Sur la route des sapins wallons

©anthony dehez

Les trois plus gros producteurs wallons de sapins sont localisés le long de la E411 et de la Nationale 40. L’Echo vous emmène sur ce trajet de 30 kilomètres.

Les fêtes de fin d’année avancent à grands pas. Et pour beaucoup d’entre nous, fêtes de fin d’année riment avec sapin. Et ce dernier est dorénavant de plus en plus naturel. Pourtant, une étude de l’Apaq-W indiquait en 2013 que 19,5% de l’ensemble de la population belge avaient acheté cette année-là un sapin naturel. C’est dire le potentiel de croissance de cet arbre de plus en plus désacralisé.

Il faut compter entre 8 et 10 ans pour que l’arbre arrive à sa taille de vente (entre un mètre et demi et deux mètres en moyenne). Et globalement, 80% de la production wallonne est composée de Nordmann et le solde d’épicéas communs. L’avantage du Nordmann, c’est qu’il ne perd pas ses aiguilles. Et c’est d’ailleurs grâce à cette espèce que la Wallonie est devenue une plaque tournante du sapin.

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Au départ, il n’y avait point de production de Nordmann sur les terres ardennaises mais les Wallons étaient négociants pour le sud de l’Europe des sapins venus du nord, principalement le Danemark. Et puis, on s’est rendu compte que le Nordmann poussait facilement sur le sol ardennais.

Le sapin en Wallonie, c’est aussi et avant tout un écosystème qui emploie plusieurs milliers de personnes lors de la récolte (celle-ci a lieu entre début octobre et début décembre) et qui pèse au bas mot 60 millions d’euros.

La production de sapins de Noël en Région wallonne s’étend selon une cartographie dressée en 2018 par l’unité de recherche Biose de Gembloux Agro-Bio Tech (ULiège) sur 3.120 hectares. Le tout principalement au sud du sillon Sambre et Meuse avec les Ardennes en point de mire. À l’heure actuelle, l’Union ardennaise des pépiniéristes compte 63 membres dont 45 producteurs de sapins. Les trois plus gros producteurs wallons sont localisés le long de la E411 et de la Nationale 40 sur un trajet d’un peu plus de trente kilomètres. Nous avons pris cette route des sapins pour aller à la rencontre de Greencap, de l’entreprise familiale Altitude 500 et de la pépinière Jonathan Rigaux.

Difficile d’établir avec précision un palmarès clair de ces trois acteurs majeurs du sapin wallon étant donné que deux d’entre eux font aussi du négoce et que tous exploitent également des surfaces en dehors de la Wallonie.

Greencap

Quoi qu’il en soit, la fierté numéro 1 de Greencap, "c’est de ne vendre que ce que nous produisons. Sur le territoire belge et français, nous exploitons environ 2.000 hectares", insiste Louis Greindl, l’emblématique propriétaire historique de cette société située aujourd’hui à deux pas de l’Euro Space Center à Transinne. Ce dernier a cédé deux tiers de sa société à ces deux jeunes associés que sont Gérald de Wouters et Gildas Le Foll avec le portage de la Société régionale d’investissement de Wallonie (SRIW).

L’entreprise emploie en permanence une cinquantaine de personnes et va réaliser en 2018 un chiffre d’affaires de 13,5 millions avec à la clé un ebitda de 3 millions. "Nous continuons à croître d’année en année. Maintenant, notre objectif est clairement de prendre des parts du marché européen aux Danois", ambitionne Louis Greindl.

Altitude 500

©Anthony Dehez

Nous poursuivons notre route et arrivons devant la plateforme logistique d’Altitude 500 à Ochamps. Pour la petite histoire, Altitude 500 a racheté l’ancien hub logistique de Greencap qui lui, de son côté, a construit une nouvelle implantation au bord de la E411 afin de pouvoir réceptionner jusqu’à 100 camions par jour.

À la tête d’Altitude 500, on retrouve Louis Brasseur et sa fille Aurore. Louis Brasseur a fait ses premiers pas dans le monde des sapins de Noël en 1984 à Corbion. En 2000, il rachète la société Altitude 500 à Claude Guiot, ancien bourgmestre de Neufchâteau mais surtout l’homme qui a œuvré à la reconnaissance européenne des qualités du sapin ardennais.

Aujourd’hui, Louis Brasseur est à la tête d’une entreprise qui exploite des terres en Wallonie, en France, en Ecosse et au Danemark. Il vend environ 800.000 arbres par an dont 85% à l’étranger. La France, la Grande-Bretagne et Italie sont ses trois premiers marchés mais il espère se développer de plus en plus en Russie et au Japon. Il estime son chiffre d'affaires 2018 dans une fourchette allant de 10 à 12 millions d’euros.

Jonathan Rigaux

Pour notre troisième arrêt, nous nous rendons à Neufchâteau au sein de la pépinière Jonathan Rigaux. Et le patron n’est autre que Jonathan Rigaux lui-même. Et une fois encore, un lien unit notre interlocuteur présent avec le prédécesseur. En effet, Jonathan Rigaux est un ancien cadre d’Altitude 500. Aujourd’hui, il vole de ses propres ailes depuis quelques années et est à la tête de plusieurs sociétés et filiales actives dans le sapin donc mais aussi dans la jardinerie et la pépinesterie.

Pour la première fois, il a dépassé la barre symbolique des 500.000 sapins vendus en Europe chaque année et un chiffre d’affaires global de 8,5 millions toutes activités confondues. Jonathan Rigaux emploie à l’année une trentaine de personnes. Il est par ailleurs l’actuel président de l’Union ardennaise des pépiniéristes et partage avec nous sa vision du marché. "En fait, depuis toujours le marché est en dents de scie. Parfois, il y a trop de sapins et le prix de celui-ci s’envole. Ce phénomène pousse alors d’autres acteurs à produire des sapins et puis cela redescend. Et là, j’ai le sentiment que le marché va repartir à la hausse", décrypte-t-il pour L’Echo.

Par ailleurs, tant Altitude 500 que Jonathan Rigaux sont très présents sur le marché de Rungis. Les deux entreprises belges y ont racheté des acteurs français. Rungis est un marché important pour écouler des sapins wallons sur le territoire français. Et dans ce cas-là, la route des sapins n’est plus imagée et les camions empruntent la Nationale 40 et la Nationale 89 pour rejoindre Rungis via Sedan et Charleville-Mézières.

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