Les maisons médicales du PTB, outils de propagande

©Nicolas Vadot

Comment le PTB utilise les fichiers des patients des maisons médicales pour sa propagande électorale.

Tout le monde aime Raoul. Ou presque. Alors que le PTB affole les compteurs des derniers sondages – installé comme troisième force politique wallonne –, pour la première fois, des voix discordantes s’élèvent depuis les rangs même de la formation d’extrême-gauche pour dénoncer la récupération politique outrancière que pratique le PTB – par exemple dans les maisons médicales dont il a la responsabilité.

"On prétexte un élément médical, par exemple une prise de sang, pour contacter un patient."

Les faits reprochés ont été transmis de manière anonyme à L’Echo: ils ont été rassemblés par "une douzaine" de membres et ex-membres du PTB et/ou des médecins ayant travaillé dans une des maisons médicales du PTB à Herstal.

Dans les coulisses du PTB

Les faits sont détaillés et circonstanciés sur 25 pages: mis bout à bout, ils révèlent une manière de faire pour le moins effarante – entre autres au niveau de l’utilisation des fichiers médicaux et des données des patients à des fins politiques.

Rappel, le PTB "gère" 11 maisons médicales en Belgique via "Médecine pour le Peuple". C’est dans les 11 communes où ces maisons médicales sont implantées que le PTB performe le mieux électoralement, note le politologue Pascal Delwit (ULB).

Extrait de ce rapport sur les pratiques du PTB: 

"Nombre de fois, un patient a été contacté pour un avis, un élément de son dossier, une prise de sang, peu importe l’excuse. En fait, c’est juste pour pouvoir voir la personne puis, quand elle est dans la salle d’attente, un cadre du parti l’approche et discute avec elle. C’est souvent avec la prise de sang que la personne est convoquée alors que cliniquement, il n’y a absolument rien. Beaucoup de collègues se sont d’ailleurs souvent demandés pourquoi on convoquait des patients pour rien."

"Durant les campagnes électorales, le PTB Herstal téléphone aux patients de la maison médicale pour leur demander s’ils envisagent de voter pour lui. Quand un médecin a signalé (à un responsable du parti) que cela constituait un conflit du point de vue éthique de la médecine et du point de vue des libertés individuelles, ce dernier a répondu qu’il ne fallait pas dire qu’on effectuait un baromètre pour les élections mais dire que c’était pour revenir ensuite vers eux et savoir si on avait tenu nos engagements", détaille le document. "Certains cadres du PTB viennent parfois poser des questions aux membres de la maison médicale pour connaître l’état de santé de tel ou tel patient afin de savoir s’il (…) peut participer à tel événement. Ce qui présente une violation du secret professionnel."

"La drague politique"

"Au niveau du dossier des patients et de leur utilisation à des fins politiques, c’est très facilement prouvable. Toute personne cadre du parti a accès au dossier médical du patient avec un mot de passe. Les informations sont recherchées à des fins politiques. Voici les informations recherchées en priorité: la personne travaille-t-elle? Où travaille-t-elle? A-t-elle un revenu? A-t-elle des enfants? Toutes ces informations aident à orienter la prospection électorale et la drague politique", lit-on dans le rapport.

Mais l’organisation interne des maisons médicales est également pointée: "Lors des réunions médicales du jeudi midi, le PTB engloutit entièrement médecine pour le peuple à travers des projets politiques. Le PTB se sert de médecine pour le peuple pour approcher les patients, les manipuler et gagner de l’argent. Les disputes et malaises au sein des équipes sont mis de côté pour parler de grèves et de manifestations."

©Nicolas Vadot

Et gare aux patients des maisons médicales qui n’auraient pas la bonne couleur politique: "Certains patients ont eu le culot de se présenter sur d’autres listes électorales que le PTB. Une pression a été exercée sur les membres de la famille de ces personnes dissidentes allant jusqu’à la dispute en formulant la clause de refus de soins de la part de certains médecins, etc. Au moins deux personnes ont été désinscrites de la maison médicale pour avoir figuré sur des mauvaises listes électorales."

Plus loin, les auteurs du rapport écrivent: "Certains d’entre nous ont dû retirer des commentaires sur Facebook ou autres réseaux sociaux parce qu’ils dévoilaient la faiblesse du PTB ou ses contradictions."

"Maggie De Block"

Interrogée sur ces différentes dérives, Sofie Merckx, en charge du volet médical pour le parti, assume de faire de la politique tout en soignant ses patients: "Oui, on sensibilise nos patients au fait que Maggie De Block augmente le prix des médicaments et on leur demande de venir manifester", dit-elle. "Oui, nous faisons des soirées d’information politique et nous y convions nos patients."

Sofie Merckx, fille du médecin fondateur des maisons médicales PTB Kris Merckx, indique ne pas soigner "uniquement des patients PTB: nous soignons tout le monde", assure-t-elle, "et nous respectons les convictions philosophiques". Sur l’utilisation des fichiers médicaux à des fins politique, Sofie Merckx note que cela ne se fait pas "de manière directe", "ça, on ne fait quand même pas", dit-elle. "On parle au patient du fait que le PTB se présente aux élections, mais on lui laisse une liberté de vote."

> Lire aussi notre dossier "Derrière le sourire de Raoul" dans notre supplément de ce week-end.

Le PTB et Médecine pour le Peuple rejettent les accusations

Ce samedi, Médecine pour le Peuple (MPLP) a réfuté les affirmations exposées ici. Dans un communiqué de l'organisme, on peut lire qu'"au sein de nos maisons médicales, le secret médical est totalement respecté. Nous y apportons une grande attention. Jamais un cadre du PTB n'a pu avoir des renseignements médicaux qui se trouvent dans un dossier médical."

"Médecine pour le Peuple ne convoque pas des patients pour des fausses raisons ou pour des examens médicaux inutiles. Ceci est une accusation montée de toutes pièces. Les patients ne sont convoqués que pour des examens médicaux nécessaires. Aucune plainte dans ce sens n'a d'ailleurs été jusqu'à présent déposée auprès de l'ordre des médecins", est-il encore précisé.


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