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analyse

Remettre les jeunes sur les rails: le défi des enseignants

Les écarts de niveau entre les élèves se sont potentiellement accrus pendant le confinement. ©Photo News

Évaluer le niveau des élèves et rattraper les retards seront les premières missions des enseignants après la rentrée scolaire.

Six mois: c'est la durée pendant laquelle certains élèves ont été éloignés des bancs de l'école. Malgré la reprise partielle des cours en mai et les travaux à domicile, les situations vécues par les jeunes pendant le confinement ont été diverses. Conséquence: tous ne débuteront pas l’année avec le même bagage

Aucun doute, les premières semaines seront déterminantes. La mission des profs est claire: évaluer le niveau de leurs élèves et combler les éventuelles lacunes. "Je ne parlerais pas de lacunes, mais plutôt d'un décalage dans les apprentissages par rapport à ce qui est normalement prévu", nuance Pascale Prignon, secrétaire générale adjointe de la Fédération d'enseignement secondaire du SeGEC, le réseau libre.

Tout est important, pas incontournable

Attention, si tous les apprentissages sont importants, ils ne sont pas nécessairement incontournables. Dès lors, pas question de revoir l'ensemble des points qui n'ont pas été abordés l'an dernier: il faudra fixer des priorités.

"Nous sommes en train d'identifier les essentiels en matière de savoirs et de compétences pour faciliter la vie des enseignants."
Quentin David
Directeur général du pilotage du système éducatif à la Fédération Wallonie-Bruxelles

"Nous sommes en train d'identifier les essentiels en matière de savoirs et de compétences pour faciliter la vie des enseignants", nous explique d'ailleurs Quentin David, directeur général du pilotage du système éducatif à la Fédération Wallonie-Bruxelles, le pouvoir régulateur. "Normalement, tout cela sera mis à disposition des écoles dès la semaine prochaine..." C'est tard, mais atterrir plus tôt n'aurait pas été possible, nous assure-t-on.

Du côté des pouvoirs organisateurs des établissements scolaires, certains ont pris les devants. Au SeGEC et à Wallonie-Bruxelles enseignement (WBE), par exemple, un travail sur l'identification des essentiels a été mené en parallèle à celui du régulateur. "Dans l'approche, nous gardons l'idée d'une construction progressive des savoirs. Il vaut mieux bien maîtriser un concept, plutôt que d'avoir touché un peu à tout et finalement ne rien savoir relier", illustre Pascale Prignon.

"Il vaut mieux bien maîtriser un concept, plutôt que d'avoir touché un peu à tout et finalement ne rien savoir relier."
Pascale Prignon
Secrétaire générale adjointe de la fédération d'enseignement secondaire du SeGEC

La réflexion sur la manière de prioriser les apprentissages, suit elle aussi son cours dans le réseau officiel WBE. "À la veille de la rentrée, nous organisons encore un webinaire avec plus de 500 professeurs pour la poursuivre", souligne son administrateur général, Julien Nicaise.

Poser les bons diagnostics

Les indispensables sont donc identifiés, ou en passe de l’être, reste à évaluer les écarts de niveau entre les jeunes. Comment procéder? Là aussi, le régulateur entend apporter sa pierre à l'édifice, en fournissant des "balises et des conseils" aux enseignants.

Au SeGEC, plusieurs actions concrètes ont déjà été entreprises. Dans le primaire, des exercices sont mis à disposition des professeurs afin de leur permettre d'identifier dans quelle mesure une classe maîtrise les essentiels. Pour le secondaire, ce sont des "stratégies d'apprentissage" qui sont proposées aux enseignants.

"J’ai plutôt tendance à faire confiance aux enseignants. Ils ont l’habitude de recevoir des nouveaux élèves et disposent donc d'une expertise en la matière."
Julien Nicaise
Administrateur général de Wallonie-Bruxelles Enseignement (WBE)

Si des outils du même acabit n'ont pas encore été développés chez WBE, on ne l'exclut pas si le besoin s'en faisait sentir. "J’ai plutôt tendance à faire confiance aux enseignants. Ils ont l’habitude de recevoir des nouveaux élèves et disposent donc d'une expertise en la matière", explique Julien Nicaise.

Accompagnement différencié

Dès la pose des diagnostics, "il faudra se préoccuper des différences entre les élèves et diversifier les attentes en termes de production", insiste Pascale Prignon. Dans la pratique, cela signifie que les tâches de tous les jeunes dans une classe ne seront pas nécessairement identiques. Certains pourront, par exemple, disposer de plus de temps que d'autres pour réaliser un exercice.

Afin de favoriser cet accompagnement différencié, alors que certaines estimations font état de près de 25% d’élèves en situation de décrochage, le gouvernement de la FWB a débloqué 17 millions d'euros. Ils devront en particulier servir à aider les écoles défavorisées à accompagner les élèves en retard ou en difficultés.

Avec cet argent, les pouvoirs organisateurs devraient être en mesure d'engager du personnel supplémentaire. Un objectif ambitieux, mais qui risque fort de ne pas être atteint compte tenu de la pénurie préexistante de professeurs.

Examens de fin d'année

Malgré les mesures annoncées, les fédérations d'associations de parents ne semblent pas sereines. "Nous espérons que les écoles joueront bien le jeu de la jonction des deux années et respecteront les règles, ce qui ne fut pas toujours le cas en fin d'année dernière", commente le secrétaire général de l'Ufapec, Bernard Hubien.

"Nous espérons que les écoles joueront bien le jeu de la jonction des deux années."
Bernard Hubien
Secrétaire général de l'Union francophone des associations de parents de l'enseignement catholique (Ufapec)

Même son de cloche à la Fapeo, où l'on regrette que certains établissements envisagent d'organiser des examens à Noël, au lieu de "consacrer toute leur énergie à remettre les enfants sur les bons rails".

Si aucun examen n'est prévu dans les écoles de WBE en 2020, il n'en sera pas de même dans celles du SeGEC.  "Nous suggérons aux directeurs d'être attentifs au temps consacré aux évaluations (de décembre), mais cela sera laissé à l'appréciation de chaque école", précisait récemment le porte-parole du réseau libre, Conrad Van de Werve. 

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