La Belgique a laissé partir plus de 2 milliards vers la Libye

Marc Monbaliu, ancien administrateur général de la Trésorerie. ©BELGA

Pour la première fois, les montants précis des intérêts des fonds libyens dégelés par la Belgique ont été communiqués. Ils s'élèvent à 2,07 milliards d'euros.

Nouvelle journée d’auditions en commission Finances et Budget de la Chambre ce vendredi. Et toujours les mêmes questions sur les lèvres des députés. Qui a accepté le dégel des intérêts de ces fonds bloqués sur des comptes d’Euroclear? Où est parti l’argent? Quels sont les montants libérés?

Cette dernière question a obtenu réponse: la Belgique a accepté de dégeler 2,07 milliards d’euros vers la Libye, a-t-on appris. En réalité, cette information figure dans une note rédigée par les avocats d’Euroclear envoyée il y a juste un an à, entre autres,  Didier Reynders, Johan Van Overtveldt et le juge d’instruction Michel Claise. Jusqu’à présent, des montants estimés entre 1,5 et 2 milliards d’euros avaient été évoqués. C’est la première fois que le montant est "officiellement" confirmé.

Plus tôt dans la journée, Alexandre De Geest, l’administrateur général de la Trésorerie, a profité de l’occasion pour préciser que la décision de dégel avait été la bonne. "Ce n’est pas le dossier le plus compliqué à traiter", a d’emblée déclaré le patron du Trésor, avant de préciser qu’un groupe d’experts auprès du Conseil européen avait validé le dégel des intérêts des fonds libyens dans le courant du mois de septembre 2011. C’est sur base du mail d’un responsable belge de ce groupe que la Belgique avait accepté de dégeler les intérêts de ces fonds.

 

"C’était la bonne décision"

"Les intérêts pouvaient être dégelés", a confirmé Alexandre De Geest, précisant qu’une telle position avait été suivie en Belgique, en Grande-Bretagne, en Italie, en Allemagne, en France, aux Pays-Bas et au Grand-Duché de Luxembourg. "Globalement, tous les pays qui avaient des fonds libyens ont appliqué la même position", a encore déclaré le patron du Trésor. "Je pense que c’était la bonne décision."

"Les intérêts pouvaient être dégelés."
Alexandre De Geest
administrateur général de la Trésorerie

En septembre 2018, un groupe d’experts de l’ONU avait pourtant dit le contraire, précisant que les intérêts en question ne pouvaient pas être dégelés. À partir de ce moment-là, le Trésor et les Affaires étrangères ont alors demandé à l’ONU de préciser sa position. Quand ce fut fait en décembre 2018 et que les experts ont bel et bien confirmé que les intérêts devaient rester gelés, le Trésor a prévenu Euroclear, la banque a bloqué le dégel.

Interrogé sur le montant des intérêts dégelés, l’administrateur délégué du Trésor s’est retranché derrière son devoir de confidentialité. Cette position a notamment fait sortir Ahmed Laaouej de ses gonds, ce dernier expliquant que ce type de réponse le poussait à demander la tenue d’une commission d’enquête sur cette question du dégel des intérêts des fonds libyens.

"Je ne retrouve rien"

Interrogé plus tôt, Frans Godts, ancien administrateur au Trésor, en charge notamment des embargos, a expliqué que, selon son opinion, tout s’était déroulé normalement. Mais l’ancien fonctionnaire, aujourd’hui pensionné, n’a retrouvé aucune trace du dossier du dégel des intérêts. "J’ai regardé les dossiers, mais je ne retrouve rien concernant le dégel. C’est dommage, mais c’est comme ça."

Ce dernier, sans rentrer dans le détail de ce dossier, a tout de même refilé la patate chaude au monde politique. "Quelqu’un a pris la décision, c’est certain, mais je pense que c’est le politique qui est responsable de la décision. Dans ce genre de décision, l’administration a un rôle consultatif", a-t-il encore expliqué.

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