"On veut faire de ces poursuites contre les syndicalistes un exemple"

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Ce mercredi, 17 affiliés de la FGTB risquent un renvoi en correctionnelle suite au blocage de l'autoroute E40 à Cheratte. Les faits se sont déroulés en octobre 2015, lors de la grève générale menée en front commun par les syndicats contre le gouvernement Michel.

C’était le 19 octobre 2015. Jour de grève générale. Sur l’autoroute E40, à hauteur de Cheratte, en région liégeoise, des centaines de grévistes avaient bloqué l’autoroute. à quelques encablures de là, un chirurgien s’était retrouvé coincé dans les bouchons, alors qu’il se rendait d’urgence à l’hôpital pour sauver le cœur d’une patiente. En vain. La dame est décédée. Cette conséquence, involontaire, de l’exercice du droit de grève avait à l’époque provoqué beaucoup d’émoi.

"Il avait été averti du blocage des lieux et s’y rendait afin de mettre fin à l’occupation du pont."
Me Xavier Mercier
avocat qui défend les affiliés de la FGTB

La remise en cause du droit de grève et la nécessité de mieux l’encadrer sont revenues comme un boulet de canon sur la table des parlementaires et des partenaires sociaux. Au sein du Groupe des dix (qui réunit syndicats et patrons), les débats sont à l’arrêt. Au Parlement, différentes propositions de loi ont été déposées, notamment par la N-VA, le MR ou l’Open Vld.

C’est dans ce contexte de remise en cause du droit de grève que va tomber, ce mercredi, le verdict de la chambre du conseil de Liège. Elle devra décider si, oui ou non, elle renvoie devant le tribunal correctionnel les 19 personnes (dont 18 affiliés à la FGTB, principalement des métallos liégeois) poursuivies dans ce dossier.

De quoi sont-elles concrètement accusées?

Le dossier répressif, introduit suite à deux plaintes déposées d’une part par la Région wallonne et d’autre part par la Sofico (les deux institutions qui se sont constituées parties civiles) a été construit autour de deux préventions: des faits d’entrave méchante à la circulation, et des faits de dégradation à l’autoroute (à l’époque en travaux).

"Elles n’ont pu être clairement identifiées, alors que les inculpés collaboraient, eux, avec la police sur place pour permettre l’évacuation du pont."
Me Xavier Mercier
avocat qui défend les affiliés de la FGTB

Pour la première prévention (entrave à la circulation), 17 des 19 prévenus risquent d’être renvoyés devant le tribunal correctionnel. Les deux derniers (Jean-François Ramquet, le secrétaire régional de la FGTB Liège Huy Waremme, et un délégué syndical de la FN) ont bénéficié d’un non-lieu, le parquet ayant conclu qu’il n’y avait pas de charges suffisantes.

Les deux syndicalistes s’étaient retrouvés sur le pont, l’un parce qu’il devait se rendre au centre commercial tout proche où avait été monté un piquet de grève, l’autre car il devait vérifier la bonne coordination des actions sur la province de Liège, et assurer la liaison avec la police (qui est prévenue des endroits de blocages et qui envoie également des policiers, y compris en civil) sur les lieux. "Il avait été averti du blocage des lieux et s’y rendait afin de mettre fin à l’occupation du pont", explique Me Xavier Mercier, l’avocat qui défend les affiliés de la FGTB.

Pas de poursuites

Pour la deuxième prévention, les dégâts matériels causés à l’autoroute, le parquet a sollicité le non-lieu. Personne n’est poursuivi. Ni les 19 inculpés, ni les personnes qui ont réellement mis le feu aux palettes et aux pneus. "Elles n’ont pu être clairement identifiées, alors que les inculpés collaboraient, eux, avec la police sur place pour permettre l’évacuation du pont", explique Me Mercier, qui constate qu’aucune photo n’a été prise pour identifier les responsables.

"Selon moi, au travers de ces poursuites, on veut faire un exemple. M. Bodson n’avait pas une attitude différente que celle de M. Ramquet."
Me Xavier Mercier
avocat qui défend les affiliés de la FGTB

L’avocat s’interroge sérieusement sur la nature réelle des poursuites. Et notamment sur le fait que si Jean-François Ramquet fait l’objet d’un non-lieu, il n’en va pas de même pour Thierry Bodson, un des ténors de la FGTB (il est secrétaire général de l’interrégionale wallonne). "Selon moi, au travers de ces poursuites, on veut faire un exemple. M. Bodson n’avait pas une attitude différente que celle de M. Ramquet", dit Me Mercier, qui explique que les dirigeants de la FGTB étaient sur place pour mettre fin à l’occupation sans que la police doive faire appel aux autopompes. Avec succès d’ailleurs puisque les 300 manifestants ont fini par débloquer le pont.

Selon l’avocat, les poursuites pour entrave à la circulation sont menées dans l’unique but de créer un précédent dans la jurisprudence, et porter atteinte au droit de grève. Une volonté qui serait portée aujourd’hui par… la Région wallonne. Que risquent les prévenus? La première étape serait le renvoi en correctionnelle. S’ils y sont condamnés, ils risquent alors des peines de prison modérées ainsi que des amendes.

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