L'Afsca ne doit plus dire: "Tout a été fait correctement dans ce dossier"

Le ministre fédéral de l'Agriculture Denis Ducarme a demandé un audit de l'Afsca, en particulier sur le volet lié aux contrôles et aux processus de contrôle. "Pas assez", a clamé l'opposition en commission Santé de la Chambre suite au scandale alimentaire de Veviba.
  • Ce qu'il faut retenir des auditions du jour

    Le ministre de l'Agriculture, Denis Ducarme, et ses collègues au Fédéral, Maggie De Block, ministre de la Santé, et Kris Peeters, ministre des Consommateurs ont retracé devant les députés la chronologie du scandale Veviba depuis octobre 2016, quand les autorités kosovares ont informé la Belgique d'une saisie de viande fournie par l'entreprise belge, jusqu'à ces derniers jours.

    > Quelles conclusions?

    • Des réformes auront lieu au sein de l'Afsca afin de mettre fin à certains "déficits" en matière de contrôle et de transmission de l'information, a annoncé le ministre de l'Agriculture, Denis Ducarme.

    • Un audit externe de l'Afsca sera prochainement mené.

    • Le ministre Ducarme, qui n'a pas mâché ses mots à l'égard de l'entreprise de Bastogne dont il a stigmatisé les "pratiques mafieuses", a aussi révélé que de la viande congelée depuis 2001 a été retrouvée sur le site de Veviba

    > La suite?

    • Un rapport complet sera transmis au ministre Ducarme ce jeudi.

    • Les parlementaires se revoient ce vendredi et/ou la semaine prochaine en Commission Santé publique de la Chambre. Ils appellent aussi à la mise en place de discussions au sein d'autres Commissions.

  • Les réponses des ministres et du patron de l'Afsca

    Denis Ducarme invite le patron de l'Afsca à ne plus s'exprimer avec l'argument "tout a été fait correctement dans ce dossier". Le ministre de l'Agriculture tient aussi à clarifier certaines déclarations faites par les parlementaires. Pour le libéral, il ne faut pas faire d'amalgame avec la crise du Fipronil, crise qui a été gérée efficacement par l'Afsca, selon le ministre qui demande aussi d'avoir du temps pour éplucher le rapport de l'Afsca qu'il va recevoir ce jeudi.

    Concernant l'Audit externe de l'Afsca, le ministre de l'Agriculture invoque comme raison principale de son souhait d'auditer l'agence fédérale le fait de devoir "encore élever notre niveau d'exigence en matière de sécurité alimentaire".

    Pour Maggie De Block, "il n'y a pas grand chose à ajouter". Concernant la santé des consommateurs, la ministre dit faire confiance au système actuel de contrôle pour la santé publique.

    Enfin, Herman Diricks, le patron de l'Afsca, profite de son tour de parole pour remettre en question les termes "pratiques mafieuses". Selon lui, les "pratiques mafieuses" nécessitent une approche toute particulière. Pour lui, dire que l'Afsca ait pu conclure des "combines" avec l'entreprise Veviba pour protéger la grande industrie, "honnêtement, ça, c'est une accusation grave que je souhaite réfuter au plus haut point", explique un Herman Diricks visiblement très irrité.  

  • La Justice poursuit son enquête

    Le parquet du Luxembourg n'a communiqué aucune information supplémentaire sur l'enquête. Le parquet, qui ne s'était pas encore exprimé, confirme qu'une perquisition "de grande ampleur" a été menée le 28 février par la police fédérale, avec l'assistance de l'Afsca, sur le site de l'abattoir de Bastogne exploité par Veviba.

    Elle a été ordonnée dans le cadre d'une instruction ouverte par le parquet du Luxembourg en raison de suspicions d'irrégularités au niveau de la traçabilité de lots de viande exportés vers l'étranger. La certification "bio" d'une partie de la production est également mise en cause.

  • "Un audit ne suffit pas"

    Jean-Marc Nollet (Ecolo) ouvre le bal des questions. Il interpelle "en colère" le ministre Ducarme et lui demande d'agir rapidement pour "mettre de l'ordre" du côté de l'Afsca car il dit "ne pas comprendre pourquoi l'agence n'a pas été voir dans les frigos plus tôt". Et de poursuivre: "Monsieur Ducarme, un audit ne suffit pas. C'est le modèle agro-alimentaire et le système qu'il faut réformer en profondeur. C'est la deuxième fois qu'on se voit sur un scandale alimentaire en l'espace de 6 mois. Ça suffit."

    Au tour du député socialiste, Daniel Senesael. Il se demande "comment est-il possible que le scandale Veviba ne soit rendu public qu'aujourd'hui alors qu'une plainte a été introduite en 2016 au Kosovo et que ces pratiques sont dénoncées depuis plusieurs années par les travailleurs". Le député PS soulève aussi que "comme pour le Fipronil, l'affaire Veviba démontre des dysfonctionnements dans l'information du consommateur. D'un côté les grandes surfaces sont prévenues rapidement, de l'autre, l'Afsca ne publie aucune liste de produits suspects".

    De son côté, Olivier Maingain (DéFI) demande que "l'Afsca remette au parlement l'ensemble des rapports et documents se rapportant aux inspections du site de Bastogne et du groupe Verbist". Le député veut que des organismes qui mènent des contrôles tels que l'Afsca doivent rendre des comptes plus régulièrement, et "pourquoi pas créer un comité de contrôle".

    Muriel Gerkens (Ecolo), présidente de la Commission 'Santé publique', s'interroge quant à elle sur la notion d'auto-contrôle. Selon elle, "la Cour des comptes en 2017 a pointé que le système d'auto-contrôle permet à certains acteurs d'être dispensés de certains contrôles s'ils ont fait valider leur système", une pratique qui pour conséquence que les contrôles officiels sont absents "pendant trop longtemps". Muriel Gerkens demande aussi que les débats se poursuivent ce vendredi, quand le Ministre Ducarme aura reçu le rapport de l'Afsca "afin d'avancer rapidement vers les réformes qui s'imposent".

  • Un audit se prépare à l'Afsca, selon Denis Ducarme

    Début d'une séance marathon en commission 'Santé publique' avec l'audition de trois ministres fédéraux, à savoir Denis Ducarme (MR), ministre de l'Agriculture, Maggie De Block (Open Vld), ministre de la Santé, et le ministre de l'Emploi et des Consommateurs, Kris Peeters (CD&V). L'administrateur délégué de l'Afsca, Herman Diricks est également présent. Les auditions sont présidées par Muriel Gerkens (Ecolo) et Jean-Marc Delizée (PS).

    "Certains produits étaient congelés depuis 2001" 

    "Il faut un avant et un après Veviba."
    Denis Ducarme (MR)
    Ministre de l'Agriculture


    Denis Ducarme est le premier à prendre la parole, n'hésitant pas une nouvelle fois à qualifier de "mafieuses" les pratiques mises en place chez Veviba où sévissent "des escrocs". Selon le ministre de l'Agriculture, les informations récoltées à la suite de ce scandale permettent de préciser que "certains produits étaient congelés depuis 2001" chez Veviba.

    Le libéral, qui rappelle que son gouvernement s'est constitué "partie civile, pour pouvoir avoir accès à l'ensemble du dossier et le cas échéant entamer des poursuites", demande ainsi qu'il y ait "un avant et un après Veviba". Denis Ducarme a aussi expliqué qu'il voulait réformer la manière dont l'Afsca réalise ses contrôles et il a annoncé sa volonté d'organiser "un audit sur l’AFSCA, en particulier sur le volet lié aux contrôles et aux processus de contrôle."

     

    La parole est à Maggie De Block qui retrace en guise d'introduction le fil des événements. La ministre de la Santé rappelle que le contrôle permanent réalisé par ses services n'a montré aucune augmentation particulière des infections liées à l'alimentation. "La présence d’éléments microbiens ne provoque pas forcément des maladies", souligne Maggie De Block.

    Au tour de Kris Peeters. Le ministre de l'Emploi revient sur les 48 ouvriers et 29 employés de Veviba Bastogne en chômage temporaire, "compte-tenu de la cause du chômage qui n'échappent pas à la responsabilité de l'employeur, l'entreprise Veviba est tenue de poursuivre le paiement du salaire de ses travailleurs", a expliqué Kris Peeters, selon qui Veviba employait 67 travailleurs détachés dont 10 engagés via un bureau au Portugal.

    Dernier à prendre la parole, Herman Diricks. A l'aide de différents tableaux, l'administrateur délégué de l'Afsca détaille les procédures de contrôle de l'agence fédérale. "Il y a ainsi 3 types de fréquences annuelles de contrôles chez Veviba, des contrôles réalisés par activités et non par entreprises", indique Herman Diricks qui précise que son organisme a inspecté 24 fois l'atelier de découpe/préparation (19 fois) et de l'entrepôt frigorifique (5 fois) de Veviba entre 2016 et 2018.

  • "Aucun dysfonctionnement", selon le patron de l'Afsca

    A son arrivée en commission Santé de la Chambre, l'administrateur délégué de l'Afsca, Herman Diricks, a assuré qu'il n'y avait eu aucun dysfonctionnement dans ses services.

  • L'Afsca se défend

    Alors que le fonctionnement de l'Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca) est pointé du doigt, son porte-parole rejette toute responsabilité dans le scandale Veviba. Selon Jean-Sébastien Walhin, "si à partir du moment où l'on découvre une fraude, on remet en cause le fonctionnement d'un système, on n'est pas sur le droit chemin", a-t-il expliqué sur le plateau du JT de RTL-TVI.

  • Veviba, le numéro un belge de la viande

    Veviba affiche 144.000 bovins abattus par an et 550 emplois. Ce qui en fait le n°1 de l’abattage et de la transformation de viande bovine avec 30% du marché belge. En 2016, son chiffre d’affaires atteignait 200 millions d’euros et son résultat net 881.000 euros. Mais en y ajoutant les Etablissements Adriaens, ses revenus ont bondi à 278 millions d’euros.

    "Je ne suis pas un arnaqueur ni un tricheur"

    "C'est cruel de voir Delhaize et Colruyt décrocher après autant d'années", estime Louis Verbist, l'homme à la tête de l'entreprise Verbist. "Je ne suis pas un arnaqueur ni un tricheur. Nous abattons ici les meilleures bêtes de tout le territoire pour Delhaize et Colruyt. Ils le savent, puisqu'ils viennent dans nos abattoirs sélectionner eux-mêmes les meilleurs boeufs et les estampiller", peut-on lire ce lundi dans les colonnes de Het Laatste Nieuws et De Morgen.

    "Je livre Delhaize depuis 42 ans et Colruyt depuis 39 ans, et je n'ai jamais eu de réclamations", a réagi l'homme de 73 ans. "Je jure sur mes enfants que nous n'avons encore jamais transformé en hachis ce qui ne pouvait pas l'être. (...) Comment osent-il insinuer que je vends de la viande avariée à mes clients."

  • Un impact limité sur les ventes

    Les magasins Delhaize et Colruyt, qui ont cessé leur collaboration avec le groupe Verbist à la suite du scandale sanitaire, n'ont observé qu'un impact relativement limité sur la vente de viande ces derniers jours, ont-ils rapporté.

    La chaîne Carrefour ne se fournissait pas auprès de Veviba et ne constate aucune tendance à la baisse.
        

  • Le scandale Veviba en deux mots

    Une perquisition a été menée par un juge d'instruction la semaine dernière sur le site de Veviba, dans un abattoir, un atelier de découpe et un surgélateur industriel. Les infractions constatées à cette occasion concernent la falsification de renseignements sur la date de congélation de la viande et une non-conformité de plus de 50% des produits contrôlés.    

    De nombreuses chaînes de supermarchés, dont Delhaize et Colruyt, ont décidé de retirer la viande incriminée de leurs rayons.

    La ministre de la Santé, Maggie De Block, s'est montrée rassurante à propos des conséquences sanitaires de la fraude détectée. Le contrôle permanent réalisé par l'Institut scientifique de santé publique n'a révélé aucune augmentation particulière des infections liées à l'alimentation.

    ©Food and Beverage Asia


  • Au menu ce lundi

    A 13h30:

    Le cdH va présenter ses propositions de réforme de l'Afsca, l'Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire, et de soutien à la filière bovine - en présence des ministres wallons Carlo Di Antonio et René Collin et du président du parti Benoît Lutgen. Le cdH exigera notamment à nouveau un audit de l'Afsca suite aux nombreux manquements graves constatés. 

    A 14h15:

    La commission de la Santé de la Chambre est convoquée pour retracer l'historique de l'affaire depuis les premières plaintes en septembre 2016 jusqu'à l'inspection en mars 2018. Les ministres de la Santé et de l'Agriculture, Maggie De Block et Denis Ducarme, seront présents, tout comme un représentant de l'Afsca.

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