analyse

Deliveroo rompt avec la Smart, pour le pire ou le meilleur?

©rv

La plateforme Deliveroo ne travaillera plus avec des coursiers embauchés sous contrat de travail par la coopérative SMart. Elle va lancer son propre modèle pour les travailleurs indépendants. Les assurances (RC, accidents de travail …) sont (pour le moment) inexistantes. La SMart dénonce le manque de protection sociale des "mini-jobs".

Ce mercredi soir, la SMart s’est fendue d’un communiqué, assez bien léché et plutôt cinglant pour le coup, à l’égard de la plateforme de livraison Deliveroo. On y apprend en substance que Deliveroo renonce à recourir aux coursiers embauchés sous contrat de travail par la coopérative SMart.

Un peu plus tard dans la soirée, la société Deliveroo, qui ne s’attendait pas vraiment à une sortie aussi rapide de l’organisme alors que la rupture est relativement fraîche, réagit en annonçant la mise en place d’un nouveau modèle de travail pour ses coursiers indépendants.

Concrètement, que signifie cette rupture?

Que les coursiers passeront d’un salaire horaire (peu importe si la course a lieu) à une rémunération à la tâche, à la livraison. A priori, cela s’annonce donc beaucoup moins sympa en termes de revenus mais également en termes de temps et d’engagement... La SMart attaque de manière virulente le régime des petites indemnités (RPI) généralisé tel que dessiné tout récemment par le Gouvernement.

La SMart dénonce notamment le fait que ce type de travail "n'est couvert par aucune obligation d'assurance en matière d'accidents du travail (qui protège le travailleur), ou de responsabilité civile (qui protège le client-consommateur)".

Elle dénonce notamment le fait que ce type de travail "n'est couvert par aucune obligation d'assurance en matière d'accidents du travail (qui protège le travailleur), ou de responsabilité civile (qui protège le client-consommateur)". Elle prévient également que le développement de cette zone grise n’est qu’une bombe sociale, professionnelle et économique.

Les mots sont durs, militants. "Pauvreté, pensions ridicules, soins de santé au rabais, dé-professionnalisation des travailleurs, concurrence effrénée aux mini-jobs, etc. Qui peut croire un instant qu'il y a là une machine destinée à relancer l'économie et le bien-être, à favoriser le dynamisme économique et l'innovation dont nous avons besoin?", écrit-elle.

Elle regrette enfin que Deliveroo ait mis fin à la concertation sociale entamée, au sein de SMart, avec les syndicats et qui "était sur le point d'aboutir à une Convention Collective de Travail d'entreprise pour ce métier".

Le modèle proposé par Deliveroo

Du côté de Deliveroo, on explique avoir testé un modèle de travail "freelance indépendant et flexible qui a connu un grand succès" durant le moins de juin. Concrètement, les coursiers, en tant que travailleurs indépendants, recevront une rémunération pour chaque livraison effectuée: 7,25 euros pour les travailleurs indépendants et 5 euros pour les étudiants indépendants.

Deliveroo annonce une phase de transition qui commence aujourd’hui et durera jusqu’à fin janvier 2018, notamment pour expliquer aux coursiers les modalités de ce nouveau système.

Sans autre précision et vu que personne ne répond chez Deliveroo, on suppose que c’est du brut, évidemment. La société annonce une phase de transition qui commence aujourd’hui et durera jusqu’à fin janvier 2018, notamment pour expliquer aux coursiers les modalités de ce nouveau système.

Deliveroo précise qu’il "n’a donc pas l’intention de mettre en place le cadre actuel de la loi sur l’économie collaborative (loi De Croo)". Pour renforcer la flexibilité des coursiers, Deliveroo lancera également un nouvel outil, le Self Service Booking, qui permettra de prévoir le nombre de commandes dans une zone donnée et de s'assurer qu'il y a un nombre suffisant de coursiers pour répondre à la demande.

Les coursiers pourront réserver des créneaux à l'avance ou choisir de se présenter à la dernière minute.

Les coursiers pourront réserver des créneaux à l'avance ou choisir de se présenter à la dernière minute. Ils peuvent également annuler à tout moment et travailler où ils veulent. Côté protection sociale en revanche, c’est le néant total.

Mais pas de panique, on y travaille. "Dans le cadre du nouveau dispositif, nous allons mettre en place un système d’assurances comme cela a été le cas en France, mais pour l’instant, c’est toujours en discussion avec les assureurs", nous explique un représentant de la plateforme qui parle au nom de Deliveroo mais "n’a pas vocation à être cité" (sic).

Un statut encore plus précaire?

Selon la Smart, près de 90% des coursiers Deliveroo sont salariés SMart. Cela représente : 3828 membres coursiers inscrits chez SMart parmi lesquelles 1000 prestent pour Deliveroo en moyenne par période de 15 jours. L’organisme estime que le nouveau modèle proposé par Deliveroo est beaucoup moins intéressant.

Un salarié SMart gagne 9,49 euros brut de l’heure.
9,49 euros

Elle a calculé qu’un salarié SMart gagne 9,49 euros brut de l’heure auxquels s’ajoutent les bonus et pourboires, mais également 0,12 euros de l’heure pour l’utilisation du téléphone personnel et une intervention de 50% de la main d’oeuvre sur les réparations de vélo chez ses mécaniciens partenaires.

Et à cela s’ajoutent, les assurances accident du travail et assurance responsabilité civile. Pour le moment donc, on peine un peu à voir en quoi le modèle proposé par Deliveroo est plus attractif mais on n’est pas contre une petite explication ...

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect