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interview

Maxime Prévot: "Le nucléaire peut être un allié sérieux pour la diminution des émissions de CO2"

Maxime Prévot relance la refondation du cdH.

Maxime Prévot épargne le gouvernement wallon mais tacle le Fédéral sur le nucléaire, la crise migratoire et la réforme de l'État. Et d'appeler à une réforme de la TVA.

Maxime Prévot fait forcément sa rentrée politique avec une certaine gravité dans la voix. Interrogé d'emblée sur la situation financière de la Wallonie suite aux inondations, le député-bourgmestre de Namur et président du cdH salue depuis l'opposition l'effort fourni par le secteur des assurances, mais se veut lucide.

"Après ces deux épisodes majeurs et imprévus (les inondations et la pandémie de covid, NDLR), personne ne peut donner le sentiment que tout est sous contrôle, dit-il. Les finances publiques dérapent et c'est inévitable. Je ne jette la pierre à personne. Il n'y aura pas de salut hors investissements publics massifs. Ce qui m'inquiète n'est pas tant leur ampleur que de savoir si dans quelques années, quand l'Europe demandera à revenir à un carcan budgétaire plus strict, nous aurons la capacité de nous y conformer. D'autant que cela coïncidera avec le démarrage de la diminution des dotations de solidarité fédérale."

Le danger de faillite est-il réel?

Non, ce terme me paraît excessif. Dans l'espace intrabelge, nos institutions sont robustes. Mais cette robustesse ne doit pas être surestimée. La Fédération Wallonie-Bruxelles est exsangue, il ne faudrait pas que la Région wallonne suive le même chemin. Ceci dit, elle a une capacité d'action différente.

"La TVA n'a plus beaucoup de sens, on devrait lui substituer une taxe environnementale."

La région a, elle, un pouvoir fiscal. Va-t-on vers une hausse des impôts régionaux?

Vu l'état de fragilité du tissu socio-économique, je ne pense pas que ce soit la solution. Mais ces deux crises ainsi que le nouveau rapport alarmant du Giec imposent d'accélérer la réorientation de notre système fiscal. Qu'il soit régional ou fédéral. La TVA n'a, par exemple, plus beaucoup de sens, on devrait lui substituer une taxe environnementale. Une TVE plutôt qu'une TVA. Il est incohérent d'avoir des biens de consommation rapide dont le prix n'intègre pas la charge environnementale. On doit donc passer le grand braquet fiscal en mettant autour de la table, comme on a été capable de le faire pour le covid, le Fédéral et les Régions. On doit aussi mener un travail fiscal sur le coût énergétique, qui est pour une série de secteurs un handicap de compétitivité aussi important que le coût du travail.

Vous visez la sortie du nucléaire?

Je ne m'explique pas la sortie précipitée du nucléaire. Je comprends que les écologistes aient voulu imposer la fermeture intégrale faute d'avoir pu la préparer sereinement depuis 2003. Mais l'enjeu du nucléaire ne doit pas être regardé avec les mêmes lunettes qu'en 2003. Aujourd'hui, il peut être un allié sérieux pour la diminution des émissions de CO2.

N'est-il pas trop tard pour revenir sur la sortie?

Sortir, c'est très bien quand l'alternative a été préparée. Les études les plus sérieuses indiquent qu'on serait en capacité de substituer l'intégralité de la production nucléaire en 2030, or les réacteurs ferment en 25. Pendant 5 ans au moins, on va devoir construire des turbines gaz-vapeur qui produisent plus d'émissions de CO2 que le nucléaire. Ce serait plus raisonnable de conserver un cocktail énergétique en maintenant deux centrales, le temps de travailler sur le durable sans fermer la porte aux innovations dans le nucléaire.

Cela risque de coûter cher ?

Qui peut croire que cela coûtera moins cher de fermer et accompagner cette fermeture pendant des années?

"On aurait dû conserver un cocktail énergétique dans lequel le nucléaire a une part. Une part décroissante, bien sûr."

Engie serait en position de force...

Par sa décision dogmatique, le gouvernement les a mis en position de force. On aurait dû conserver un cocktail énergétique dans lequel le nucléaire a une part. Une part décroissante, bien sûr. C'est un enjeu pour la reconstruction de la Wallonie, au même titre que les pénuries de main-d'œuvre. On a une belle occasion de répondre à cet enjeu humain et économique avec la migration. On a des demandeurs d'asile qui vivent sur notre territoire depuis 10 ou 15 ans qui ont des compétences qui pourraient être utiles dans la construction. Si la seule dimension humaine ne suffit pas à convaincre le gouvernement Vivaldi de mener une autre politique que celle du gouvernement MR/N-VA, que le regard économique le fasse. Il ne s'agit pas d'être une passoire, mais de ne pas rester passifs. Les partis de gauche ont dénoncé la politique de Francken, ils ne font rien d'autre que de la copier.

C’est-à-dire?

On continue d'expulser vers l'Afghanistan au motif qu'il y reste quelques régions sûres. Les bras m'en tombent. Les Pays-Bas et l'Allemagne ont révisé leur position en moins de 24 heures, j'ose espérer que le gouvernement belge fera de même.

Quid de la formation en Wallonie?

L'Aviq (l'agence de la santé en Wallonie, NDLR) a été plongée dans la crise sanitaire et il lui a été demandé de faire la démonstration de son efficacité, ce qu'elle a fait bon an mal an. Que le Forem fasse aussi la démonstration que l'argent qu'on lui donne est bien investi. Aujourd'hui, le retour sur investissement n'est pas le plus exemplaire.

"La Wallonie doit prendre son essor sans rester continuellement sous baxter de la Flandre."

Vu la situation de la Wallonie, faut-il revoir l'extinction à partir de 2025 des mécanismes de solidarité budgétaire?

On doit éviter de donner le sentiment que les accords de solidarité entre les Régions et les trajectoires de financement doivent être remis en cause en fonction d'événements conjoncturels. Si demain la Flandre devait être confrontée à une telle déstructuration de son territoire, les Wallons n'accepteraient pas qu'on révise les accords de sorte que leur part diminue. Par contre, indépendamment du drame des inondations, la nécessité de, parallèlement à la réforme de l'État, réviser les trajectoires budgétaire est inévitable. La difficulté est d'éviter le donnant-donnant compétences contre argent. Si la Wallonie doit prendre son essor sans rester continuellement sous baxter de la Flandre, il y a un principe de réalité : notre structure socio-économique n'est pas celle de la Flandre. Il faut donc que l'on puisse voir si le rythme de ces diminutions peut être remis en cause.

Un consensus francophone se dessine-t-il sur la question institutionnelle ?

Depuis plus d'un an, je demande qu'à l'initiative de la première force politique francophone, des réunions s'organisent. Je déplore que ce ne soit toujours pas le cas. J'ai adressé ce message plusieurs fois à Paul Magnette et je n'ai pas reçu d'invitation. Je sais que PS, Écolo et MR se sont vus une ou deux fois. Certains présidents de parti sont désireux d'associer l'opposition dès à présent, car il faudra réussir une réforme pour tous les francophones et que ceux qui sont dans la majorité seront peut-être dans l'opposition demain et inversement. D'autres préfèrent rester dans un rapport majorité/opposition, ce que je trouve puéril.

Qui cela?

Ce que je trouve puéril (il sourit). Il faut une union sacrée des francophones.

PTB compris?

Je ne suis demandeur de mener la politique du pays ni avec l'extrême droite ni avec l'extrême gauche. Ce n'est pas un parti avec lequel il est indispensable de mener ces réflexions. Les autres partis devraient les mener. Je ne comprends pas pourquoi cela ne se passe pas.

"En coulisse, personne ne croit à la consultation populaire sur la réforme de l'État."

Le Fédéral annonce une consultation populaire sur la question institutionnelle. Qu'en dites-vous?

En coulisse, personne n'y croit. Les visions des deux ministres qui s'en chargent (Annelies Verlinden pour le CD&V et David Clarinval pour le MR, NDLR) sont déjà très différentes. Qu'on arrête les petits jeux et qu'on mette autour de la table les présidents de partis francophones. Les Flamands ont une feuille de route depuis 1999, nous n'en avons aucune.

La réflexion se mène peut-être sans vous.

Si j'avais la certitude qu'un travail de fond est fait, je me contenterais de déplorer de ne pas y être associé. Mais rien ne se passe.

Quid de la refondation du cdH?

On a pu associer 20.000 personnes avec la plateforme "Il fera beau demain", il y a donc une attente pour un mouvement politique plus participatif et moins empêtré dans les vieilles pratiques. C'est ce que nous souhaitons proposer. Notre prochain rendez-vous en présentiel, c'est le 12 septembre à La Louvière pour donner un coup de boost et lancer une campagne participative de trois mois. On va réunir les gens et aller à leur rencontre, avec la volonté, fin janvier début février, d'organiser la convention nationale pour qu'un nouveau mouvement politique prenne le relais du cdH avec une doctrine plus en phase avec notre temps.

Nouveau nom, nouveau branding?

C'est cela. Endéans les six mois, le cdH aura passé le relais.

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  • "La Fédération Wallonie-Bruxelles est exsangue, il ne faudrait pas que la Région wallonne suive le même chemin."
  • "Aujourd'hui, le nucléaire peut être un allié sérieux pour la diminution des émissions de CO2."
  • "Les partis de gauche ont dénoncé la politique de Francken, ils ne font rien d'autre que de la copier."
  • "Que le Forem fasse la démonstration que l'argent qu'on lui donne est bien investi."

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