Take Eat Easy, 'personnalité de l'année 2017'

©Debby Termonia

L’été dernier, Take Eat Easy a fait faillite. Six mois plus tard, son quatuor fondateur figure en une de ce magazine "La personnalité de l’année 2017". Paradoxal?

La faillite est un échec. Avec son cortège de travailleurs blessés, furieux et tristes à la fois, de fournisseurs et de créanciers lésés, d’actionnaires surpris, déçus ou bernés, d’ereurs naïves, d’entêtements vains, d’énergie et de capital dépensés pour finalement sombrer.

Take Eat Easy a failli.

Active dans la livraison de repas à domicile, Take Eat Easy appartient aussi à cette nouvelle économie du partage, cet eldorado pour jeunes zélés, quinquagénaires créatifs ou trentenaires lassés du salariat. Ou tout cela à la fois. Côté face, un business relooké "citoyen" qui fonce, innove, brise les codes, bouscule les habitudes et les multinationales du XXe siècle, celles qui regardent cette fraîcheur avec un brin de jalousie et tentent même d’appliquer la recette ébouriffante de leurs jeunes rivales. Côté pile, des emplois parfois précaires, des start-ups qui court-circuitent les lois, s’intercalent dans les zones d’ombre des textes, et cannibalisent des sociétés qui respectent ces mêmes lois.

Ce n’est ni l’échec en soi, ni l’économie du partage que L’Echo célèbre en choisissant Take Eat Easy. C’est l’inspiration que cette aventure entrepreneuriale génère. Parce que ces quatre-là ont été les premiers en Belgique à lever autant de fonds, à aller aussi vite, à importer une success story (malheureusement éphémère) que la Silicon Valley produit avec une régularité d’horloger suisse.

C’est surtout un regard sur l’échec que nous avons voulu bannir. Ce regard qui souligne davantage la chute, le défaut, qu’il ne soutient la réussite. Combien d’entre vous (et j’en serais) ont repéré la faute faite à dessein plus haut dans ce texte ("ereurs") jusqu’à en oublier le fond, voire ne pas arriver à cette ligne et oublier les quatre cent seize mots écrits correctement?

La Belgique se braque sur l’échec plus qu’elle ne promeut la réussite. Nulle complaisance ou naïveté ici, simplement un besoin de rompre avec cette culture du négatif pour permettre à des entrepreneurs, au sens large, de se relever, tête haute, après la débâcle. Et de rebondir.

Au terme d’une année à nouveau marquée par le terrorisme islamiste, jusqu’au cœur de Bruxelles cette fois, ternie par des scrutins empreints de poujadisme, c’est cette volonté, cet optimisme, cette touche positive que L’Echo entend honorer. C’est de cela que ces trois hommes et cette femme de Take Eat Easy sont le symbole aujourd’hui. Avec des centaines d’autres hommes et femmes qui ont failli, pour mieux réussir.

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