nécrologie

Philippe Maystadt (1948-2017), homme d'Etat, Européen convaincu

Le ministre d'Etat et ancien président du PSC, Philippe Maystadt, est mort ce jeudi à l’âge de 69 ans. Véritable homme d’Etat, il a piloté au cours de sa carrière d’importantes réformes en Belgique, tout en jouant un rôle clé au niveau européen. Il était atteint d'une maladie respiratoire incurable.

Philippe Maystadt était l’un des derniers dinosaures de la politique belge. Homme d’Etat, Européen convaincu, il a profondément marqué la politique belge et européenne de 1980 à 2011, date de la fin de son double mandat à la présidence de la Banque européenne d’investissement (BEI). Avant cela, il avait été ministre des Finances pendant dix ans et avait présidé le comité intérimaire du Fonds monétaire international (FMI) pendant cinq années. Un parcours belgo-international assez remarquable.

©Olivier Polet

En août dernier, c’est avec beaucoup de regret qu’il avait dû quitter, en raison de son état de santé, la présidence de l’Académie de recherche et d’enseignement supérieur (Ares), son dernier poste important en Belgique. Il était affecté par une maladie respiratoire rare et malheureusement incurable. Cette maladie le limitait dans ses sorties extérieures. Mais il n’en restait pas moins encore actif, recevant encore pas mal de dirigeants politiques et économiques chez lui à Nivelles. Une sorte de " confessionnal " à domicile en quelque sorte.

C’est à Nivelles que nous l’avions rencontré en septembre dernier pour évoquer son livre "Des lieux et des moments" (Editions Avant-Propos), un ouvrage consacré aux manières de décider en politique. Il avait insisté: "Non, ce ne sont pas mes mémoires. Cela n'intéresserait d'ailleurs que peu de monde". Un excès de modestie de la part d’un homme qui n’avait pas son pareil pour expliquer avec brio les problèmes les plus complexes. Pas étonnant que ce sens inné de la pédagogie ait conduit ce docteur en droit à enseigner à l’Université catholique de Louvain (UCL).

©BELGA

Il était né à Verviers le 14 mars 1948. Durant son enfance, ses parents louaient à Petit-Rechain une maison appartenant à la famille… Wathelet. Philippe Maystadt et Melchior Wathelet (senior), considérés comme les frères siamois du Parti social chrétien (PSC), allaient se retrouver un peu moins de trente ans plus tard, faisant leur entrée au Parlement le même jour ! Le "locataire" assis aux côtés du "propriétaire": il semblait inévitable que l’un incarnerait l’aile gauche du parti chrétien tandis que l’autre aurait l’oreille des classes moyennes, explique le journaliste Philippe Engels dans son livre "Le Mystère Maystadt" paru en 1999.

Aurait-il pu accéder au poste de Premier ministre au cours de sa carrière? Dans l’entretien qu’il nous avait accordé en septembre, ce passionné de football (et grand supporter du Sporting de Charleroi !) avait botté en touche : " Je ne pense pas. Il y a divers aspects de la vie politique que je ne maîtrisais pas bien. Notamment comprendre et anticiper les réactions des partis ". Il estimait que Jean-Luc Dehaene, pour qui il avait beaucoup de respect, était sans doute le plus fort dans ce domaine. La capacité du " plombier de Vilvorde " à engranger des accords politiques importants l’impressionnait particulièrement.

Avait-il pointé son éventuel successeur au niveau de la politique belge, celui qui aurait en quelque sorte l'"empreinte Maystadt"? Retour au clan Wathelet, puisqu’il nous citait le nom de Melchior Wathelet, junior cette fois. "C'est un homme de dossiers, pragmatique, mais qui a aussi une fibre sociale. Je pensais qu'il ferait un peu la même carrière que moi".

Philippe Maystadt, qui avait été appelé en 1998 au chevet d’un PSC au bord de la crise de nerfs, était évidemment attentif aux derniers soubresauts au sein du cdH. Il avait d’ailleurs publié une carte blanche dans "Le Soir", cosignée avec Joëlle Milquet, mettant en garde contre l'instabilité politique francophone juste après le coup de force de Benoît Lutgen au cours de l’été. Un coup de poker que ce "sage" de la politique avait du mal à comprendre.

Les emprunts Philippe

CV

Né à Verviers le 14 mars 1948

Docteur en droit (UCL)

1980-1981: ministre de la Fonction publique et de la Politique scientifique

1981-1985: ministre du Budget, de la Politique scientifique et du Plan

1985-1986: ministre des Affaires économiques

1986-1988: vice-Premier ministre et ministre des Affaires économiques

1988-1998: ministre des Finances

1998-1999: président national du PSC

2000-2011: président de la Banque européenne d'investissement (BEI)

 

Ses dix années au ministère des Finances ont été marquées par d’importantes réformes. Avec Alfons Verplaetse, le gouverneur de la Banque nationale, il a arrimé le franc belge au mark allemand, une politique de "franc fort" saluée par les milieux internationaux. Il a aussi réformé la structure de la Bourse de Bruxelles lors d’un second "big bang" piloté par son chef de cabinet, Olivier Lefebvre. Ceci aboutira notamment à la fusion de la Bourse de Bruxelles, du marché des futures et options, Belfox et de la chambre de compensation, la CIK.

Sur le plan des instruments de dette, il a réformé le marché monétaire avec les certificats de Trésorerie et instauré un marché obligataire moderne, avec le lancement des obligations linéaires (OLO) destinées aux professionnels. Sans oublier les emprunts pour les particuliers qui portaient son prénom: les fameux "emprunts Philippe" dont le premier du nom, lancé en 1990 avec un coupon de 10%, avait profité de la baisse du précompte mobilier de 25% à 10% et provoqué la ruée des épargnants belges.

Mais le grand argentier belge a aussi connu son lot de moments plus difficiles, notamment avec les remous liés à une amende fiscale de la Kredietbank (où il fut accusé d’interventionnisme) et à l'affaire dans les années 90 de certains "swaps" financiers de la Trésorerie qui avaient mal tourné. Il avait d’ailleurs envisagé un moment de remettre sa démission.

Ces "affaires" n’avaient toutefois pas terni son bilan. D’autant qu’il excellait sur le plan européen, jouant souvent un rôle d’entremetteur très utile entre Allemands et Français lors de la négociation du Traité de Maastricht. C’est également lui qui avait ouvert cette réunion dramatique de l’Ecofin le 1er août 1993, dans une capitale belge en deuil après le décès du roi Baudouin. Le Système monétaire européen (SME) était alors au bord de l’explosion, et avec lui toute la marche vers la monnaie unique. Au petit matin, Philippe Maystadt avait annoncé la nouvelle devant la presse internationale: les marges de fluctuation des monnaies étaient sensiblement élargies. Philippe Maystadt venait de vivre une des journées les plus éprouvantes de sa carrière. Mais la construction européenne était sauvée et l’euro allait naître quelques années plus tard. Une fierté légitime pour cet Européen de la première heure.

 

Philippe Maystadt dans l'émission 'Bar de l'Europe' sur TV5

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