analyse

Solvay, LSM et Vlerick, le trio de tête des business schools les plus puissantes

Solvay ©IMAGEGLOBE

Qu’est-ce qui distingue une business school d’une autre business school? Comment mesurer leur puissance, leur qualité? Enquête dans les écoles de commerce de Bruxelles et de Wallonie.

Attention, terrain glissant. Le milieu des "business schools" est à l’image des entreprises dans lesquelles leurs élèves feront leur carrière. Hyperconcurrentiel et sans pitié. Il suffit de s’entretenir avec les responsables des grandes écoles de commerce en Belgique pour très vite se rendre compte que vouloir les comparer, et mieux, les classer, n’est pas chose facile.

Nous avons pourtant tenté l’expérience. Le tableau comparatif que nous avons réalisé (voir ci-dessous), permet de voir quelles sont les business schools les plus puissantes, quels sont les plus "gros" acteurs du marché (citons ainsi Solvay, LSM, Vlerick, HEC-Liège ou l’Ichec) et les plus modestes comme le département de gestion de l’Unamur ou l’Institut Warocqué de l’Umons, ou encore la Haute école bruxelloise Francisco Ferrer et sa catégorie économique Cooremans.

"Sans être accrédité, il est difficile d’avoir un réseau d’échange de qualité avec les autres écoles…"
Michel de Wolf
Doyen de la Louvain school of management (LSM)

Mais prudence… Comme le dit l’adage, "comparaison n’est pas raison". Un certain nombre de critères permettent de classifier les écoles. Certains sont basés sur les chiffres, (nombre d’élèves, de professeurs, coût,…), d’autres sont qualitatifs (classements dans les rankings, accréditations, réseau alumni, relations avec les entreprises). Ils nous révèlent que les écoles ne doivent pas toutes être mises sur le même pied, simplement parce qu’elles ne jouent pas dans la même catégorie. Et cela souvent par choix stratégique…

Il y a les "gros joueurs", ceux qui se positionnent sur le marché international: Solvay, Vlerick, Louvain School of Management (LSM), HEC-Liège. Mais même ces "stars" ne sont pas homogènes: Vlerick se concentrera sur la formation continue, non subventionnées, là où les autres présenteront un panel plus large, allant du bac au MBA. D’autres institutions, l’UNamur ou l’UMons se concentrent exclusivement sur le marché belge. Elles ne sont pas toujours accréditées ou classées dans les rankings. Les raisons ne sont pas à rechercher dans un manque de qualité, mais dans leur positionnement et les difficultés liées à l’obtention des labels…

©MEDIAFIN

Les labels et accréditations

Ils se nomment Equis (l’Européen), AACSB (l’Américain), AMBA (Britannique), Qfor (Belgique), Aquaes (Communauté française). Si vous vous rendez sur le site d’une école de commerce, ils apparaîtront bien en vue, comme autant de médailles d’honneur sur le veston d’un militaire.

Ces labels, ce sont pourtant bien plus qu’une médaille d’honneur. Pour obtenir les grands labels internationaux, les business schools doivent suivre un vrai parcours du combattant. Les institutions candidates subissent un solide audit interne: "on vérifie un grand nombre de critères dans une perspective académique", explique Michel De Wolf, doyen de la LSM. On regarde nos offres, la position stratégique, les relations avec les entreprises, la qualité des cours, même les étudiants sont interrogés…"

Si les écoles de commerce l’obtiennent, c’est "bingo" en termes de reconnaissance sur la scène internationale. En 2012, seuls 10% des établissements proposant des formations en management dans le monde pouvaient afficher ces labels sur leur devanture. "Sans être accrédité, explique Michel de Wolf, il est difficile d’avoir un réseau d’échange de qualité avec les autres écoles…"

HEC-Liège, qui n’est pas (encore) accréditée, a décidé de lancer la machine de guerre afin de décrocher davantage de visibilité sur le plan international. Mais le processus est long… et coûteux. Il doit être renouvelé tous les trois à cinq ans, suivant la période durant laquelle le label a été octroyé.

Enseignement et recherche, aussi gages de qualité pour une business school

On découvrira, dans le second volet de notre série sur les business schools (publié mardi), ce qu’elles ont dans le ventre en termes de formation et de débouchés. C’est aussi un des critères importants à mettre en avant pour juger de la puissance de frappe et de la qualité d’une école de commerce. Tout comme le taux de pénétration sur le marché du travail des étudiants sortants. Et, pour peu que l’on décroche son diplôme, inutile de dire qu’il y a peu de soucis à se faire… Ces étudiants formeront par la suite le réseau Alumni des business schools. Des réseaux qui, par leur taille et les noms qui y figurent, sont aussi représentatifs de la qualité des écoles. Dans le troisième volet de notre série, vous découvrirez les témoignages de personnalités du monde économique... et culturel belge.

La recherche… et l’argent

Par ailleurs, la recherche représente, comme dans tous les départements des universités, une part importante de l’activité des écoles de commerce. Et sera aussi gage de qualité. Tous les doyens le disent: pas question de décrocher un poste de professeur si on affiche pas, dans son curriculum, un doctorat.

Mais pour faire de la recherche, il faut de l’argent… On connaît toutes les difficultés qu’ont les universités à financer leur recherche fondamentale et appliquée. Comme dans les autres départements universitaires, les business school s’appuieront donc sur les chaires.

Elles y jouent un rôle doublement important. D’une part car elles alimentent en argent frais la recherche au sein de l’école. Au plus il y en a, au plus l’école sera aidée financièrement, c’est mathématique…

D’autre part, elles créent, elles aussi, le lien entre l’école et le monde professionnel, essentiel pour les étudiants en école de commerce.

On retrouve souvent, dans ces chaires, des grands noms de l’économie belge: Solvay et HEC disposent d’une chaire InBev-Baillet Latour, BNP-Paribas Fortis finance plusieurs chaires au sein de diverses institutions. À la Vlerick, on retrouve des partenaires comme Roche, KBC, Elia, Telenet. GSK finance une chaire à la LSM, Ethias, PWC ou encore Accenture sont présente à HEC... 

La LSM et Solvay viennent de voir leur accréditation Equis renouvelée. Elles poussent un ouf de soulagement. Avec une pointe de déception. Elles espéraient avoir le label pour cinq ans, ce sera finalement trois ans. Malgré leurs efforts énormes, nous dit-on, ces institutions pêchent encore par leur manque d’internationalisation face aux mastodontes anglais ou français comme la London Business School ou HEC Paris… Bruno van Pottelsberghe, le doyen de Solvay, ne désespère pas. "Ils veulent vérifier que toutes les innovations implémentées au cours des trois dernières années sont durables", commente-t-il. Comprenez: ça ira mieux la prochaine fois.

Toutes les institutions ne possèdent pas ces accréditations. À part Vlerick et Solvay, elles n’en affichent souvent qu’un (comme la LSM). Au mieux… Car ces labels coûtent cher, très cher… Un doyen nous glisse que c’est un "véritable business". Pensez, pour être accrédité Equis, il faut débourser des sommes colossales (à l’échelle d’une école, tout aussi réputée soit-elle): 31.000 euros de frais au bas mot, auxquels il faut ajouter les frais internes (implication des professeurs dans la rédaction du rapport, mise en page du rapport par une société spécialisée,…). Un acteur de terrain nous glisse que le coût de l’obtention de ce label pour son institution avait été évalué à 100.000 euros.

Du coup, les institutions plus modestes laissent tomber, préférant réserver leurs maigres ressources à l’enseignement et la recherche. À l’UNamur, Pietro Zidda, le doyen de l’école de commerce de l’université, explique que l’obtention de l’Equis est dans les objectifs de l’institution. "On y travaille. Mais il faut remplir un gros cahier des charges. C’est un travail énorme de plus d’un an, qui mobilise beaucoup de ressources en interne. Un exemple: il faut prouver que l’on fait le suivi de nos alumni pendant 5 ans. Rien que ce travail de suivi, indispensable pour répondre aux critères Equis, cela réclame un employé à mi-temps".

Les rankings

Sans label, oubliez les rankings. Pour avoir accès au ranking du Financial Times, la référence pour les business schools, il faut d’abord avoir son label Equis ou AACSB en poche. Raison pour laquelle peu d’écoles de commerce en Belgique sont classées.

Sur base de ces rankings, difficile de dire quelle est "LA" meilleure business school. D’abord car les classements se font par type de formation. Vlerick s’aligne ainsi dans les classements d’Executive Education, un créneau qu’elle occupe depuis toujours, contrairement à Solvay ou LSM. Difficile, donc, de rivaliser avec elle sur ce point.

Difficile aussi de tirer des conclusions sur les faibles écarts qui séparent souvent ces institutions. Pour leur master en management par exemple, Solvay, LSM et Vlerick sont dans un mouchoir de poche. Et malgré tout, elles figurent parmi les 50 meilleures écoles au monde… Un exploit pour les "petits" Belges.

Ces classements sont la première chose que regardera une université étrangère ou un candidat étudiant qui veut parfaire sa formation à l’étranger. Mais la méthodologie de cette "bible" est autant contestée par les doyens des business schools belges que le sont les rankings des universités du type Shangaï par les recteurs. On juge douteuse leur rigueur scientifique, biaisés, leurs critères de classification. L’un des critères principaux porte sur l’impact en termes de salaire du diplôme délivré. "En Belgique, cela n’a aucun sens. Ce n’est pas la qualité de l’école qui détermine le salaire, c’est la tension salariale sur le marché du travail. Or, les salaires des tops managers belges ne sont pas comparables aux CEO en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis. Vouloir les comparer, c’est stupide", peste un doyen.

Pourtant, ces rankings restent fondamentaux lorsque l’on veut placer sa business school sur le marché international. "C’est absurde, mais notre minerval très bas nous place dans une situation ridicule aux yeux des étudiants étrangers", commente Michel De Wolf. Pour un Chinois, minerval bas veut dire école de piètre qualité… Être classé dans les rankings permettrait donc de contrebalancer cet inconvénient, et d’exister sur les radars étrangers.

Pour les écoles non accréditées, il restera toujours le classement Repec, axé sur la recherche scientifique. Ce classement, très fouillé, reprend les écoles de commerces, les différents départements de recherche en économie des universités, et des institutions comme le centre Breughel notamment. Le classement se base sur les scores de publication des chercheurs, et sur les partages de ces publications. Solvay est classée 1ère institution belge, et apparaît à la 14e place du classement européen.

Les professeurs.

Ce qui fait la qualité d’une business school, c’est aussi son équipe professorale. D’une part, il y aura les purs académiques. À tous, il sera demandé d’être actif en matière de recherche scientifique. "Tous nos professeurs ont un doctorat, explique par exemple Marion Debruyne, la doyenne de la Vlerick. Ils travaillent avec nos universités parentes, Gand et Leuven".

Ces professeurs à temps plein composent un tiers du corps professoral des business schools. Les deux autres tiers sont des professeurs invités, généralement des chefs d’entreprises ou des acteurs du monde économique. Un incontournable pour une business school qui se respecte. Ce lien direct, soigneusement cultivé, avec les entreprises est fondamental pour les étudiants. Il sera encore renforcé par les nombreux séminaires et conférences données par quelques CEO bien placés (Jacques Rogge, Bernard Gustin, Roch Dulliveux ont par exemple dirigé des séminaires à la Vlerick). Et si, en plus, l’école peut aligner quelques "stars" parmi ses enseignants (Didier Reynders, Frédéric Daerden, Bruno Colmant, Eric De Keuleneer,…), ça pourra attirer un peu plus les étudiants…

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