projet social dont le football fait partie.

BX Brussels touche aujourd’hui 1.000 jeunes. Quelles sont vos ambitions pour l’avenir?

Nous voulons avant tout apprendre aux jeunes de nouvelles compétences, et pas simplement les occuper pendant une heure ou deux. Ces compétences sont nécessaires, parce que les jeunes à Bruxelles ont du mal à créer leurs propres opportunités. Si vous êtes né ici, dans une famille marocaine ou congolaise, vous aurez du mal à trouver du travail, à cause de vos origines. C’est un fait. Vous avez besoin de débouchés, et vous ne les trouverez que si vous avez les compétences requises. À 16 ou 17 ans, les perspectives d’avenir peuvent faire la différence entre la vie et la mort, entre la criminalité et la création de valeur pour votre environnement. Personnellement, dans ma jeunesse, ce manque de perspectives m’a motivé plus que la moyenne, mais d’autres enfants n’arrivent jamais à s’en sortir. Ce sont ceux-là que nous voulons aider aujourd’hui avec le football, demain avec la musique, le journalisme, le théâtre, la danse, la boxe. Tout est possible.

"Je suis un entrepreneur dans l’âme, engagé dans la responsabilité sociétale."

Y a-t-il un modèle opérationnel derrière ce concept ou bien cela restera-t-il un projet de mécénat de Vincent Kompany?

Je suis toujours disponible, j’ai établi le contact entre certains de mes sponsors et le club. Mais l’objectif est de travailler avec un modèle opérationnel qui tienne la route. C’est nécessaire, car mon portefeuille n’est rien en regard des problèmes du monde. L’objectif est de mettre les talents en valeur, et ceux-ci pourront à leur tour aider BX. Ca aussi, c’est de la "shared value". Et ces 1.000 jeunes que nous touchons aujourd’hui doivent être imprégnés d’idées positives. Et j’aimerais que ces 1.000 jeunes deviennent 7.000 dans peu de temps. Mais il y a du pain sur la planche: nous devons organiser nos bénévoles, obtenir des garanties en matière d’infrastructure, nous intégrer dans la société. Ce n’est pas facile de mettre quelque chose sur pied à Bruxelles.

Est-ce plus difficile que ce que vous aviez imaginé?

(Il sourit.) L’avantage, c’est que nous avons commencé à Kinshasa. Mais ce n’est guère plus facile à Bruxelles. La complexité de la politique bruxelloise constitue un obstacle de taille. Ce n’est pas une critique envers les politiciens, c’est un constat. Il est très difficile de créer un projet d’envergure, positif qui ne soit pas issu du monde politique. Parce que, dans ce cas, vous devez mettre les 19 communes autour de la table, avec tous les problèmes de communication – langue, couleurs politiques, etc. – que cela suppose. Même pour moi, Bruxellois de naissance et de conviction, il est difficile d’avoir mes entrées partout. Nous avons beaucoup d’obstacles à franchir pour être présents dans tout Bruxelles. Nous relevons ce défi avec un esprit positif, mais cela prend du temps.

Bruxelles a été beaucoup critiquée après les attentats de Paris. Êtes-vous touché quand on stigmatise notre capitale?

Bien entendu. Quand on critique Bruxelles, je le considère comme une attaque personnelle. Je connais tellement de gens d’origines différentes qui y vivent. C’est incroyable qu’il y ait tant d’incompréhension entre les cultures, alors qu’elles pourraient se renforcer l’une l’autre. Ce n’est pas facile, mais quelqu’un doit oser sortir du bois. Je ne surestime pas mon rôle, mais au moins, j’essaie.

Pourquoi ne faites-vous pas de la politique?

La politique ne m’intéresse absolument pas et je n’en ferai jamais, même si on me paie. Je ne veux pas être obligé de me mettre à genoux ou changer mes idées pour obtenir des voix. Quand je donne mon avis, si les gens ne sont pas d’accord, cela ne change rien pour moi. Par contre, j’essaie de changer la mentalité des politiciens. Voilà mon ambition. J’aime faire bouger les choses, motiver les gens. Je veux communiquer ma passion sans être politicien.

©Dieter Telemans/ID

Vous êtes parfois aussi très critiqué, par exemple si un de vos projets échoue, ou simplement quand vous vous exprimez.

Il est vrai qu’ici, il est difficile de lancer un projet révolutionnaire, sans que les gens vous tirent dans le dos. Et c’est frustrant. Si BX capote demain, il y aura des âmes charitables pour dire que je n’y connaissais rien. Mais au moins, j’essaie. En Belgique, on applaudit des deux mains si vous êtes discret et que vous roulez dans une vieille voiture, même si parallèlement vous planquez discrètement votre magot aux Bahamas. Mais celui qui ose bouger en prend plein la figure. Attention, je ne suis pas en train de me lamenter. Je ne me plains jamais. C’est un simple constat.

Est-ce difficile de garder une vision claire en tant que footballeur professionnel dans un club comme Manchester City? Vous vivez dans une bulle où on gagne énormément d’argent et où le club s’occupe de tout.

Non, ce n’est pas difficile. Si vous avez vécu les 18 premières années de votre vie comme moi, vous n’oubliez pas d’où vous venez. C’était aussi une bulle, mais avec très peu de perspectives et j’en suis sorti. Les gens qui ont grandi à mes côtés et qui n’ont pas connu le même parcours – jouer au football, aller à l’école néerlandophone, voyager dans le monde et découvrir des choses fabuleuses – sont restés prisonniers de leur bulle. C’est pour eux que je fais tout cela. J’ajouterai que j’ai rassemblé autour de moi une excellente équipe qui me soulage de nombreuses tâches afin que je puisse me concentrer entièrement sur ma carrière de footballeur. Ce sont eux qui, avec ma famille, me tiennent au courant de la réalité du terrain.

Votre carrière de footballeur est aujourd’hui le levier qui vous permet de lancer d’autres choses. N’avez-vous pas peur du moment où ce sera fini?

Non. Je suis parti de rien, je n’ai peur de rien, et je suis extrêmement bien préparé pour l’avenir. De plus, je suis programmé pour me battre dans la vie, quoi qu’il arrive. Je me casse souvent la figure, et cela m’arrivera encore. Mais je suis têtu, je remonte toujours en selle et je réessaie, encore et encore, inlassablement.

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