interview

"Pas de taxation kilométrique en Wallonie" (Jean-Marc Nollet)

©Anthony Dehez

Au lendemain de la formation des gouvernements wallons et de la FWB, Jean-Marc Nollet recale la taxe kilométrique pour entrer en voiture dans la capitale.

La hâte de Jean-Marc Nollet se lit sur son visage. Le coprésident d’Ecolo brûle de se remettre au volley-ball. "La saison va redémarrer et cela fait deux mois que je n’ai pas pu m’entraîner. Aujourd’hui, les informateurs royaux me laissent le temps de rejoindre mon équipe", confesse-t-il. On sent qu’il aime parler de ses activités sportives, mais nous, on lui demandait surtout ce qu’il allait faire après avoir négocié l’accord de majorité qui scelle le destin de son parti à ceux du PS et du MR en Wallonie et à la Fédération Wallonie-Bruxelles. Ministre fédéral, si d’aventure la famille verte était rappelée à la rescousse? "Quand je m’engage, je m’engage, répond-il. Lorsque je postule pour être coprésident, ce n’est pas pour partir trois mois plus tard." En clair, celui qui se frottera à nouveau au vote des militants Ecolo dimanche pour valider la poursuite de sa mission à la tête du parti, ne vise rien d’autre. L’Echo enregistre ses déclarations dans un petit local austère d’un Parlement wallon en pleine émulation après la finalisation du casting ministériel. En ce vendredi à Namur, élus, collaborateurs, journalistes, photographes et techniciens se bousculent dans les couloirs étroits du bâtiment. Jean-Marc Nollet, commence par revenir sur la décision de son ami Stéphane Hazée qui renonce à un poste ministériel qui lui était promis. On lui demande d’expliquer le casting d’Ecolo.

Jean-Marc Nollet raconte. "Stéphane a expliqué à l’assemblée générale que pendant cinq ans, il s’était donné pour objectif de redonner un poids politique à Ecolo en Wallonie. Il s’est engagé sans compter. Je comprends que tout le monde attendait qu’il soit présenté comme ministre mais il nous avait dit qu’il n’était pas à 200% pour commencer un tel mandat." Il poursuit. "Qui dans quel parti se donnerait cette lucidité-là? Stéphane aurait été celui que l’assemblée générale aurait désigné. Pour la Fédération, c’était clair dès le moment ou Barbara Trachte est montée au gouvernement bruxellois. Bénédicte Linard est devenue négociatrice en chef. Et puis, avec Zakia Khattabi, nous voulions concrétiser au niveau gouvernemental notre démarche vers la société civile. Céline Tellier était notre premier choix. Elle m’impressionne. Elle connaît de multiples dossiers liés à l’environnement, et il se fait que nous voulions négocier ces compétences-là." Pour départager Philippe Henry et Emmanuel Disabato, la coprésidence a préféré laisser les militants choisir. On demande si Céline Tellier n’a jamais été impliquée dans le parti. La réponse fuse. "Jamais, mais maintenant elle est passée de l’autre côté, c’est clair. Elle a un regard pointu et une grande volonté d’action. Je l’ai vue en débat avec Nicolas Hulot. Lui est seul, elle peut s’appuyer sur toute la structure d’Ecolo."

Respect

Le casting est fixé et on constate l’absence de la fameuse double casquette, soit un ministre présent à la fois à la Région et à la Fédération. Cela gonfle le nombre de postes. Une déception niveau gouvernance? Jean-Marc Nollet pointe le fait qu’il y a moins de ministres qu’avant en Fédération, et ajoute: "J’ai vécu personnellement la double casquette. Sur papier on est plutôt pour mais dans les faits c’est plutôt dur. On ne veut pas demander aux ministres d’être des surhommes ou des surfemmes, cette dimension humaine doit être prise en compte. Même à haut niveau de responsabilités, il faut veiller à ne pas devenir un robot. On trouvera la manière de faire des ponts." Noté.

"J’ose espérer que la Commission européenne sera plus sévère avec les choix flamands qu’avec les nôtres."

Passons au volet politicien. Pour rappel, la majorité est composée de 55 députés sur 75, dont 12 sont verts. Ecolo n’est pas nécessaire. On demande donc au coprésident quelles sont ses garanties obtenues pour ne pas se faire écarter avant la fin de la législature. "Il n’y a pas que la mathématique, nous sommes politiquement nécessaires, attaque-t-il. Si le gouvernement a une telle ambition climatique c’est parce qu’Ecolo est là. Il y a beaucoup, beaucoup de vert dans l’accord." Ecolo grand gagnant de cet accord? "Les Wallons et les Wallonnes sont les grands gagnants de l’accord. Avec les réponses proposées, la Wallonie peut relever les défis, climatiques, sociaux et économiques." On entend. Mais qu’est ce qui peut empêcher les deux autres partis de garder le programme en se passant d’Ecolo? "Les deux sont liés, répond Nollet. Il y a eu beaucoup de respect dans cette négociation. Je n’ai jamais rencontré une telle écoute et une telle volonté de construire quelque chose ensemble. On peut tirer un coup de chapeau à Elio Di Rupo." Ecolo-MR, c’est la grande réconciliation alors? "La campagne a été très dure, c’est clair. Mais on a su dépasser cela au plus grand bénéfice de la Wallonie. On a basculé au-delà de la campagne et on s’est dit: ‘On y va, travaillons tous’." à franchement parler, n’aurait-il pas été plus simple de passer directement à une discussion à trois partis plutôt que de lancer cette vaine séquence du coquelicot? "Ce n’était pas le signal envoyé par l’électeur, je regrette encore la décision des communistes et du cdH. Ils portent une lourde responsabilité dans l’appauvrissement de la démocratie. C’est comme s’ils neutralisaient le soutien de leurs électeurs. Ils leur disent: ‘Merci d’avoir voté pour nous mais cela ne sert à rien’, avant même de discuter. Avec une mise en scène incroyable du PTB."

"Il n’y a pas que la mathématique, Ecolo est politiquement nécessaire."

On entre dans le vif du programme du gouvernement qui projette d’augmenter le taux d’emploi de 5% en un an. Ce qui est énorme puisque cela représente une création de plus de 100.000 emplois. Comment faire en aussi peu de temps? "De deux manières, répond-il. En consolidant les pôles de compétitivité du plan Marshall, ensuite en allant capter les emplois de demain." C’est-à-dire? "Dans l’isolation par exemple. On relocalise l’emploi par l’économie circulaire, cela joue sur le taux d’emploi. Comme lorsqu’on investit dans l’enseignement de transition et en alternance. Nos jeunes seront mieux qualifiés pour décrocher un emploi." On en place une: cinq ans c’est court. "L’ambition est affichée, l’ambition est également élevée pour le volet climatique avec une diminution de 55% des émissions de gaz à effet de serre en 2030, mais les deux sont liés. Nature, biodiversité, lutte contre l’obsolescence programmée, sont vecteurs d’emploi. Les scénarios qui offrent le plus d’emplois, sont les scénarios bas carbone."

2,5 milliards hors trajectoire

Ambitieuse, la nouvelle majorité l’est également au niveau des investissements,

©Anthony Dehez

4 milliards d’euros sont annoncés. Où sont les marges? "Ne tournons pas autour du pot, une partie des marges vient du report du retour à l’équilibre. Deuxième marge, pour les investissements porteurs de sens au regard des défis climatiques c’est 2,5 milliards nous irons dire à l’Europe que ce sera hors budget. La nouvelle présidente de la Commission est dans cette logique. Les études économiques nous disent qu’au plus vite on investit au plus ce sera porteur. Il vaut mieux investir massivement que d’attendre. Les taux d’intérêts sont faibles, ne pas le faire aujourd’hui ce serait stupide." Et envoyer la facture aux générations suivantes? "Les générations futures pourraient nous reprocher l’endettement, mais aussi de ne pas avoir investi suffisamment."

Est-ce que la Wallonie ne complique pas la vie du fédéral qui doit rendre des comptes sur une trajectoire budgétaire incluant toutes les entités du pays? "Si notre volonté est partagée par le PS et le MR ce n’est pas pour compliquer la vie du fédéral mais offrir des solutions. La Flandre fait un chemin différent: elle investit 2,5 milliards sur le ring d’Anvers, ce qui est en contradiction avec les enjeux climatiques. Elle le fait aussi hors trajectoire. J’ose espérer que la Commission sera plus sévère avec les choix flamands qu’avec les nôtres qui sont des choix d’avenir." On a bien essayé d’avoir quelques infos sur le budget wallon, sur les économies prévues. "Au moment du budget", circulez. Au rayon recettes, "aucune taxe supplémentaire". Point.

"Le dossier du Grand prix de Francorchamps est devenu un non-problème."

On relève l’absence de toute idée de taxation au kilomètre côté wallon. Un projet soutenu par les verts bruxellois qui menacent même d’avancer seuls. "La Wallonie a une longue tradition de dialogue avec ses voisins. Nous dialoguerons. La réalité en Wallonie n’est pas la même. Ce qu’il y a de commun c’est un travail sur les taxes de mise en circulation et de circulation pour envoyer un signal au moment de l’achat du véhicule. Les modalités devront de toute façon être discutées." Défendez-vous la taxation au kilomètre, oui ou non? "Pas en Wallonie. Le système n’est pas prêt, n’est pas mûr. En Wallonie, on doit penser différemment. Ce qui est nécessaire, c’est imaginer des offres suffisantes pour que les gens se passent de l’utilisation non nécessaire de leur voiture. L’enjeu n’est pas d’aboutir à 100 personnes qui renoncent à la voiture, mais que 100.000 personnes utilisent beaucoup moins leur voiture. J’en appelle au dialogue. J’invite aussi la Flandre. Faut-il se retrouver avec trois systèmes? On arrivera à une solution si une Région n’impose pas son point de vue à d’autres."

Nœuds dénoués

"Avec le MR, nous avons pu dépasser les faits de campagne."

On en vient aux nœuds de la négociation passée avec PS et MR. "Au départ il y en avait beaucoup mais nous les avons dénoués. Concernant les aéroports, je suis content de voir à Liège une réflexion sur les terrains autour de l’aéroport. À Charleroi, la protection des riverains durant les heures tardives et au petit matin est prise en compte. La note va plus loin que le coquelicot dans ce dossier-là." Et pour la vente d’armes? "Pour les nouveaux contrats, c’est fini pour les pays qui ne respectent pas les conditions du décret, dont l’Arabie saoudite. Pour les contrats en cours, la formulation est claire: le ministre devra agir en fonction de la jurisprudence." On rappelle que le Conseil d’État avait cassé des licences pour des armes déjà vendues. "Il faudra respecter la jurisprudence", répète Jean-Marc Nollet. Autre nœud, le Grand prix de Spa Francorchamps, en déficit structurel et que la Région doit refinancer tous les ans. "On n’en a jamais parlé, on ne mène pas des combats d’il y a vingt ans. C’est devenu un non-problème. Le ministre compétent fera ses choix, on avait d’autres choses à régler durant cette négociation."

On en termine avec Pierre-Yves Jeholet qui appelait à la disparition de la Fédération Wallonie-Bruxelles et qui vient pourtant d’en accepter la ministre-présidence. Mauvais signal? Jean-Marc Nollet ne peut réprimer un sourire et dit: "Je propose que vous lui posiez la question. Je suppose qu’il a fait un chemin par rapport à cela, mais en tout cas, dans la déclaration de politique générale, vous ne trouverez rien qui remette en cause l’existence de cette institution importante. On écoutera son discours avec attention le 27 septembre."

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