Un indépendant sur trois ne dépend financièrement que d'un seul client

©Evelyne Jacq/Hollandse Hoogte

Une étude de Securex s’est penchée sur les formes atypiques d’emploi. À mi-chemin entre l’indépendant classique totalement autonome et le salarié à plein-temps, elles se multiplient. La tendance risque de s’accélérer.

Se basant sur les données tirées des enquêtes sur les forces de travail menées par Eurostat, Securex a mis en parallèle la croissance de la population active et la croissance des emplois dits "atypiques". Du moins, les emplois atypiques dans leurs formes les plus répandues: temps partiels, emplois temporaires, indépendants isolés.

Lire aussi notre édito: "Certaines nouvelles formes d'emploi risquent de mener droit à la précarité"

Premier constat, ces formes de travail atypiques ont connu une croissance plus forte que la population active, constate Frank Vander Sijpe, directeur du service d’étude chez Securex. Alors que la population active a progressé de 4,7% entre 2007 et 2016, le nombre d’indépendants a progressé de 13,25%, le nombre d’emplois temporaires de 10,8% et le nombre d’emplois à temps partiel de 17,6%.

Mais derrière ces formes d’emploi atypiques se cache toute une zone grise d’emplois qui ne font plus partie de la catégorie des emplois salariés, et qui ne font pas partie de la catégorie des emplois indépendants au sens strict du terme. "En catégorisant suivant ces deux grandes formes d’emploi, on passe à côté d’un phénomène qui se développe aujourd’hui, des nouvelles formes d’emploi émergentes qui sont encore impossibles à quantifier", explique François Pichault, professeur à HEC Liège et auteur de l’étude menée pour Securex. Il pointe ainsi les emplois en sous-traitance, les contrats journaliers, les consultants…

En font aussi partie les emplois liés à la nouvelle économie, les emplois dit "one call" ou "Uber", comme les travailleurs de Deliveroo, mis au devant de l’actualité cette semaine alors qu’ils ont déclenché une grève suite à la volonté de leur employeur de les obliger à passer sous statut indépendant. Un statut qui combine le statut d’indépendant et un système d’assurance privée à une forte dépendance économique (ils n’ont qu’un seul employeur).

Faux indépendants?

Dans son étude, Securex a d’ailleurs tenté d’isoler ces indépendants dont le statut se rapproche de plus en plus du salarié, en raison de leur perte d’autonomie de plus en plus grande.

En se basant sur l’enquête européenne sur les conditions de travail (EWCS), François Pichault remarque ainsi une croissance forte du nombre de travailleurs formellement indépendants, mais qui sont dans les faits en situation de forte dépendance économique. N’ayant qu’un seul client, ou presque. On n’est pas loin des faux indépendants en somme. En 2010, les indépendants dont plus de 75% des revenus proviennent d’un seul client ne représentaient encore que 13,4% du nombre total d’indépendants en Belgique. En 2015, cette proportion est passée à 29,2%.

 

Relativement marginal

Frank Vander Sijpe estime qu’actuellement, en Belgique, on ne peut pas encore parler véritablement de précarisation des emplois malgré l’émergence de ces nouvelles formes atypiques d’emploi. Car contrairement à des pays comme les Etats-Unis ou les Pays-Bas, ces formes de travail restent encore relativement marginales chez nous, même si elles sont en croissance. "Le Conseil supérieur de l’emploi l’a encore noté dans son dernier rapport, 90% des salariés sont encore en CDI, explique le spécialiste."

Mais il y a une tendance de fond qui s’installe. Et plusieurs facteurs peuvent jouer les accélérateurs. Frank Vander Sijpe avertit: il faudra prendre garde à la manière dont les entreprises vont remplacer la génération des babyboomers (les 45-65 ans), qui s’apprête à quitter le marché du travail dans les années à venir. "Est-ce que les entreprises vont les remplacer par des CDI, ou par autre chose, par ces nouvelles formes atypiques d’emploi, des contractants, des freelances?", se demande-t-il. Si cela arrive, on risque alors d’aller vers une précarisation de plus en plus grande des travailleurs", avertit-il, prenant en exemple les Pays-Bas, ou se sont multipliés les indépendants ne bénéficiant pas de protection sociale ou de statut.

Pour Securex, il va donc falloir sérieusement réfléchir à la mise en place d’un troisième statut: "Soit on règle rapidement la situation, soit on ira vers la multiplication des conflits sociaux".

Les indépendants complémentaires en hausse

Enfin, Securex pointe aussi une dernière tendance dans la diversification des formes d’emploi: les indépendants complémentaires, de plus en plus nombreux également. Ils cumulent un job salarié et un job d’indépendant sur le côté, mais ne veulent pas, dans leur majorité (77%) basculer vers un statut d’indépendant complet.

Leur motivation à cumuler deux jobs viendrait moins d’un besoin d’arrondir leurs fins de mois que d’une volonté de maintenir une activité différente de leur emploi principal. C’est en tout cas ce qui ressort d’une autre enquête Securex. A la question de savoir pour quelle raison ils cumulaient un emploi salarié et indépendant, 41% des répondants ont dit que c’était par passion. Seuls 17% invoquaient des raisons financières. Une tendance à nuancer, car d’après une autre enquête, menée elle par McKinsey, 54% des gens cumulant un job salarié et un job indépendant ont déclaré le faire… pour des raisons financières, et 25% seulement par passe-temps ou pour satisfaire une passion…

©Mediafin

Hausse de 50% du nombre de flexi-jobs en un an
Hausse de 50% du nombre de flexi-jobs en un an 

D’après les chiffres de l’ONSS communiqués par le secrétaire d’État à la Lutte contre la fraude sociale Philippe De Backer (Open Vld), le secteur horeca comptait à la fin de l’an dernier 28.400 travailleurs arrondissant leurs fins de mois grâce à un flexi-job, soit une hausse de 50% en un an. La popularité grandissante des flexi-jobs est surtout observable en Flandre. À peine 5% de ces emplois se situent à Bruxelles et en Wallonie.

Ce statut a été introduit à la fin de 2015 par le gouvernement Michel. L’objectif était de réduire le travail au noir dans l’horeca, tout en offrant au secteur la possibilité de recruter du personnel supplémentaire pour les moments de grande affluence. Les flexi-jobbers ne paient ni impôts ni cotisations sociales, et les employeurs paient un taux réduit (25%) de cotisations patronales en plus du salaire.

De Backer réfute les critiques

Seuls les employés qui travaillent au moins à 4/5 peuvent accepter un flexi-job dans l’horeca. "Ces travailleurs sont là pour soutenir les équipes en place et pas pour remplacer les emplois fixes", explique De Backer. "La meilleure preuve du bon fonctionnement du système, c’est qu’en plus des flexi-jobs, le nombre d’emplois réguliers dans le secteur de l’horeca a également augmenté."

De Backer réfute les critiques des syndicats, qui accusent les flexi-jobs de priver la Sécurité sociale d’une partie de ses revenus. "Pour 2017, l’ONSS s’attend à des rentrées supplémentaires de 20 millions d’euros grâce aux flexi-jobs. Le travail au noir dans l’horeca est aujourd’hui déclaré."

D’après le cabinet de De Backer, la tendance à la stabilisation du nombre de flexi-jobs au cours des derniers mois de 2017 s’explique par le retour au calme après les mois d’été, particulièrement chargés. On s’attend à ce que la hausse du nombre de flexi-jobs se poursuive cette année, grâce notamment à l’élargissement du statut décidé par le gouvernement. En effet, depuis le 1er janvier, les flexi-jobs sont également autorisés dans le commerce, par exemple dans les boucheries, les boulangeries, les salons de coiffure et les magasins de détail. En plus de ceux qui travaillent à 4/5, les pensionnés peuvent désormais gagner des revenus complémentaires. Au cours de la première semaine de l’année, 138 pensionnés s’étaient déjà lancés dans un flexi-job.

 

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