"La mécanique poids lourd, les jeunes n'aiment pas. C'est dur et salissant"

©anthony Dehez

Le taux des vacances d’emploi augmente en Belgique. Les entreprises rament pour trouver des ingénieurs, comme des mécaniciens.

La température n’est pas très chaude dans le hangar qui abrite les ateliers de Genieroute, à Fleurus. Son core-business: l’entretien et la réparation d’engin de chantiers et camions.

Une forte odeur d’huile, de métal et de diesel flotte dans l’air. Des camions Volvo s’alignent, entrailles à l’air. Thomas nous salue rapidement avant de retourner dans la fosse, sous le monstre de métal qu’il tente de réparer. Un monstre boueux, complexe, sillonné de tuyaux hydrauliques.

31.000 emplois vacants en Wallonie, vraiment? Non! Lisez notre interview de la patronne du Forem

"La mécanique poids lourd, les jeunes n’aiment pas trop. Ils préfèrent la mécanique auto. C’est plus simple, moins salissant, et moins lourd physiquement", dit Amaury Otoul, le directeur RH de l’entreprise. "On a eu récemment trois ex- Caterpillar venus à l’essai. Un seul a finalement été embauché. Un autre est parti, il trouvait le métier trop dur et trop fatiguant, comparé à ce qu’il faisait avant…", enchaîne Ari Dupont, directeur de l’entreprise.

Dans les trois ans qui viennent, Ari Dupont va devoir trouver 10 mécaniciens poids lourd et magasiniers. Il sait que ça ne va pas être simple. Mécanicien poids lourd fait partie du top des métiers en pénurie en Région wallonne. En 2017, le Forem disposait de 658 offres pour ce job, mais aussi de 3.171 offres pour le poste d’électromécanicien.

"On a eu récemment trois ex-Caterpillar venus à l’essai. Un seul a finalement été embauché. Un autre est parti, il trouvait le métier trop dur et trop fatiguant."
ari dupont
directeur de genieroute

Julien-Jacques Collart vient de terminer une formation au Forem dans cette branche de l’électromécanique, après voir été électricien dans le bâtiment et opérateur de production chez un chocolatier. Le jeune homme de 26 ans semble avoir aujourd’hui enfin trouvé sa voie. "Le bâtiment, cela ne me convenait pas, je préfère l’industriel. L’électromécanique, c’est beaucoup plus varié contrairement à l’électricité où l’on passe ses journées à faire de l’éclairage et du câblage dans les maisons. Ici, on allie la mécanique de maintenance, l’électricité industrielle, le soudage, on sait programmer des robots."

Julien-Jacques cherche du boulot. Jeudi, il a passé des tests chez GSK. Et croise les doigts. Il sait qu’il trouvera rapidement. Mais il regrette parfois les exigences posées par les employeurs sur le marché du travail. "On demande toujours 3 à 5 ans d’expérience, mais quand vous êtes jeune et sortez de formation, comment voulez-vous?"

Le jeune homme tente malgré tout sa chance. Et, à en croire Amaury Otoul, avec raison. "L’exigence d’expérience, on la met, mais ce n’est pas la priorité. La priorité, c’est la formation et la motivation", dit le responsable RH. Mais Ari Dupont, lui, pointe aussi un manque de discipline et de maturité chez beaucoup de jeunes, qui sont aussi de plus en plus individualistes et ont du mal à travailler en équipe. Genieroute pallie ses problèmes en formant aussi elle-même des jeunes. Ari Dupont applaudit d’ailleurs des deux mains les formations en alternance. Mais son principal canal de recrutement reste l’intérim. Même si son directeur RH regrette le niveau. "Souvent, on y trouve les moins bons ouvriers qui ont cumulé des petits contrats…" Et puis, le salaire joue aussi dans les difficultés de recruter et de garder les ouvriers. "Les jeunes se comparent, font du shopping, et partent parfois ailleurs pour 50 cents de l’heure en plus. Ils ne comprennent pas toujours que le salaire, c’est l’expérience qui le fixe…"

Bruxelles en manque d’ingénieurs

Quand on quitte la Wallonie, et que l’on arrive à Bruxelles, l’un des profils sur lesquels il y a le plus de tensions actuellement est à 1.000 lieues de celui du mécanicien poids lourd. Ici, on passe dans la formation haut de gamme: ingénieur civil ou industriel.

Chez Veolia, active dans l’énergie et l’eau, Frédérique Meeus, directrice de la communication, explique que l’entreprise se retrouve face à une véritable pénurie d’ingénieurs, alors qu’elle recherche des profils très spécifiques. "Actuellement, nous avons une dizaine de postes libres chez Veolia, sans trouver encore de candidats. Les clients sont de plus en plus exigeants dans leur cahier des charges et demandent des ingénieurs. Cela pourrait nous poser un problème en termes de croissance, pour gagner de nouveaux contrats."

Pour tenter de s’en sortir, l’entreprise essaie d’être présente dans les écoles, pour faire valoir les postes à pourvoir. En axant pas seulement sa communication sur le salaire, mais aussi les avantages en termes de valeur, de bien-être au travail… "Nous proposons aussi des formations en interne pour que les gens acquièrent plus de compétences et puissent monter dans des postes plus pointus", explique encore Frédérique Meeus. Un autre axe: sensibiliser les femmes, trop peu présentes dans ces métiers techniques. Pour cela, Veolia a mis sur pied un partenariat avec Bruxelles-Formation, qui lui a déjà permis d’engager 10 électriciennes.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect