Pas de panique pour les taux hypothécaires

©Bob Van Mol _ ID

Les banques devront équilibrer les risques des crédits-logement. Le nouveau mécanisme de surveillance des crédits hypothécaires à risque a reçu le feu vert officiel des autorités européennes. Candidat emprunteur, rien ne sert de paniquer!

Copie revue et corrigée. Souvenez-vous comment, l’année dernière, la Banque nationale s’était fait recaler par le gouvernement fédéral en proposant un durcissement des conditions d’accès aux crédits hypothécaires pour les emprunteurs ne disposant que de peu (ou pas) de fonds propres. L’affaire avait fait un tollé et elle est désormais aux oubliettes puisque la BNB a proposé un nouveau mécanisme au gouvernement afin d’alléger les risques macro-prudentiels qui pèsent sur les banques. Et – point essentiel – le nouveau mécanisme a, selon nos informations, reçu le feu vert officiel des autorités européennes pour entrer en vigueur. C’est en effet la BCE et la Commission qui imposent aux banques de faire baisser le risque lié aux crédits.

"On ne cible plus une catégorie d’emprunteurs en particulier, on prendra désormais une assiette beaucoup plus large."
Un expert
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Concrètement, au lieu de procéder à des examens individuels des crédits hypothécaires à risque (en général lorsque plus de 80% ou 90% de la somme doit être empruntée), le nouveau mécanisme déplace le contrôle vers l’institution bancaire. Le portefeuille-crédits de chaque banque est passé au crible par la Banque nationale qui, avec une formule définie, déterminera le degré d’exposition et de risque de la banque. "On ne cible donc plus une catégorie d’emprunteurs en particulier, on prendra désormais une assiette beaucoup plus large", détaille un expert. Ce sera donc aux banques de bien balancer leur portefeuille de crédits afin de pouvoir encore allouer des emprunts à tous les profils.

Dans la pratique, le nouveau système ne devrait quasiment pas impacter la plupart des grandes institutions bancaires – celles-ci disposant de palettes très larges de profils d’emprunteurs allant du très stable au plus risqué. "C’est plutôt les petites banques qui ont pratiqué des politiques de crédit assez agressive et qui ont des portefeuilles plus exposés aux risques qui risquent de devoir rééquilibrer", pointe encore un expert.

Le mécanisme doit à présent être formellement approuvé par le gouvernement fédéral. Le point devrait être proposé par le ministre des Finances Johan Van Overtveldt dès ce vendredi. Politiquement, c’est une nouvelle épine hors du pied du gouvernement fédéral. Côté francophone, les libéraux avaient été durement ciblés par l’opposition, qui les avait accusés de s’en prendre aux candidats acheteurs les plus faibles. 

Pas de panique pour les taux hypothécaires


Pas de panique! C'est le message que les banques veulent faire passer auprès des candidats emprunteurs: les nouvelles mesures de contrôle prudentielles prévues par le gouvernement pour éviter les risques constitués par les emprunts à quotité (rapport montant emprunté/valeur de l'habitation) supérieure à 80% ne vont pas spécialement impacter les taux d'emprunt hypothécaire. En tout cas, pas de manière générale.

Le mécanisme qui a été imaginé par la Banque nationale de Belgique, retenu par le gouvernement et approuvé par l'Europe ne repose plus, comme il en a d'abord été question, sur un examen "crédit par crédit" mais sur une analyse globale du portefeuille de crédit hypothécaire des banques ou organismes de crédit.

Là où les banques auraient dû, dans la première mouture présentée par la BNB, constituer des réserves supplémentaires pour chaque crédit à quotitité supérieure à 80% accordé, c'est leur profil de risque général qui sera examiné.

Or la plupart des banques disposent déjà d'un portefeuille de crédits hypothécaires bien équilibré. Comme l'explique Rodolphe de Pierpont, porte-parole de la fédération bancaire Febelfin , "les autorités insistent depuis de nombreux mois sur la nécessité d'assurer un octroi de crédit responsable et durable et ces paramètres sont déjà bien intégrés au sein du secteur. Nous ne nous attendons certainement pas à un impact sur tous les crédits, au contraire."

Il n'est pas à exclure que les petits organismes de crédit, qui font des emprunts hypothécaires à quotité élevée leur fonds de commerce et qui risquent donc de faire sonner le radar de la BNB, ne doivent répercuter les nouvelles mesures sur les taux offerts à leurs clients.
Et encore... Le marché du crédit hypothécaire est hyper concurrentiel en Belgique, il n'est donc pas certain que le mécanisme de contrôle pousse ces banques à revoir leur grille tarifaire.

"Même à supposer que la mesure ait un impact pour l'une ou l'autre banque, il est impossible de dire s'il y aura un quelconque mouvement. Et quand bien même mouvement il y aurait, rien ne dit qu'on peut faire un lien direct avec les mesures en question, poursuit Rodolphe de Pierpont. Il faut se rappeler que les taux sont chez nous nettement plus déterminés par la politique monétaire de la Banque centrale européenne qu'autre chose."

Or la BCE continuera de mener une politique monétaire très accomodante tant que l'inflation ne fait pas son retour. Le marché anticipe néanmoins toujours une fin du programme d'achats de la banque centrale en décembre et une première remontée des taux de référence de la zone euro vers le milieu de l'année prochaine, ce qui aura forcément un impact sur les taux hypothécaires.  

Isabelle Dykmans

 

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