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Haro sur l'homéopathie

©Bridgeman Images

Vendredi dernier, en France, le couperet est tombé sur l’homéopathie: la Haute Autorité de la Santé s’est prononcée en faveur d’un déremboursement des traitements homéopathiques car les preuves de leur efficacité sont trop faibles. Au-delà des répercussions politiques, c’est bien le conflit entre la science et la croyance qui resurgit au cœur même de la pratique médicale.

Au fil des années, une querelle – qui certes ne date pas d’hier – semble grandir au sein de la communauté scientifique au sujet des médecines alternatives. L’homéopathie est dans la ligne de mire de nombreux partisans d’une médecine rigoureusement scientifique.

En France, le problème n’est pas en soi le remboursement, qui reste très faible en termes de coût (125 millions d’euros, soit 0,7% des dépenses totales de la Sécurité sociale), mais le fait que d’autres pratiques, comme la psychomotricité ou la consultation diététique, ne sont pas remboursées et que, par ailleurs, l’usage de l’homéopathie pourrait provoquer un retard dans les diagnostics. Le rapport de la Haute Autorité de la Santé (HAS) signerait donc la défaite des défenseurs des médecines douces.

L’industrie pharmaceutique pilote la médecine conventionnelle.
Christine Debeer
Medecin-Homéopathe

Une médecine surmédicalisée

Le succès populaire de l’homéopathie s’explique principalement par le fait qu’elle est perçue comme une thérapeutique plus facile à comprendre et sans danger, entraînant moins d’effets secondaires, centrée sur le patient. "L’homéopathie demande beaucoup de travail et d’investissement personnel, déclare le docteur Christine Debeer, médecin homéopathe depuis 37 ans. Elle requiert un esprit ouvert. L’idée est bien de prendre en compte la personne dans sa globalité, en réunissant le physique, l’émotionnel et le spirituel. L’homéopathie est une manière de réfléchir sur l’hygiène de vie en privilégiant le bon sens."

©doc

À cette personnalisation des traitements s’ajoute le fait qu’une relation de plus grande qualité s’établit entre le patient et le thérapeute, faite de plus d’écoute et de soutien. L’ennemi principal de l’homéopathie est une médecine conventionnelle décrite comme surmédicalisée, qui pèche par excès de confiance.

"L’industrie pharmaceutique pilote la médecine conventionnelle, affirme sans détour le docteur Debeer. La médecine actuelle est ignorante, elle ne désire pas conserver la liberté de choix du patient. Avec l’homéopathie, il s’agit d’analyser les causes et non seulement les conséquences. En fait, c’est une thérapie préventive qui consiste à reprendre soin de sa santé. L’homéopathie permet aux gens d’être libres. C’est un problème de liberté." Si elle admet recourir aux médicaments traditionnels, c’est seulement, précise-t-elle, de "façon momentanée".

Difficulté à s'imposer

À l’instar de la France, la profession n’est pas facile à exercer en Belgique: "J’ai subi les sarcasmes de mes collègues. Pour la plupart, ils ne veulent même pas en entendre parler", explique le docteur Debeer. Si l’homéopathie semble s’appliquer plus naturellement aux maladies bénignes, on peut légitimement s’interroger sur son usage dans le cas de maladies graves: "Je soigne toutes les maladies avec l’homéopathie, rétorque-t-elle. Elle peut, par exemple, s’utiliser en oncologie. Une patiente atteinte d’un cancer du sein n’a pas eu recours à une chimiothérapie lourde et souffre beaucoup moins grâce à l’homéopathie."

Il faut une multiplicité d’approches thérapeutiques. La médecine conventionnelle doit faire preuve d’un peu plus de modestie.
François
Père de famille

De son côté, François a fait le choix de l’homéopathie suite à un incident avec un de ses enfants: "J’utilise en partie l’homéopathie. J’ai commencé à me poser des questions sur la médecine conventionnelle lorsqu’un de mes enfants a mal réagi à un vaccin. Il a été littéralement bombardé de cortisone. C’était une solution très invasive et agressive. Je me suis demandé s’il ne pouvait pas y avoir une solution plus douce et je me suis interrogé sur les limites de la vaccination."

Surtout les femmes de 30 à 50 ans

L’homéopathie s’adresse-t-elle à une population spécifique? En Belgique, les statistiques des mutuelles indiquent un usage plus important chez les 30-50 ans, principalement les femmes. "Il est clair que l’homéopathie a quelque chose de plus difficile d’accès, pas seulement au niveau des coûts, mais pour l’effort que cela demande, ça peut prendre du temps, explique François. Ce n’est pas une solution de facilité qui consiste à simplement prendre une pilule. Mais pour des tas de raisons, tout le monde n’a pas le temps et les capacités de la pratiquer." Selon lui, il est nécessaire de coupler plusieurs formes de soins: "Il faut une multiplicité d’approches thérapeutiques. La médecine conventionnelle doit faire preuve d’un peu plus de modestie."

#MonHoméoMonChoix

D’un point de vue strictement scientifique, le débat semble clos. Sentant le vent tourner, Boiron, le principal producteur de produits homéopathiques, a donc mobilisé l’opinion publique. On a ainsi vu un hashtag apparaître sur les réseaux sociaux: #MonHoméoMonChoix.

La stratégie est payante, bien meilleure que l’argument de la menace des pertes d’emplois dans ce secteur ou celui, encore plus étonnant, qui consiste à croire que l’homéopathie pourrait permettre de résoudre le problème du dépassement des budgets de la santé publique dû à la surconsommation de médicaments…

Un vieux débat

À une époque où se propage de plus en plus la défiance à l’égard de la science et des experts, il n’est pas surprenant de voir émerger un tel débat. Les uns sont accusés d’intolérance, les autres d’irrationalisme. Ce qui est donc ravivé, c’est le conflit entre une science jugée froidement technicienne et une croyance populaire.

Mais, la valorisation excessive du "bon sens" en matière de soin peut s’avérer catastrophique, en sachant que de plus en plus de personnes s’informent uniquement sur les réseaux sociaux. Dans le même temps, la marginalisation complète de la pratique de l’homéopathie par la médecine conventionnelle peut laisser un boulevard au charlatanisme, puisqu’elle risquerait, à terme, de ne plus être encadrée du tout par la médecine. Ici comme ailleurs, il serait bon d’ajouter un peu de nuance dans le débat.

Du côté scientifique

En Belgique, la tension est beaucoup moins vive au sein de la communauté scientifique au sujet de l’homéopathie, mais les avis sont équivalents, comme l’explique le professeur Thierry Christiaens qui travaille au Centre belge d’information pharmacothérapeutique (CBIP): "Il y a de nombreuses études avec des médicaments homéopathiques, mais des études de haute qualité qui peuvent vraiment prouver une supériorité (études cliniques randomisées en double aveugle) sont quasiment inexistantes. Celles qui ont été faites n’ont jamais prouvé une supériorité face au placebo. L’homéopathie a néanmoins le grand avantage d’être inoffensive." Lorsqu’on interroge les homéopathes, les exemples de guérison ne manquent pas évidemment. Pas d’efficacité prouvée des traitements, mais une thérapeutique qui serait néanmoins efficace. Mais peut-on baser entièrement une médecine sur l’effet placebo? À cette question, les défenseurs de l’homéopathie répondent généralement qu’il existe des zones d’ombre au sein de la médecine traditionnelle également, qui elle aussi repose sur la présence d’un effet placebo qui n’est pas suffisamment pris en compte…

Du côté politique

La ministre française de la Santé Agnès Buzyn va très certainement mettre fin au remboursement de l’homéopathie, en s’alignant sur d’autres pays comme le Royaume-Uni, l’Espagne, l’Italie et l’Allemagne (où pourtant l’homéopathie est très pratiquée). Aux Etats-Unis, les produits homéopathiques doivent, par exemple, porter la mention "aucune efficacité clinique". Seule la Suisse a reconnu l’efficacité de l’homéopathie et des médecines alternatives. Elles sont donc prises en charge au même titre que les thérapeutiques conventionnelles. En Belgique, Maggie De Block, la ministre fédérale des Affaires sociales et de la Santé publique, ne laisse planer aucun doute: "Plusieurs thérapies alternatives existent. Leur efficacité n’est souvent pas complètement démontrée. Les moyens dont dispose l’assurance maladie-invalidité sont limités. Certains choix doivent donc être faits. Le principe de ne pas rembourser des produits dont l’efficacité n’a pas été prouvée scientifiquement est généralement appliqué. Cela implique également une information correcte sur les médecines alternatives, les risques et avantages qu’elles peuvent avoir. Le remboursement des traitements homéopathiques n’est donc pas à l’ordre du jour en Belgique."

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