chronique

Petit exercice de psychologie de comptoir (politique)

Benoît Mathieu

Chronique de Benoît Mathieu

Qui a gagné, qui a perdu? L’analyse postélectorale tend parfois à se muer en gymnastique philosophique. Le parti ayant remporté le scrutin est-il celui arrivé en tête, ou celui qui affiche la plus belle progression dans les urnes? Et quid de celui qui est resté premier tout en ayant perdu au passage pas mal de plumes? Plus ardu: une majorité de "perdants" est-elle souhaitable? Et lui préféreriez-vous vraiment une minorité de "gagnants"? Vous avez deux heures.

Au risque du prosaïsme, si ces interrogations ont du sens, on se permet de penser qu’il est préférable, à un moment donné, de les abandonner au bord de la route. Et de cesser de chouiner.

"Injuste", "antidémocratique": toutes ces récriminations ne tiennent, au final, pas la route. Si un attelage décroche une majorité, eh bien, c’est qu’il représente une majorité d’électeurs. Point barre. Cela n’arrange guère ceux qui n’ont pas voté dans cette direction? C’est leur droit le plus strict; simplement, qu’ils ne viennent pas après ça nous jouer les pleureuses d’une démocratie prétendument assassinée. Sous prétexte que la démocratie – justement – n’a pas livré le résultat qu’ils espéraient individuellement.

Le Parti socialiste se comporte comme le mâle dominant qu’il n’est plus vraiment. Une position qu’aucun parti francophone ne semble avoir envie de contester.

Et en cas de gouvernement minoritaire, direz-vous? Eh bien, cela ne change strictement rien. Parce que pareille formule n’émerge que lorsque ne se dessine aucune majorité claire. Et cet exécutif, tout minoritaire qu’il soit, sera tenu de dénicher ici et là des majorités pour valider les points forts de son action.

Après, on comprend la frustration que peut ressentir le citoyen belge. Qui distribue les cartes, avec lesquelles les présidents de parti jouent ensuite comme bon leur semble, sans avoir réellement de comptes à rendre.

Prérogative démesurée?

Peut-être serait-il bon de cogiter et de se secouer les méninges afin de rendre le vote belge, disons, moins binaire. Assumons, au moins: à système politique complexe, participation citoyenne complexe. Pourquoi l’électeur ne pourrait-il pas effectuer, au moment du vote, un petit panachage entre listes? Ou disposer, à la place d’une voix unique, d’un stock de points à attribuer, lui permettant de la sorte d’indiquer quel type de coalition pourrait avoir ses faveurs. Ou, dans le même esprit, pouvoir décrocher un vote négatif, une voix d’exclusion, façon "qui vous voulez, mais pas lui".

Bref, il y a pas mal de pistes pour qui voudrait remettre au goût du jour la démocratie à la belge – budgets participatifs, assemblée citoyenne, nouveau mode de scrutin: on gagnerait tellement à ne fût-ce qu’en parler.

En attendant, il est cocasse d’observer la psychologie des partis. Il y a le Parti socialiste, qui se comporte comme le mâle dominant qu’il n’est plus vraiment. Une position qu’aucun parti francophone ne semble avoir envie de contester, à l’heure actuelle – on n’a vu personne tenter de brûler la politesse au PS, qui a pourtant fait main basse sur la formation des majorités à Bruxelles et en Wallonie.

Du côté du MR, on semble en retrait. Avec finesse en Wallonie, où les libéraux ont tout à gagner en se montrant patients; le temps qui passe les rend de plus en plus incontournables. Avec une incompréhensible résignation à Bruxelles, sans le moindre baroud d’honneur.

Et puis il y a le cdH. Qui s’est lancé avec fracas dans une cure d’opposition qu’il espère salvatrice. Quelqu’un pour rappeler aux humanistes qu’ils en sortent, de cinq ans d’opposition au Fédéral? Et que cela n’a rien sauvé du tout?

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