Les francophones de Belgique, cancres européens de la lecture

©ANP

Les capacités de lecture des jeunes francophones de Belgique ont régressé au cours des cinq dernières années, plaçant la Fédération Wallonie-Bruxelles en dernière place de l'Union européenne et des pays développés, selon les résultats du Programme international d'évaluation des compétences en lecture publiés ce mardi.

Avec un résultat moyen de 497 points, soit 45 unités de moins que la moyenne des pays européens et de l'OCDE, la Belgique francophone se classe bonne dernière en Europe quand il s'agit d'évaluer les compétences en lecture de nos élèves de quatrième primaire.

Avec un score de 525 points, la Flandre fait mieux que la Fédération Wallonie-Bruxelles, mais évolue également sous la moyenne. "Certains pays ont certes des résultats inférieurs à ceux de la Fédération Wallonie-Bruxelles, mais il s'agit de pays économiquement moins développés, hors OCDE ou hors Union Européenne", note l'étude du Programme international d'évaluation des compétences en lecture (PIRLS) pour l'année 2016.

4.623
Le nombre d'élèves sondés en Belgique francophone
Réalisée tous les cinq ans dans 61 pays ou régions, l'étude PIRLS sonde les capacités de lecture des jeunes de 4e primaire. En Fédération Wallonie-Bruxelles, c'est l'université de Liège (ULg) qui a réalisé l'enquête auprès de 4.623 jeunes inscrits dans 158 écoles.

Les jeunes francophones de Belgique n'y engrangent donc qu'un résultat moyen de 497 points, en retrait de 9 points par rapport à une étude similaire réalisée en 2011. Du côté politique, cette analyse est pries très au sérieux et la ministre de l'Education Marie-Martine Schyns (cdH) n'hésite pas à qualifier ces résultats d'"insatisfaisants". "L'analyse de ces résultats sera particulièrement utile aux travaux du Pacte pour un enseignement d'excellence", estime la ministre. "Le groupe de travail relatif aux 'référentiels français', qui doit revoir les savoirs, les savoir-faire et les compétences du futur tronc commun tiendra largement compte des constats et des pistes d'amélioration développés dans l'analyse".

 

Les garçons encore plus mauvais

Les résultats de l'étude PIRLS corroborent les piètres performances, en lecture notamment, des jeunes Wallons et Bruxelles déjà mis en lumière par les dernières études Pisa (OCDE). Les résultats du jour pointent un "écart significatif" entre élèves francophones selon leur genre, leur retard scolaire et leur origine sociale.

Les garçons (492 points) disposent ainsi d'une moins bonne capacité de lecture que les filles (503). Les redoubleurs lisent également nettement moins bien que les élèves sans retard scolaire, tout comme les enfants issus des familles les plus pauvres au regard de ceux issus de milieux plus aisés où le niveau de lecture atteint la moyenne des pays développés.

Les racines du problème

"Il faudra renforcer l'offre de lecture, en insistant sur la compréhension, l'interprétation, le décodage et l'implicite. Cela devra se combiner avec un passage à l'écrit intervenant plus tôt dans la scolarité."
Marie-Martine Schyns (cdH)
Ministre francophone de l'Enseignement

Au-delà de ces éléments socio-économiques, les chercheurs de l’Université de Liège chargés de faire cette étude expliquent ces piètres performances de la Fédération par des raisons plus structurelles. Les pratiques pédagogiques en Wallonie et à Bruxelles diffèrent en effet des pays plus performants. Ainsi, dans les écoles de la Fédération, il est rare qu'on fasse lire à des enfants de primaire des livres en entier, au bénéfice de textes plus courts, notent-ils.

La ministre Schyns indique pourtant que des initiatives ont déjà été prises récemment pour inverser la vapeur, notamment la mobilisation de moyens supplémentaires pour permettre aux écoles d'acheter des livres, ou encore en matière de formation continue des enseignants. "Il faudra renforcer l'offre de lecture, en insistant sur la compréhension, l'interprétation, le décodage et l'implicite. Cela devra se combiner avec un passage à l'écrit intervenant plus tôt dans la scolarité", ajoute Marie-Martine Schyns.

Les efforts de remédiation en lecture en Fédération sont en outre largement insuffisants, les besoins n'étant même pas couverts à moitié, selon les chercheurs de l'ULg. Ceux-ci pointent aussi le fait que les profs ne sont que fort peu formés à l'enseignement de la lecture. Enfin, l'absence de continuité entre le cycle maternel et le primaire est également avancée comme explication par les chercheurs.

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