interview

Migration: va-t-on éviter la crise?

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Le secrétaire d’État à l’Asile et la Migration a pris la décision de créer 2.500 places supplémentaires pour faire face à l’explosion des demandes d’asile. En ce qui concerne le parcours d'intégration, il renvoie la Wallonie à ses propres responsabilités.

Les nouvelles places d'accueil créées par Theo Francken, principalement dans des casernes, devraient toutes être ouvertes dans quelques jours. La répartition de ces places n’a pas plu à tous. Le bourgmestre faisant fonction de Tournai, Paul Olivier Delannois (PS), s’est plaint que sa ville doive accueillir 700 demandeurs d’asile. Il aurait préféré une répartition plus équitable entre les communes. Theo Francken estime ne pas avoir de leçons à recevoir de la part du PS. Quant à la question de l’intégration, il affirme que ce n’est pas de sa compétence et renvoie le PS à ses propres responsabilités.

Les 2.500 places supplémentaires suffiront-elles pour éviter la crise ?

Je ne sais pas. Si nous avons comme en Autriche 8.000 demandes en un mois, ça va être difficile. Mais dans la situation actuelle, ça devrait suffire. Mais qui sait combien de demandes nous allons recevoir demain, dans une semaine ou dans un mois?

Pourquoi ne pas mettre en œuvre un plan de répartition qui distribuerait les places équitablement entre les communes ?

Il y a effectivement un texte qui existe depuis quelques années pour mettre en œuvre un plan de répartition mais il est toujours en discussion. Il n’y a pas de répartition claire qui a été définie. Donc, il est impossible d’ouvrir 2.500 places en quelques jours dans toutes les communes de la Belgique. Ce n’est pas un outil que je peux utiliser pour ouvrir des places à court terme.

L’envisagez-vous à moyen terme alors ?

"Lors de la crise 2010-2011, le socialiste Philippe Courard (...) a ouvert 500 places d’accueil pour les demandeurs d’asile dans la commune de Herbeumont en province du Luxembourg, une commune qui compte 483 habitants."

On verra. C’est une possibilité. Ce n’est pas évident de répartir sur toutes les communes. Je rappelle que lors de la crise 2010-2011, le socialiste Philippe Courard, qui était à ma place, a ouvert 500 places d’accueil pour les demandeurs d’asile dans la commune de Herbeumont en province du Luxembourg, une commune qui compte 483 habitants. Il y avait donc plus de demandeurs d’asile que d’habitants. Et maintenant, le PS se plaint qu’on ouvre trop de places à Tournai!

Faut-il augmenter le nombre de places tampons,  qui est actuellement de 2.100?

D’ici la fin du mois, le Conseil des ministres va lancer un appel d’offres vers le secteur privé pour créer 10.000 places modulables à l’horizon 2016. Les contrats que nous allons négocier nous permettront de les ouvrir en cas de fortes augmentations de demandes d’asile.  Je suis sûr que les entreprises privées ont de l’espace et vont nous faire des offres. Il y a beaucoup de pays européens qui travaillent de cette façon.

Mais ce système a montré des failles, en Allemagne notamment, où des cas de maltraitance ont été mis à jour…

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Il faudra faire attention. Mais ce n’est pas parce qu’il y a eu des incidents qu’on ne doit pas le faire. En plus il y a des critères de qualité très stricts, tant au niveau opérationnel et des infrastructures qu’au niveau de l’accompagnement. Il y a des conditions minimales très strictes que les entreprises devront remplir. Elles signent une sorte de "service level agreement" avec les conditions à remplir. Ces conditions font l’objet d’un contrat. Quand on ne remplit pas les conditions, nous pouvons intervenir et selon la gravité de l’infraction, infliger une amende ou suspendre la coopération.

Le secteur privé mettra-t-il uniquement des places à disposition ou s’occupera-t-il aussi de l’accompagnement des demandeurs d’asile?

Les deux. Je comprends que quand on dit privé, il y a une espèce de peur vis-à-vis des partenaires. Mais cela permettra d’ouvrir de nouvelles places rapidemment. C’est une politique nécessaire étant donné le contexte mondial. Si les partenaires privés qui s’occupent déjà de l’accueil veulent faire une offre, qu’ils le fassent.

Comment l’Europe peut-elle encore agir face à ce phénomène?

"L’Europe doit tenir une politique de retour plus efficace. Elle doit avoir des accords de réadmission avec davantage de pays, surtout avec les pays africains."

Il est nécessaire d’avoir à la fois une solidarité et une responsabilité. L’Europe doit tenir une politique de retour plus efficace. Elle doit avoir des accords de réadmission avec davantage de pays, surtout avec les pays africains. L’Europe doit aussi avoir des hotspots en Italie et en Grèce pour que les demandeurs d’asile qui arrivent en bateau restent là pendant la procédure, sinon ils se dispersent illégalement dans la zone Schengen.

En 2011, vous vous interrogiez sur la plus-value de l’immigration nord-africaine. Que peut apporter cette nouvelle vague d’immigration?

Cela fait quatre ans... Je me suis déjà excusé devant le Parlement. Mais pour répondre à la question, les gens qui veulent étudier, travailler dans notre pays, il n’y a pas de problème pour eux. Et pour les réfugiés de guerre, les plus vulnérables, on doit être humain. Mais on va être plus stricts pour ceux qui abusent de notre hospitalité.

Y a-t-il une bonne et une mauvaise immigration?

Il y a une ligne rouge. Il y a des gens qui ne contribuent pas à notre pays. 43% des personnes qui sont détenues à la prison d’Anvers sont en séjour illégal. Depuis le printemps arabe, cela a augmenté. Ces personnes sont des criminels et des délinquants. Ils ne sont pas les bienvenus en Belgique. Dès qu’ils sortent de prison, je les mets dans un avion et ils retournent dans leur pays d’origine aussi vite que possible. On me dit que je suis dur? Non, je ne suis pas dur. Je me demande pourquoi on n’a pas fait ça depuis 25 ans. Ce n’est pas une question d’être trop strict. Ce n’est pas une question de politique de droite. C’est juste une politique nécessaire pour notre pays.  On doit toujours parler des droits de la défense mais peut-on aussi parler des droits des victimes? Les chiffres de retour sont bons pour les personnes qui sortent de prison. En 2015 on a déjà renvoyé 807 personnes en séjour illégal des prisons vers leur pays d’origine. C’est plus que durant toute l’année 2014.  J’ai une bonne collaboration avec le ministre de la Justice Koen Geens (CD&V). Et on ne va pas s’arrêter là. Mais je ne dis pas que tous les criminels sont des illégaux ou que tous les illégaux sont des criminels. Je n’ai jamais dit ça.

Vous pensez que l’immigration peut être positive pour l’économie?

"On dit toujours 'Francken il est dur' mais je sens un soutien de l’opinion publique, aussi du côté francophone."

Oui bien sûr. On dit toujours ‘Francken, il est dur’. Mais je sens un soutien de l’opinion publique, aussi du côté francophone.

Selon un sondage Ipsos, 60% des Belges estiment qu’il y a trop d’immigrés en Belgique. Quelles conclusions tirez-vous de ce sondage?

C’était 70% donc ça a diminué. Mais je pense que j’ai beaucoup de boulot pour faire comprendre que l’immigration est positive. Mais je comprends que les gens pensent autrement. Car on a eu une politique d’immigration avec le PS qui était vraiment désastreuse. On a commencé trop tard avec une politique d’intégration. En Flandre, on a commencé il y a dix ans, en 2004, avec le "inburgering", le parcours d’intégration. Mais du côté francophone, c’est toujours en discussion. Il y a un décret qui propose un parcours d’intégration sur base volontaire. Or, moi je pense que c’est mieux si c’est obligatoire. Je ne vois pas de quoi les Wallons ont peur. En Flandre, cela a été initié par Groen. Ce n’est donc pas un choix de droite. C’est une affaire d’émancipation. 90% des gens qui ont été obligés de suivre le parcours d’intégration en Flandre sont ravis de l’avoir fait et d’y avoir été obligés. Ils disent qu’ils en avaient besoin car c’est un nouveau pays pour eux, une nouvelle langue.

Ça devrait être obligatoire en Wallonie aussi?

Ce n’est pas à moi à le dire. C’est au gouvernement de la Communauté française. Je ne veux pas d’incident. Mais quand les bourgmestres de Liège et de Tournai (tous deux socialistes, NDLR) me demandent ce que je fais en matière d’intégration, je leur réponds que c’est eux qui sont compétents en la matière. Moi, je ne suis pas compétent pour le parcours d’intégration. Education, logement, bien-être, parcours d’intégration, ce sont des compétences des entités fédérées, pas du Fédéral. Ce n’est pas à moi de leur dire ce qu’ils doivent faire. Mais je veux aussi inviter les gouvernements des entités fédérées à une concertation sur le sujet.

Vous êtes très critique envers la gestion du PS en matière d’asile...

On a trop ouvert les portes. Surtout en matière de regroupement familial. Or, c’est par là qu’on a le plus d’immigration. Ensuite Madame De Block a agi sur le terrain. Il y a du changement depuis quelques années, c’est une bonne chose. C’est nécessaire.

La proportion de demandes d’asile acceptées est plus élevée qu’auparavant. Est-ce économiquement tenable?

Globalement, 60 à 65% des dossiers sont acceptés. C’est la première fois que cela représente la majorité des demandes. C’est tenable si on a un bon parcours d’intégration, si on prépare l’après. Mais il faut mettre en perspective. Pour cette année, on a 13.000 demandes d’asile. L’année dernière, on a eu 122.000 primo-arrivants. La majorité grâce au regroupement familial. La majorité ne vient donc pas par la porte de l’asile. L’Allemagne, elle, a 200.000 demandes d’asile. Je comprends que les gens soient inquiets mais la Belgique n’est pas le pays qui est le plus confronté aux demandes d’asile.

 

 

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