Tout Bruxelles en zone 30? "Ce n’est pas très crédible"

©Photo News

De sérieux doutes subsistent quant au contrôle et à la mise en oeuvre d'une telle mesure.

Mettre toute la Région bruxelloise en zone 30? Tel est le ballon d’essai lancé dans la presse flamande ce lundi par Pascal Smet (sp.a), ministre bruxellois de la Mobilité, et Bianca Debaets (CD&V), secrétaire d’Etat en charge de la sécurité routière à Bruxelles.

Car il faut bien parler de ballon d’essai, étant donné qu’il s’agit, selon le cabinet de Bianca Debaets, de la "formulation d’une intention" qui doit encore être coulée dans une "déclaration d’intention" qui devra, à son tour, être soumise au gouvernement bruxellois la semaine prochaine.

Bruxelles s’est fixé pour objectif de diminuer de moitié d’ici 2020 le nombre de victimes d’accidents de la route.

Voilà donc la solution – sans doute radicale aux yeux de certains – préconisée pour diminuer le nombre d’accidents avec lésions corporelles. Car Bruxelles s’est fixé pour objectif de diminuer de moitié d’ici 2020 le nombre de victimes d’accidents de la route.

Ce nombre est relativement stable depuis plusieurs années. Or on sait que la vitesse tue. Une voiture lancée à 30 à l’heure a besoin de 4,5 mètres pour s’arrêter sur le sec et de 6,75 mètres sur route humide. A 50 à l’heure, il faut 12,5 mètres sur le sec et 18,75 mètres sur sol mouillé pour s’arrêter.

Pas une révolution

A l’heure actuelle, la Région bruxelloise compte déjà de nombreuses zones 30, notamment autour des écoles et des hôpitaux. A cela s’ajoute le "pentagone", c’est-à-dire le centre historique de Bruxelles, qui est une zone 30 depuis 2011. "Nous ne voulons pas tout révolutionner", insiste-t-on au cabinet de Bianca Debaets.

Il s’agirait plutôt de compléter les pièces d’un puzzle. D’autant que les initiateurs du projet prévoient des exceptions pour certains grands axes comme l’Avenue de Tervuren, le Boulevard de la Woluwe, le Boulevard Mettewie, le Boulevard Industriel ou encore la petite ceinture.

"Mettre toute la Région en zone 30, ce n’est pas très crédible. Et instaurer une règle assortie de 10.000 exceptions, ça n’a pas beaucoup de sens."
Didier Gosuin
Ministre de l’Economie et bourgmestre d’Auderghem

Pour faire aboutir le projet, il faudra pourtant encore vaincre au moins trois obstacles. Premièrement, il faudra convaincre les partenaires de la majorité. Le ministre de l’Economie et bourgmestre d’Auderghem, Didier Gosuin (Defi), a d’emblée fait part de son scepticisme: "Mettre toute la Région en zone 30, ce n’est pas très crédible. Et instaurer une règle assortie de 10.000 exceptions, ça n’a pas beaucoup de sens."

Deuxièmement, il faudra convaincre les communes, puisque 90% des routes à Bruxelles sont communales. Le bourgmestre d’Etterbeek et chef de groupe MR au Parlement Bruxellois, Vincent De Wolf, doute que "la zone 30 généralisée puisse apporter des solutions dans tous les quartiers". Il demande d’abord une étude d’impact sur la congestion du trafic. "Il faut maintenir une vitesse suffisante sur les voiries qui assurent un accès inter-quartiers", juge-t-il.

Contrôle et sanction

Il s’interroge aussi sur les mécanismes de contrôle et de sanction, sans lesquels la mesure risque de rester lettre morte. C’est là un troisième obstacle. Si le centre historique est déjà une zone 30, peu nombreux pourtant sont les automobilistes à s’y tenir en toute circonstance.

"Deux millions d’euros supplémentaires ont été alloués aux zones de police bruxelloises pour financer l’achat de matériel, des radars et des combis notamment."
Bianca Debaets
Secrétaire d’Etat en charge de la sécurité routière à Bruxelles

Chez Bianca Debaets cependant, on se dit prêt à affronter cette difficulté. "Deux millions d’euros supplémentaires ont été alloués aux zones de police bruxelloises pour financer l’achat de matériel, des radars et des combis notamment." A cela s’ajoutera bientôt un Centre de traitement des amendes qui doit permettre de soulager la justice et de traiter un plus grand nombre de dossiers de roulage.

L’exemple suédois

Chez Touring, l'association des automobilistes, on doute de l’efficacité de cet arsenal. "L’actuelle zone 30 dans le centre de Bruxelles n’est pas respectée et entraîne, au contraire, une augmentation de l’agressivité au volant. Il est impératif que les limitations de vitesse rencontrent un maximum d’adhésion de la part des usagers de la route."

"Il est impératif que les limitations de vitesse rencontrent un maximum d’adhésion de la part des usagers de la route."
Touring

Touring préfère le système V85 qui a fait ses preuves en Suède, pays qui est le numéro 1 en Europe en terme de sécurité routière. Le principe V85 correspond à la vitesse qui, en l’absence de limitation, n’est pas dépassée par 85% des conducteurs. L’idée est que si la majorité des véhicules roulent à une allure raisonnable, les 15% restants suivront plus facilement le mouvement. A contrario, des limitations de vitesse ridiculement basses entraîneront des comportements agressifs au volant et donc des accidents. Touring se dit également favorable à des limitations de vitesse modulables selon que l’on roule en heure de pointe, la nuit ou un jour férié.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect