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Les cinq scénarios budgétaires de Paul Magnette

Paul Magnette part notamment du principe que les investissements écologiques doivent sortir du calcul du déficit. ©Photo News

Un scénario budgétaire allemand, un irlandais, un finlandais, un français et un italien: Paul Magnette (PS) demande aux partis arc-en-ciel de faire leur choix.

L’informateur royal Paul Magnette (PS) réussira-t-il à rapprocher les partis socialistes, libéraux et écologistes au point de passer, à partir de lundi prochain, à la phase de formation d’une coalition arc-en-ciel? Ou la famille libérale, confrontée à une forte résistance de ses troupes, jettera-t-elle l’éponge?

Mercredi soir, les partis des trois familles politiques se réunissaient pour examiner le cadre budgétaire dessiné par le président du PS. Cette épure est le produit des entretiens que l’informateur Paul Magnette a menés avec le nouveau commissaire européen des Finances Paolo Gentiloni et son prédécesseur Pierre Moscovici.

5 scénarios proposés

L’informateur a concocté un menu à choix multiple comprenant cinq scénarios. La trajectoire budgétaire la plus dure, le scénario allemand, conduit à l’équilibre à l’horizon 2024, ce qui représente un effort de 2,5% du produit intérieur brut (PIB), soit 13,4 milliards d’euros. La voie de la "dolce vita", le scénario italien, n’implique aucun effort budgétaire, ce qui amène le budget à un déficit de 2,4% du PIB en 2024.

Le véritable choix se situe en réalité parmi les trois scénarios moyens: l’irlandais, le finlandais ou le français ramenant le déficit respectivement à 2%, 1,8% ou 0,8% en 2024. Dans le scénario irlandais, l’effort se chiffre à 1,7% du PIB (9,1 milliards d’euros). Dans la version finlandaise, l’effort budgétaire est de 0,7% (3,8 milliards d’euros). Et dans le scénario français, il est limité à 0,5%(2,7 milliards d’euros).

Exit les cadeaux fiscaux

Tous les partis conviennent qu’atteindre l’équilibre budgétaire au cours de cette législature est hors de portée, compte tenu du trou considérable laissé par le gouvernement de centre-droit actuel et des conséquences négatives pour le budget du vieillissement de la population. Les cadeaux fiscaux et une explosion des dépenses sociales sont hors de question. "Nous ne rasons pas gratis", a-t-on entendu cette semaine du côté du PS. Le plan visant à relever la pension minimum à 1.500 euros ne serait mis en œuvre que progressivement. Son coût serait ainsi inférieur à son estimation initiale. Et Magnette ne parle plus de faire redescendre l’âge de la pension légale.

Le cadre budgétaire et une note portant sur la "meilleure offre finale" constituent le test décisif pour la coalition appelée à réunir socialistes, écologistes et libéraux.

Magnette avance aussi l’épure budgétaire traditionnelle consistant à répartir les efforts en trois tiers: le premier par des recettes nouvelles (impôts), le deuxième par des réductions de dépenses et le troisième par "diverses" mesures, comme les revenus tirés de la lutte contre la fraude sociale et fiscale. Plus élevée est mise la barre budgétaire, plus nombreux seront donc les impôts nouveaux.

Du côté des dépenses

Magnette part également du principe que les investissements écologiques doivent sortir du calcul du déficit, comme les investissements à hauteur de 750 millions d’euros par an dans les transports en commun, à savoir le rail. Par ailleurs, les dépenses en soins de santé ne seraient pas visées par les économies. Et ce qu’on appelle "l’enveloppe bien-être" de 1,68 milliard d’euros, qui doit servir à augmenter les allocations sociales, sera entièrement dépensée.

Les "effets retour" n’ont pas été calculés, sauf s’agissant du relèvement de la pension minimum à 1.500 euros et des allocations au-dessus du seuil de pauvreté. Ces mesures renforcent en effet le pouvoir d’achat et la consommation domestique.

Magnette a veillé aussi à ventiler les principaux postes de dépenses. Les libéraux seraient les mieux servis avec une réduction des charges pour le recrutement des deuxième et troisième travailleurs, et des déductions fiscales pour les investissements numériques. L’augmentation des pensions les plus basses vise également surtout les petits indépendants.

"Best and final offer"

Cette phase cruciale pour l’avènement d’une coalition arc-en-ciel a été émaillée à nouveau de fuites. Au point que certains ténors doutent de l’issue positive des discussions.

Outre le cadre budgétaire, Magnette met également sur la table une note dite "best and final offer". Elle ne comporte que peu, voire aucune, nouvelle concession pour la politique relative au marché du travail. Seul le passage sur l’euthanasie a été rayé.

Le changement le plus notable est l’atténuation du passage controversé sur la régularisation des clandestins qui travaillent en noir. On ne parle plus de "régularisation" mais de "règlement administratif" des personnes dépourvues de permis de séjour et de travail.

Cette phase cruciale pour l’avènement d’une coalition arc-en-ciel a été émaillée à nouveau de fuites. Au point que certains ténors doutent de l’issue positive des discussions. "On n’y arrivera pas", entend-on ici et là. Les fuites sont le signe, en tout cas, que certains autour de la table n’ont pas forcément envie de réussir. Quelques poids-lourds côté libéral flamand ne sont pas convaincus par l’analyse de Gwendolyn Rutten selon laquelle son parti aurait tout à perdre si on en revenait au scénario de la coalition bourguignonne (avec la N-VA).

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