analyse

Pourquoi le PS jette Onkelinx dans la course à la Commission

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Elio Di Rupo n’entend pas laisser croire que le PS ne s’intéresse pas à l’échelon européen et veut contrebalancer la candidature non encore officialisée de Didier Reynders. Le dossier est dans les mains de Charles Michel alors que d’autres personnalités sont citées. Dont Gwendolyn Rutten, présidente de l’Open Vld.

C’est donc le sujet politique de la semaine. Quelle personnalité va-t-elle être proposée pour occuper le fauteuil de la Belgique au sein de la prochaine Commission européenne? Jusqu’à mercredi, les regards se tournaient surtout vers Didier Reynders, vice-Premier ministre MR, sans qu’aucune confirmation officielle ne vienne étayer cette thèse. Le dossier est dans les mains de Charles Michel, toujours Premier ministre, et doit, selon la demande formulée par la future présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, atterrir avant le 26 août. Une date théorique qui pourrait toutefois être dépassée sans grande difficulté politique. Ce jeudi, c’est le PS qui créait la surprise en annonçant, via le Soir, qu’il avait une candidate à proposer en la personne de Laurette Onkelinx.

"Avoir deux représentants d’une même famille politique, l’un au Conseil et l’autre à la Commission, ce n’est pas très représentatif de ce que la Belgique est."
Marie Arena
Députée européenne

Plus tôt dans la journée, l’eurodéputée socialiste Marie Arena avait dit en radio tout son regret de voir le MR tenter de s’emparer de deux postes stratégiques au plan européen, Charles Michel étant déjà certain de prendre la présidence du Conseil européen. Cela alors que le gouvernement est ultra minoritaire et en affaires courantes. "Avoir deux représentants d’une même famille politique, l’un au Conseil et l’autre à la Commission, ce n’est pas très représentatif de ce que la Belgique est. Je plaide pour une expression politique plus large que ce que nous voyons en ce moment", disait-elle sur les ondes de La Première.

Elle craint que le MR ne fasse un hold-up sur les plus hautes fonctions européennes en profitant de la situation politique du moment. Après Ecolo, elle réclame un débat au Parlement. Soit pour reconduire la commissaire belge sortante (Marianne Thyssen, CD&V) le temps qu’émerge le prochain gouvernement belge, soit pour présenter une double candidature. 

"La candidature de Laurette Onkelinx est complémentaire à celle de Didier Reynders."
Maxime Hardy
Porte-parole du PS

"On a souvent reproché au PS de ne pas avoir de candidat pour la Commission"confie à L’Echo, Maxime Hardy, porte-parole du Parti socialiste. "Le contexte veut qu’Ursula von der Leyen souhaite une Commission paritaire. Laurette Onkelinx est une candidate d’exception et d’expérience. Elle est parfaitement capable de défendre les intérêts des Belges au sein de la Commission." 

Il ajoute que cette candidature est "complémentaire" à celle de Didier Reynders alors qu’Ursula von der Leyen avait invité les Etats à présenter chacun deux candidats (un homme et une femme) afin de faciliter la formation d’une Commission paritaire. À l’évocation du retrait politique annoncé par Laurette Onkelinx en 2017, le PS répond que c’est lui qui lui en a fait la demande et qu’elle avait annoncé son retrait de la politique… nationale. Ce qui n’est pas des plus convaincant au regard des déclarations de l’intéressée à l’époque.

La jurisprudence Coene

Pas de réaction officielle du gouvernement en affaires courantes, mais l’initiative du PS y est accueillie sans grand enthousiasme au sein de l’exécutif. On doit réécrire que pour l’instant, il n’entre nullement dans les intentions de Charles Michel de passer par le Parlement pour cette désignation. Dans l’entourage du gouvernement on rappelle qu’en 2011, le gouvernement Leterme, alors en affaires courantes, avait nommé  Luc Coene à la tête de la Banque nationale tout seul comme un grand, ce qui avait suscité une polémique similaire.

"La véritable adversaire de Didier Reynders, c’est Gwendolyn Rutten."

Le Conseil d’Etat, saisi à l’époque par le Vlaams Belang avait donné amplement raison au gouvernement. Par ailleurs, certaines sources gouvernementales ne sont absolument pas d’accord avec l’idée de présenter deux candidats. Cette formule équivaut à assurer une claque politique à l’un des candidats en lice, entend-on. Impensable. De fait, on voit mal Didier Reynders prendre le risque de perdre un tel duel avec Laurette Onkelinx.

L’idée d’une candidature pour la forme est également évoquée. Le PS doit-il rassurer sa base? Peut-être. Peut-il y gagner dans un grand troc PS-MR qui s’annonce entre les niveaux fédéral, wallon et de la Fédération Wallonie-Bruxelles? Peut-être. "La véritable adversaire de Didier Reynders, c’est Gwendolyn Rutten", assure un proche du gouvernement. La présidente de l’Open Vld est également citée comme commissaire potentielle alors que le CD&V Kris Peeters semble également intéressé. On rappellera qu’après deux législatures où les commissaires européens étaient néerlandophones (Karel de Gucht avant Marianne Thyssen), l’usage veut que le prochain soit francophone.

Ce qui ouvre une voie royale pour un Didier Reynders qui, pour cette fonction, n’a pour seul défaut que d’être un homme. Le saut de puce qu’il a effectué la semaine dernière entre Bruxelles et Berlin pour assister au pot de départ d’Ursula von der Leyen du gouvernement allemand en dit long sur ses intentions. En coulisse, il se dit que la N-VA a promis de ne pas s’y opposer si elle obtient la vice-présidence de la Banque européenne d’investissement, laissée vacante par la Belgique depuis des mois. 

 Ce scénario, s’il se concrétise, ne sera pas sans conséquences pour ce qui concerne le 16 rue de la Loi. Charles Michel doit prendre ses fonctions au Conseil européen au 1er décembre, et doit donc être remplacé comme Premier ministre. Si le MR  obtient le soutien de ses partenaires Open Vld et CD&V pour envoyer Didier Reynders à la Commission, il devrait perdre le poste de Premier au profit d’un Koen Geens ou d’un Alexander De Croo"Si Didier Reynders ne va pas à la Commission, il n’y a aucune raison de céder le 16 au CD&V ou à l’Open Vld", résume un libéral.

Cette petite saga estivale est loin d’être terminée.

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