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Paul Magnette veut faire danser la gauche

©Photo News

Entre mise à contribution du capital et réduction du temps de travail, le futur big boss du Parti socialiste place les jalons devant permettre à la gauche de rebondir.

Un dauphin, ça parle. Ou plutôt, ça écrit: Paul Magnette, celui que de nombreux socialistes espèrent voir succéder tôt ou tard à l’actuel président du PS Elio Di Rupo, a pris la plume. Et ça donne les 163 pages de "La Gauche ne meurt jamais", réflexion sur les heurs, malheurs et perspectives de la gauche, dans une société dont les repères ont été bouleversés, entre autres, par la crise financière de 2008.

Disons-le, écrivons-le tout net, ceux qui cherchent du règlement de compte, de l’anecdote, voire du sang sur les murs (socialistes) resteront sur leur faim. Car on est, avec Magnette, dans la réflexion philosophico-historico-politique, quasiment dans l’ontologie tant le ministre-président wallon, qui occupa un temps le fauteuil de président du Parti socialiste, se place à dessein au-dessus de la ligne d’horizon politique belge. Pas d’autocritique, par exemple, de l’expérience du PS à la tête du gouvernement fédéral, une expérience qui lacère aujourd’hui le grand corps socialiste et le laisse couvert de cicatrices.

Magnette a donc pris un périscope à angle très large pour donner du baume au cœur de ses camarades – car c’est bien de cela qu’il s’agit dès le titre – la gauche, camarades, reviendra, et elle reviendra en forme — si elle parvient à tirer quelques leçons. Seule et notable exception parmi ces lignes assez ouatées, les quelques uppercuts que docteur/professeur Magnette envoie à l’extrême-gauche. "Malgré une apparence de fraîcheur, ces partis enrichissent peu le débat et n’apportent aucune idée nouvelle". Allô, le PTB?

 

Magnette enterre (aussi) la voie sociale-démocrate, le social-libéralisme, une voie que le PS belge a pourtant bien souvent empruntée par le passé – les "consolidations stratégiques" des entreprises publiques belges en sont d’ailleurs les stigmates les plus apparents. "Cette stratégie est vouée à l’échec", écrit Magnette. Il faut donc "résister à l’esprit du capitalisme", défendre les travailleurs et – bien sûr – faire contribuer le capital. Magnette cite d’ailleurs régulièrement l’économiste français Piketty, dont il se sent proche. Ainsi la "globalisation" des revenus est-elle, pour Magnette, une piste intéressante pour parvenir à davantage faire contribuer le capital.

Un autre thème dont s’est (récemment) saisie l’extrême-gauche passe encore à la moulinette Magnette: la réduction du temps de travail. Il faut, entre autres, dit-il, accompagner la robotisation à l’œuvre, par exemple en Wallonie, afin d’éviter de se faire dépasser par le phénomène. Magnette veut (aussi) remettre la gauche en selle au niveau européen – alors que de la Commission au Conseil, l’Europe est dominée par la droite.

Et Magnette, cet optimiste, de se réjouir de ce que la gauche soit "une fête". La "brésilianisation du monde", le fait que les jeunes du monde entier dansent sur les mêmes beats et sirotent les mêmes cocktails lui donne du baume au cœur pour la suite. Car cette fête est la meilleure des garanties contre le retour des rigorismes et des violences qui ont longtemps dominé nos sociétés, pense-t-il. La fête et la rencontre font partie intégrante de la gauche et coule dans le sang des progressistes.

Pas de fatalisme, donc, il faut danser sur les tables et des jours meilleurs arriveront, c’est certain, relève Magnette. Car on ne vous l’avait pas dit: un dauphin, ça danse.

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