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Quand les chômeurs créent leur job via les coopératives d'activité

©BELGA

Les coopératives d’activité qui proposent aux chômeurs de développer leur projet entrepreneurial gagnent en succès à Bruxelles, où elles jouiront bientôt d’un cadre juridique effectif.

Profiter d’une période sans emploi pour concrétiser un projet entrepreneurial, le tout sans perdre le filet de sécurité que sont les allocations de chômage ou du CPAS, c’est le coup de pouce offert par les coopératives d’activité. Ces structures, aujourd’hui au nombre de 4 en Région bruxelloise (dont 3 sont chapeautées par une ASBL de soutien créée en 2006, JobYourself) proposent aux chercheurs d’emploi au chômage depuis plus de 6 mois un suivi de 18 mois durant lesquels ils reçoivent un coaching personnalisé, en plus d’un accompagnement préparatoire au lancement de leur projet. Le candidat-entrepreneur profite d’une série d’outils et de services, comme du numéro de TVA de la coopérative ou de son service de comptabilité. Les bénéfices de son activité restent bloqués au sein de la coopérative jusqu’à ce qu’il se lance réellement au bout de la phase de test, mais l’entrepreneur continue de percevoir ses allocations durant toute la période. En cas d’échec du projet, un accompagnement vers le retour à l’emploi est également prévu.

"Au chômage, ils ne comprennent pas que l’on veuille se lancer comme indépendant."
Lucie Hage
Auto-entrepreneure

"C’est le summum de l’économie sociale", se targue Jean-Olivier Collinet, administrateur délégué de JobYourself, qui soutient que l’accompagnement vers l’emploi peut aussi être synonyme de création richesse. Il en tient pour preuve les 2,5 millions de chiffre d’affaires réalisés en 2016 par les projets soutenus par l’ASBL. En 2010, celui-ci pesait près de 5 fois moins. De même, on comptait l’année dernière 125 sorties positives (débouchant soit sur un retour à l’emploi salarié en cas d’échec du projet, soit sur une réelle création d’entreprise), contre 52 en 2010.

Stabilité et soutien

Encadrée par JobYourself, Lucie Hage a lancé il y a 4 mois Little Panama, une ligne de vêtements pour enfants qu’elle vend via son site internet. C’est après avoir entendu parler de l’ASBL par une connaissance qu’elle décide d’y présenter son projet. Une vraie bouffée d’air frais, à l’écouter: "Au chômage, ils ne comprennent pas que l’on veuille se lancer comme indépendant, qu’on fasse plusieurs choses à la fois. Ils sont très carrés, très secs, très durs…"

Un tel projet implique cependant de pouvoir faire preuve de souplesse d’un point de vue financier: il faut en effet pouvoir composer avec le revenu de ses allocations durant un an et demi, complété par un avantage équivalent à 2 euros par heure de travail prestée. Pas simple, mais la sécurité et le soutien reçus en échange compensent: "Quand on est dans une couveuse comme ça, on est dans une bulle de bienveillance. Le chômage ne peut plus nous mettre sous pression, et c’est quand même un énorme bienfait. Je pense que sans ça, j’aurais abandonné," affirme la jeune entrepreneure.

L’intérêt des coopératives d’activité dans la lutte contre le chômage de longue durée n’a pas échappé au ministre bruxellois de l’Emploi Didier Gosuin (DéFI), même si celui-ci reconnaît qu’elles s’adressent surtout à une niche particulière de chercheurs d’emploi.

Ce jeudi, un arrêté devant ancrer structurellement les coopératives d’activité dans le paysage de la Région doit en effet passer devant le conseil des ministres. Subsidiées de manière facultative jusqu’à présent, les coopératives devraient, grâce à ce texte, jouir dès 2018 d’un financement organique, comme cela est prévu dans une ordonnance datant de la législature précédente, mais toujours ineffective à ce jour. La Région pourra alors fixer des objectifs pour ces structures. Les deux coopératives d’activité généralistes que compte la capitale (Bruxelles Emergences et DEBUuT) devront également fusionner dans un souci de rationalisation.

Un gage de pérennité qui devrait aider les coopératives à s’attaquer à de nouveaux défis. Elles manquent en effet encore de visibilité, et peinent un peu à s’ouvrir à un public plus diversifié, note Jean-Olivier Collinet, qui aimerait également que l’on débloque l’accès au programme pour les chômeurs de moins de 6 mois.

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