Pourquoi les maths sont le cauchemar des jeunes francophones

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Les résultats en mathématiques sont une catastrophe côté francophone. À peine la moitié des élèves ont réussi, et ce avec un score moyen de 50,6%. Le pacte d'excellence va-t-il changer la donne?

C’est la douche froide en plein cœur de l’été. Nos jeunes francophones seraient des cancres en maths. C’est malheureusement ce que montrent les résultats (encore partiels) du dernier CE1D (épreuve externe de fin de 2e secondaire). Actuellement, les chiffres ne portent que sur environ 90% des élèves. Les résultats complets seront connus à la mi-septembre.

50,6
Le score moyen des élèves de 2e secondaire à l’épreuve de mathématique du CE1D dépasse à peine les 50%.

Les scores obtenus par les élèves au mois de juin sont les plus mauvais de ces cinq dernières années: 53,5% seulement ont réussi l’épreuve. Et encore, avec un score moyen de 50,6%. En sciences, les élèves de 2e secondaire font mieux: 74,7% ont réussi l’épreuve, le score moyen flirte avec les 60%. Idem en français: 86,5% ont obtenu plus de la moitié des points, avec un score moyen de 67%.

Manifestement, les maths sont le cauchemar des élèves francophones. Il y a quatre ans pourtant, lors du test international Pisa organisé par l’OCDE dans les différents Etats membres, nos jeunes avaient sensiblement amélioré leur score en dépassant la moyenne européenne. La Communauté française avait alors obtenu 493 points, contre 488 en 2009. Un bémol: même en progression, les résultats restaient sous le score global du pays (515 points), et très loin du score des jeunes flamands (531 points).

Relire l'édito de Nathalie Bamps: "Nul en maths, oui mais pourquoi?"

 

En 6e primaire aussi, on rame

Les mathématiques ne sont-elles un problème que chez les adolescents? Pas vraiment. Même si les cotes moyennes obtenues sont meilleures chez les plus jeunes, on remarque que les maths sont aussi le talon d’Achille des élèves du fondamental.

Au CEB (fin de 6e primaire), c’est dans cette branche qu’ils obtiennent le plus mauvais score: 73%, contre 74% en français et 79% en éveil (histoire-géo-sciences). Côté tendance, c’est aussi la glissade infernale: le score moyen au CEB de cette année est inférieur de 2% par rapport à 2015, et de 2,6% par rapport à 2012.

D’où vient cette faiblesse? Au cabinet de Marie-Martine Schyns (cdH), on préfère disposer des résultats complets avant de prendre position. "Mais la ministre est consciente qu’il y a un vrai problème", dit son attaché de presse Olivier Laruelle.

le résumé

Les résultats presque complets (90%) du CE1D (épreuve externe de 2e secondaire) sont parus.

Ils sont catastrophiques pour les mathématiques. Seuls 53% des élèves ont réussi le test, et la moyenne des points est de 50,6% à peine.

La ministre de l’Enseignement, Marie-Martine Schyns, préfère analyser les résultats complets plutôt que de réagir à chaud. Mais au cabinet, on confirme "qu’il y a un problème".

Interrogée par nos confrères du Soir, Marie Jaspers, docteur en mathématiques à l’Université de Liège et spécialiste des épreuves externes, explique que les élèves semblent mal maîtriser les matières censées être connues dès le primaire. Pour elle, le problème ne vient pas de la difficulté des épreuves. Au contraire, le niveau a été légèrement abaissé. "Il y a aussi le refus d’étudier la théorie", dit-elle.

Sur ce point, précisons que les professeurs ne doivent plus, aujourd’hui, certifier les "savoirs", mais uniquement les compétences. En clair, l’examen ne demande pas de restituer la théorie (les formules par exemple). Les jeunes ne voient donc plus l’intérêt de les étudier par cœur. Or, sans théorie, difficile de mettre en pratique…

À d’autres sources, on pointe aussi le problème de l’interdiction du redoublement entre la 1ère et la 2e secondaire. Dans le pacte d’excellence qui est en train de se mettre en place, on évoque d’ailleurs un évitement du redoublement, pas une interdiction pure et simple. Le pacte veut laisser l’option du redoublement ouverte. "Si on l’interdit, les jeunes comprennent que quels que soient leurs résultats, ils passeront. Cela ne les motive pas à travailler. C’est ce qui est en train de se passer", estime un ancien enseignant.

À l’ULg, Marie Jaspers pointe aussi la "culture de la moyenne". Un grand classique chez les adolescents qui tendent à viser les 50% plutôt que l’excellence. Les résultats du CE1D en maths seraient très révélateurs de cette tendance. Enfin, d’après les analyses de l’OCDE, la confiance en soi et la motivation seraient aussi des facteurs déterminants pour le bon apprentissage des mathématiques. Reste à voir pourquoi ils seraient moins présents chez les francophones…

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