chronique

Le déclin de la démocratie-chrétienne

Le CD&V, comme le cdH, est en plein questionnement existentiel.

Parti cherche boussole. Dans l'imbroglio autour de la formation d'un gouvernement fédéral, le CD&V est un acteur clé, mais cet acteur a le vague à l'âme. Le parti joue un rôle décisif. Koen Geens pilote pour l'instant la mission royale. Vincent Houssiau, l'influent chef de cabinet du Roi, est étiqueté CD&V. Le parti peut être la charnière d'une future et hypothétique coalition.

À ce stade, le CD&V refuse toujours de lâcher la N-VA. "Le rêve ou la réalité virtuelle où se trouve le monde politique francophone, et pour lequel on a créé un nom - la coalition Vivaldi, dont personne ne connaît la partition - pour nous, c'est de l'irréel. Ça n'existe pas", a lancé mercredi Pieter De Crem, ministre de l'Intérieur, à LN24.

Il a raison : côté francophone, on voit encore trop le CD&V comme le parti qui fera, in fine, primer la raison d'État, celui des Martens et Dehaene d'antan. Mais c'est faux. Aujourd'hui, c'est une formation en crise profonde, aux abois. Il vient de porter à sa tête Joachim Coens, ex-patron du port de Zeebruges, qui aura la lourde de tâche de redresser la barre et de fixer un cap.

600.000
600.000
Aux dernières élections, le CD&V a récolté seulement 600.000 voix, contre 1,2 million en 2007.

Car au-delà des péripéties actuelles, le constat est là: le 26 mai 2019, le CD&V a réalisé un plus bas historique, réunissant à peine plus de 600.000 voix, deux fois moins qu'en 2007! Et les derniers sondages lui prédisent un nouveau recul en cas de scrutin. Ce qui nous fait penser, soit dit en passant, qu'il cherchera à tout prix à éviter un retour aux urnes.

Mais quelle est sa stratégie? Quelle est sa ligne politique? Bien malin qui pourrait la définir avec exactitude. Le parti a bâti sa réputation sur une image de bonne gestion, sur quelques personnalités marquantes et un ancrage local fort, des atouts qu'il conserve toujours d'ailleurs. Mais il fait face à des problèmes structurels qui le poussent au déclin.

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En crise partout

Ces problèmes ne sont pas spécifiques au CD&V. Il concerne aussi le cdH. C'est même toute la démocratie chrétienne européenne qui est en crise. Voyez par exemple les ennuis d'Angela Merkel et de sa CDU en Allemagne.

Tout ce qui constituait l'ossature de la démocratie chrétienne - le fait religieux, la culture catholique, des thématiques conservatrices, des valeurs comme la famille... - est ébranlé dans notre société. Celle-ci est en outre de plus en plus polarisée, d'où le succès des extrémistes de gauche comme de droite. Cela signifie que les prises de position moins radicales, plus nuancées - qui sont l'apanage des centristes - sont moins populaires.

À l'heure où la politique se résume pour certains à un tweet, le programme politique d'un parti centriste est illisible. Centre-gauche? Centre-droit? Quel est le positionnement d'un tel parti? Quel est son rapport aux extrêmes? Autant de questions existentielles.

Nationalistes, libéraux, écologistes, socialistes: on voit assez clairement quelles idées générales et quelle vision ces partis défendent. Pour un CD&V ou un cdH, c'est moins évident. Ainsi, le cdH se dit "démocrate" et "humaniste". C'est vrai, mais c'est vague, ça ne confère aucune identité claire et ce n'est pas spécifique au parti (au PS, au MR, chez Ecolo, on est aussi démocrate et humaniste). Pas étonnant que le parti centriste francophone, qui a choisi l'opposition partout, ait lancé toute une réflexion visant à un renouveau, à une refondation, y compris en changeant possiblement de nom. C'est une question de survie pour lui aussi. Reste à voir si promettre qu'il fera beau demain sera suffisant...

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