Le parquet enquête sur des allégations de corruption visant Didier Reynders

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Une information judiciaire a été ouverte à la suite de l’audition d’un ex-agent de la Sûreté de l’État.

La Justice mène une enquête visant le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères et de la Défense, Didier Reynders (MR), comme nous l’a confirmé le parquet de Bruxelles. L’information judiciaire a été ouverte après qu’un ancien agent secret de la Sûreté de l’État s’est rendu, en avril dernier, à la police judiciaire fédérale pour lui communiquer une série d’allégations de corruption et de blanchiment à l’encontre de Didier Reynders. Les accusations étaient dirigées également contre un fidèle de Reynders, qui était encore à l’époque conseiller à son cabinet.

Le parquet de Bruxelles se refuse à préciser les actes judiciaires qu’il a déjà entrepris ces derniers mois dans le cadre de ce dossier, mais déclare "que l’enquête suit son cours". Au terme de l’enquête préliminaire, le parquet devra décider si les indices contre Reynders sont suffisants et si le dossier doit être transmis ou non au parquet général de Bruxelles, compte tenu de la qualité de ministre de Reynders.

Notre rédaction a pu consulter le procès-verbal établi par la police au sujet de l’audition de l’ex-agent de la Sûreté de l’État. On y lit que l’homme en question a travaillé du 1er mars 2007 au 1er mars 2018 pour le service de renseignements et de sécurité du pays, principalement au sein de sa section économique. Dans le cadre de sa fonction, l’ancien agent secret prétend avoir pris connaissance, grâce à ses informateurs et ses propres investigations, de différentes pratiques de corruption et de blanchiment.

Dans son audition, l’ex-agent de la Sûreté de l’État pointe une série de marchés publics et d’achats de l’État, tels que la construction de l’ambassade belge à Kinshasa, pour lesquels des pots-de-vin ont été versés, selon lui. Dans sa déposition, il cite également des corrupteurs, comme des marchands d’armes, et un candidat à l’élection présidentielle congolaise. Pour chaque accusation, l’ancien agent secret donne également les noms d’autres personnes et entreprises impliquées.

Lors de son audition, l’ex-agent de la Sûreté de l’État a décrit les méthodes que Reynders et son homme de confiance auraient utilisées pour recevoir de l’argent et le blanchir. Il y est question notamment de vente à des prix surfaits d’œuvres d’art et d’antiquités sans grande valeur. L’ancien agent secret prétend qu’un antiquaire impliqué dans ce blanchiment lui aurait déjà fait des confidences à ce sujet. Parmi les autres méthodes citées, épinglons aussi des transactions immobilières. Le conseiller de Reynders serait devenu ainsi le propriétaire de nombreux logements, un patrimoine impossible à justifier sur la base de ses revenus officiels.

Autre voie de blanchiment pointée par l’ex-agent de la Sûreté de l’État: des transactions passant par des sociétés-écrans dans des paradis fiscaux. Dans son audition, il cite le nom d’un Néerlandais qui y aurait contribué via des sociétés offshore et celui d’un haut fonctionnaire qui pourrait en dire plus à ce sujet à la Justice.

Seuls le parquet de Bruxelles et les inspecteurs de police peuvent à présent établir la véracité des déclarations (détaillées) de l’ancien agent secret.

Rapports secrets

Notre rédaction a pu consulter cependant cinq rapports secrets que l’ex-agent de la Sûreté de l’État a rédigés durant ses années de fonction. Ces notes, enregistrées dans la banque de données de l’organe de renseignements de l’État, remontent déjà aux années 2009, 2010 et 2011. Elles confirment en tout cas que l’ancien agent pointait déjà les supposées pratiques de corruption dénoncées aujourd’hui à la Justice.

"Il s’agit sans doute à nouveau d’un montage émanant du même homme malveillant qui tente sans cesse de nuire."
John Hendrickx
porte-parole de didier Reynders

Ces cinq rapports secrets de la Sûreté de l’État mentionnent déjà une série de noms ainsi que les " astuces " pour blanchir l’argent de la corruption (les transactions factices sur le marché de l’art). 

Les cinq rapports sont des documents officiels confidentiels de la Sûreté de l’État. Mais ils n’ont pas valeur de preuve. Ils contiennent des " informations brutes " que la Sûreté de l’État a recueillies auprès de différents informateurs. Dans une de ces notes, on peut lire ainsi qu’un des informateurs est un fonctionnaire haut placé dans un service public fédéral concerné. Pour autant que nous le sachions, la Sûreté de l’État n’a pas transmis à l’époque ces informations à la Justice.

La réaction de John Hendrickx, le porte-parole de Reynders, est brève: "Il s’agit sans doute à nouveau d’un montage émanant du même homme malveillant qui tente sans cesse de nuire." Didier Reynders est actuellement candidat au poste de commissaire européen à la Justice.

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