"Trop de chefs d'entreprise belges ne se réinventent pas face au défi digital"

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Un dirigeant d’entreprise sur deux en Belgique n’a pas encore mesuré la menace (et l’opportunité) que représentent pour ses affaires les nouveaux concurrents, pointe une étude de Deloitte Private.

Les entreprises privées de taille moyenne en Belgique sont insuffisamment préparées pour faire face à l’apparition de concurrents non traditionnels qui seront responsables, dans les deux à trois prochaines années, d’une disruption sur leur marché.

C’est une des principales conclusions de la vaste enquête effectuée par le groupe de conseil Deloitte (Private) auprès de 1.900 chefs d’entreprise (sociétés de 10 millions à un milliard de dollars de chiffre d’affaires) dans 30 pays afin de sonder leurs perspectives et leurs attentes.

55%
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Les Belges sont 55% à se préoccuper de l’impact de la rupture en cours, contre 60% des Asiatiques ou 70% des Néerlandais.

Sous cet angle, les entrepreneurs belges sont un peu mieux placés que les français ou les allemands, mais se situent loin derrière les néerlandais ou leurs homologues d’Asie. Les Belges sont 55% à se préoccuper de l’impact de la rupture en cours, contre 60% des Asiatiques ou 70% des Néerlandais.

Ils sont en revanche nettement plus confiants (66% se déclarent très ou extrêmement confiants) dans la réussite de leurs affaires dans les deux ans et ce, en dépit du niveau élevé d’incertitude qu’ils perçoivent (54% des patrons belges et 53% de l’ensemble des répondants).

"L’adaptation aux nouvelles technologies prend plus de temps dans les pays du sud de l’Europe, Belgique incluse, observe Nikolaas Tahon, responsable de la division Private de Deloitte en Belgique. Nombre de sociétés privées belges en sont par ailleurs à la 3e ou 4e génération de dirigeants: elles ont une longue histoire derrière elles et n’en sont donc pas à la première disruption, d’où leur sentiment qu’elles vont survivre." Ce en quoi elles se trompent peut-être. "Leurs dirigeants ne pensent pas que cela va complètement perturber leur business model et leur potentiel concurrentiel…"

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Pas que le digital

Quand on parle de disruption, on songe immanquablement à la digitalisation de l’économie. Mais ce n’est pas la seule source de rupture: la robotisation, l’automatisation, l’internet des objets, voire l’impression en trois dimensions ouvrent également le champ des possibilités en créant à la fois des menaces et des opportunités.

"Des concurrents apparaissent aujourd’hui, qui étaient encore inconnus voici quelques années…"
Nikolaas Tahon

"Dans de nombreux secteurs, des concurrents apparaissent aujourd’hui, qui étaient encore inconnus il y a quelques années à peine. Explication: ils proviennent de l’univers technologique, relève Tahon. Il faut se demander quelle est la réelle valeur ajoutée d’un produit ou d’un service qu’une entreprise propose sur un marché. Dans le secteur automobile, par exemple, les concurrents des constructeurs sont-ils désormais les autres constructeurs ou les sociétés apportant de nouvelles solutions de mobilité? Sur quel marché doit-on encore réellement faire la différence? Un Uber pourrait incarner demain un grand rival des constructeurs, pas nécessairement dans tous les segments du marché auto, mais peut-être dans celui des voitures d’entreprise."

Poussant plus loin l’analyse, le consultant épingle l’évolution de certains modèles qui étaient jusqu’à présent orientés business-to-business ou business-to-customer et qui, à l’avenir, seront reprofilés sur l’axe business-to-alliances: un "b-to-a" qui verra différentes entreprises s’allier au sein d’un écosystème où chacune contribuera à produire une solution générique.

"Trop de chefs d’entreprise estiment encore que rien ne va changer et ne se réinventent pas ou ne se remettent pas en question."
Nikolaas Tahon

Conclusion? "Trop de chefs d’entreprise estiment encore que rien ne va changer et ne se réinventent pas ou ne se remettent pas en question, ce qui est dangereux pour leur organisation. Il faudrait qu’ils investissent dans leur R & D et qu’ils développent une vision au départ de l’évolution économique globale."

L’enquête montre en revanche que nombre d’entrepreneurs belges veulent, comme la plupart de leurs homologues, conserver leur personnel, voire embaucher, et qu’ils souhaitent investir dans leur formation aux nouvelles compétences et au leadership.

Elle montre aussi une nouvelle convergence entre les points des vue des patrons aux quatre coins du monde: les deux tiers des dirigeants dans les différents continents tablent sur une augmentation de leurs profits, de leur productivité et de leurs investissements pour les 24 mois à venir. L’optimisme est de mise aussi bien à Shanghai qu’au cœur de la Silicon Valley ou à Bruxelles…

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