Fraude sociale à grande échelle: Roland Jost placé sous mandat d'arrêt

©jost group

Trois mandats d'arrêt ont été décernés lundi soir, suite à la vague de perquisitions menée en matinée dans les locaux de l'entreprise Jost pour fraude sociale à grande échelle. L'une des personnes inculpées n'est autre que Roland Jost, l'administrateur-délégué de Jost Group.

Suite à la vague de perquisitions menée lundi matin dans les locaux de l'entreprise Jost pour fraude sociale à grande échelle, quatre personnes ont été mises en détention préventive. Trois d'entre elles ont été placées sous mandat d'arrêt dans la soirée. L'information a été communiquée à Sudpresse par la porte-parole du groupe, Véronique Hustin, qui précise que son administrateur-délégué, Roland Jost, fait partie des trois personnes inculpées.

Selon la DH, Roland Jost est écroué à la prison de Marche-en-Famenne et est visé de neuf chefs d'inculpation: "dirigeant d'une organisation criminelle, traite d'êtres humains, blanchiment, faux et usage de faux social, escroquerie en droit pénal social, absence de déclaration immédiate à l'emploi, déclarations inexactes ou incomplètes concernant les cotisations sociales, non-paiement des cotisations à l'ONSS, défaut de paiement de la rémunération en tant qu'employeur". Quatre personnes, en tout, avaient été interpellées en marge des perquisitions, dont, aux côtés du patron, la directrice des ressources humaines, le secrétaire général et un administrateur, écrit le journal.

→ Que s'est-il passé hier ?

Quelque 80 inspecteurs de la police judiciaire fédérale et 40 membres des différents services des inspections sociale et fiscale ont pris part à une vingtaine de perquisitions touchant l'entreprise de transport Jost International. Quatre personnes ont été interpellées. Trois personnes sont inculpées de participation comme dirigeant d'une organisation criminelle, de traite d'êtres humains, de blanchiment, de faux et usage de faux social, d'escroquerie en droit pénal social, d'absence de déclaration immédiate à l'emploi (Dimona), de déclarations inexactes ou incomplètes concernant les cotisations sociales, de non-paiement de cotisations à l'ONSS et de défaut de paiement de la rémunération en tant qu'employeur..

→ Quelle est la raison de ces perquisitions ?

L'entreprise est suspectée de faire du dumping social en recrutant en Europe de l'Est des conducteurs de camions pour les faire travailler en Belgique aux conditions d'emploi de leurs pays d'origine. Il y aurait 1.100 chauffeurs employés de cette manière.

→ Pourquoi la Belgique s'y intéresse-t-elle ?

En ne respectant pas les conditions d'emplois belges, c'est environ 55 millions d'euros que notre sécurité sociale n'a pas reçu entre 2014 et 216. Le parquet fédéral ajoute que des perquisitions ont également été menées en Roumanie, au Luxembourg et en Slovaquie.

→ Comment le groupe Jost a-t-il réagi ?

Le groupe Jost a souligné pour sa part être "parfaitement en ordre à tous les niveaux" et agir en "collaboration totale avec les autorités". "Nous ne comprenons pas d’où viennent ces chiffres ni ces graves accusations, réagit Véronique Hustin, porte-parole de Jost Group. Nous sommes parfaitement en ordre, et nous agissons en collaboration totale avec les autorités. Nous avons étendu notre activité aux pays de l’Est depuis une vingtaine d’années déjà, parce que nous nous rendions compte qu’il y allait avoir une pénurie de chauffeurs, les personnes ayant obtenu leur permis poids lourd lors du service militaire arrivant à la pension, et les jeunes étant peu attirés par ce métier. Mais tout se fait dans la stricte légalité."

→ Qu'en pensent les syndicats ?

  • Les fédérations professionnelles du transport, Febetra et UPTR, rappellent que la société bénéficie à ce stade de la présomption d'innocence. "L'enquête devra déterminer s'il est vraiment question de fraude sociale. Si c'est le cas, de tels faits doivent être sanctionnés sévèrement car il s'agit d'une concurrence déloyale", a indiqué une porte-parole de la Febetra. "L'utilisation des travailleurs détachés est une réalité dans le secteur du transport, mais nous sommes particulièrement attentifs à ce que cela se fasse dans le strict respect des législations nationales et européennes. Si l'enquête devait mettre en lumière des agissements frauduleux, il conviendrait évidemment de prendre toutes les mesures nécessaires pour y mettre fin", a souligné dans un communiqué la CGSLB qui demande une solution de mise sous tutelle judiciaire de l'entreprise dans le cas où le management du groupe serait empêché d'assumer ses fonctions.
  • "Nous espérons que cet incident dans une des plus grandes sociétés de transport du pays aura un effet dissuasif", a réagi, satisfait, Jan Sannen, le responsable général de la CSC Transcom qui précise que les perquisitions ont eu lieu à Liège et Anvers. Le syndicat chrétien propose que des contrôles renforcés soient également opérés par l'inspection dans de grandes entreprises, pas seulement dans les PME.
  • Quant au syndicat socialiste du transport (UBT), il a appelé les fédérations patronales du secteur à prendre leurs responsabilités face au dumping social et à faire le "grand nettoyage". Selon le président de l'UBT, Frank Moreels, cité dans un communiqué, Jost possède également "une entreprise (boîte aux lettres) en Slovaquie, à savoir Trans-Union". Une opération policière de cette ampleur n’est pas une première. Le parquet fédéral s’est engagé à lutter contre la fraude sociale grave et organisée. Douze perquisitions avaient déjà été menées mi-mars dans trois entreprises de transport de Dixmude, Hamme et Malines, soupçonnées de recourir à une organisation criminelle agissant depuis la Slovaquie et le Portugal.

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