La sécurité sociale menacée par le remboursement des "médicaments innovants"

©© Zoonar/a.butala

Le budget du remboursement des médicaments innovants a augmenté de 600% entre 2015 et 2018, selon le magazine Médor.

Alors que le secteur des soins de santé doit se serrer la ceinture, le budget des "médicaments innovants" remboursés sous le système appelé "convention article 81" explose, d'après le magazine d'investigation Médor dans un article publié jeudi. 

Qu'est-ce que c'est? Le système est une bouée de sauvetage pour les patients. Lorsque les médicaments traditionnels n'ont pas les effets escomptés, les "médicaments innovants", dontle rapport coût-bénéfice est encore incertain, peuvent être une solution, mais à quel coût? Pour permettre aux patients de profiter au plus vite de ces traitements, l'État s'engage à rembourser ces médicaments généralement très onéreux.

Comment ça marche? Dans le cadre de "l'article 81", le gouvernement négocie avec les firmes pharmaceutiques les prix de ces médicaments. Ces montants sont fixés dans des conventions ultra confidentielles valables pour une durée limitée, généralement trois ans, avec comme objectif que les firmes produisent les données manquantes pendant ce laps de temps.

Opacité du système

L'Inami a refusé de communiquer à Médor le budget pour l'Etat des médicaments sous article 81. Mais, en extrapolant les données disponibles, le trimestriel a calculé qu'il atteindra 2,1 milliards d'euros pour les années 2015 à 2018. Entre ces deux années, il aura augmenté de 600%, avec 169 conventions en cours mi-2017.

©Photo News

Ce succès expliquerait en grande partie le dérapage de la trajectoire budgétaire prévue par la ministre de la Santé Maggie De Block. Il met une pression considérable sur l'ensemble du budget des soins de santé.

Pour les partenaires sociaux, ce système opaque qui remplit les poches de l'industrie pharmaceutique met en péril la sécurité sociale.

Son efficacité a pourtant été critiquée par le Centre fédéral d'expertise des soins de santé (KCE): souvent, l'industrie pharmaceutique ne met pas à profit le temps de la convention pour prouver l'efficacité du médicament concerné. De plus, d'après Médor, neuf des traitements "article 81" sont considérés par la revue française "Prescrire" comme plus dangereux qu'utiles.

On y trouve notamment le Champix, un médicament antitabac remboursé depuis 2008 dont on voit mal le caractère innovant, s'étonne Médor. En 2015, la ministre De Block avait autorisé son remboursement sous la procédure article 81 contre l'avis de la Commission de remboursement des médicaments.

Lire également

Contenu sponsorisé

Partner content