Les salaires belges resteront au régime jusqu'en 2020

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Les salaires belges progressent moins rapidement que ceux de leurs voisins européens grâce au tax shift et au saut d'index... et ils resteront encore au régime pour un moment.

Le tax shift et le saut d’index ont tenu leurs promesses. Depuis 2016, les salaires progressent enfin moins rapidement que la moyenne des salaires des pays voisins. Et la tendance s’accélère. Les premières prévisions 2018 données dans le nouveau rapport du Conseil central de l’Économie (CCE) donnent même un gain de compétitivité (salariale) de 1% comparé aux trois pays voisins (comparé à 1996).

Et ce grâce aux employeurs et aux syndicats qui, dans les secteurs, ont respecté le cadre des hausses salariales fixées dans le dernier accord interprofessionnel (soit une marge fixée à 1,1% pour 2017-2018). Tant la Banque nationale (BNB) que le Bureau du plan confirment en effet que les hausses de salaire conventionnelles (hors indexation automatique) s’élèveraient entre 0,3% et 0,4% pour 2017, et 0,7 à 0,8% pour 2018.

0,6%
Le handicap salarial réel qui sera pris en compte pour calculer la marge maximale disponible pour les futures hausses de salaire est de 0,6%.

Cette bonne nouvelle ne rendra pourtant pas les prochaines négociations salariales beaucoup plus faciles. À la fin de l’année, les partenaires sociaux devront négocier l’accord interprofessionnel 2019-2020. Mais pour ce faire, ils devront intégrer les nouvelles règles imposées par la Loi de compétitivité qui a été révisée en 2017.

Le Conseil central de l’Économie a donc également calculé la marge maximale disponible pour ces futures négociations. Or, la nouvelle loi impose de ne pas se servir des gains du tax shift pour offrir de nouvelles hausses de salaire aux travailleurs. Pour calculer le handicap salarial et la marge technique disponible pour les hausses de salaires, on ajoute donc les réductions de charges qui ont été consenties à la masse salariale, ce qui la fait gonfler mécaniquement. Et fait donc apparaître un handicap salarial de 0,6%. Il devra impérativement être corrigé lors des prochaines négociations… Ce qui veut dire que les salaires resteront encore probablement au régime pour les deux années à venir.

"Les manipulations intégrées dans la nouvelle loi salariale produisent leur effet", grince la FGTB, qui constate que même si les bénéfices des entreprises atteignent 35 milliards après impôts en 2016, il ne reste rien pour les travailleurs.

Prévision provisoire

Cette prévision de dérapage à 0,6% reste provisoire. Les chiffres fournis par le CCE devront encore être affinés à l’automne. On y retrouvera notamment l’impact des négociations salariales qui se jouent en Allemagne. Négociations où les syndicats mettent une grosse pression pour pousser les salaires à la hausse. Ce handicap à corriger se réduira donc probablement, d’autant plus qu’il est dû exclusivement à la comparaison avec les salaires allemands.

"Pour arriver à concurrencer pleinement nos voisins, il faudra poursuivre la politique de réduction des charges et d’évolution modérée des coûts salariaux au cours des prochaines années."
Patronnat

Du côté patronal, on rappelle aussi que le handicap salarial "historique" reste encore élevé: 11% en 2018. "Le travail n’est donc pas fini, disent la Fédération des entreprises de Belgique, l’Unizo, l’UCM et la FWA. Ne versons pas dans l’autosatisfaction ou l’euphorie." En 1996, rappellent les employeurs, le pays enregistrait déjà un handicap salarial de 10% comparé aux trois pays voisins. Il a grimpé à un niveau historique de 17,3% en 2013, et ce malgré l’existence de la loi de compétitivité censée permettre une plus grande maîtrise des salaires. "Pour arriver à concurrencer pleinement nos voisins, il faudra poursuivre la politique de réduction des charges et d’évolution modérée des coûts salariaux au cours des prochaines années", concluent les patrons.

Constats | lutter contre les inégalités

Le rapport sur l’emploi et la compétitivité rédigé par le Conseil central de l’économie ne se borne pas à calculer le handicap salarial, il analyse aussi la situation socio-économique du pays.

Dans ce chapitre, le rapport pointe notamment des inégalités en termes de distribution des revenus (écarts entre les revenus les plus bas et le revenu médian), la précarité de l’emploi pour les jeunes et les peu qualifiés, les coûts de l’électricité, l’isolation des logements. Autant de points sur lesquels le gouvernement devrait apporter une réponse, explique Luc Denayer, le secrétaire général du Conseil central de l’économie.

La Belgique doit aussi améliorer son score en matière de soutenabilité environnementale, notamment au travers d’une politique de mobilité axée sur le transport par rail et l’intermodalité, et un budget mobilité qui met l’accent sur la mobilité durable.

Le rapport pointe aussi la nécessité de relancer les investissements dans d’autres domaines comme la santé, l’enseignement, la formation, le numérique. "La digitalisation de l’économie, elle, ne doit pas être vue comme la fin du monde", dit encore Denayer, mais sur ce point, il faut transformer les risques en opportunités, notamment en adaptant le cadre fiscal et réglementaire aux nouveaux développements.

 

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