chronique

Un quota vaut-il mieux que deux tu l'auras?

Martin Buxant

Le constat est criant et ne souffre aucun doute: au plus haut niveau politico-socio-économique de la sphère belge, les femmes sont si rares. La chronique de Martin Buxant.

On va encore mériter nos galons de grand méchant de service mais on s’est dit qu’on allait, d’entrée de jeu, vous dire quelques mots d’un petit monsieur. Par charité chrétienne (c’est de circonstance), on le nommera S.V., au hasard. C’est que, parfois, au détour d’un coin mal balayé de la politique belge, il arrive qu’on croise ce genre de spécimen – un peu terne, ni particulièrement intelligent, ni stupide, ils sont là. Juste là. Et vous vous demandez la valeur ajoutée d’un tel personnage – c’est vos impôts qui le payent, après tout – qui du ministère des Finances à la Stib en passant par le Sénat, n’a laissé que de piètres souvenirs. Il a quitté le ministère des Finances par la petite porte, sur des soupçons de conflit d’intérêt, il a rebondi au Sénat où il a brillé par ses tirs de barricade contre des avancées éthiques en matière d’avortement. On en serait bien resté là.

Mais l’espèce en question est accrocheuse.

Et ledit bonhomme vient justement, merveille des nominations politiques, de décrocher un poste de directeur à la Banque nationale de Belgique, la dernière femme directrice de la Banque ayant pris sa retraite. Ça s’est passé près de chez vous, la semaine dernière.

Laissons donc le petit monsieur pour dire un mot des femmes. Les Femmes avec un grand "F".

Il est toujours hasardeux – casse-gueule même – de s’aventurer sur un terrain de débat, le grand champ de mines des idées, sans se retrouver dans le brouillard. Le constat est criant et ne souffre aucun doute: au plus haut niveau politico-socio-économique de la sphère belge, les femmes sont si rares. Les Dominique Leroy, Sophie Dutordoir, Sophie Wilmès ou Marie-Hélène Ska sont des arbres qui ne parviennent même plus à masquer la déficience de la présence féminine tout là-haut.

Dès lors, que faire, que penser? Quotas, nous voilà, nous y voici. Faut-il, oui ou non, imposer une norme minimale de présence féminine partout où c’est possible?

J’ai discuté. J’ai entendu. De la présidente du conseil des femmes à des ministres fédérales et régionales, de la patronne d’un opérateur télécom jusqu’à une femme directrice financière dans son entreprise, j’ai posé la question du comment va-t-on réussir ce challenge de la féminisation.

La vérité, c’est que les femmes, peu importe leur sensibilité politique et économique, sont elles-mêmes très divisées sur la question.

J’ai d’abord pensé que la réponse était de droite ou de gauche. À gauche, égalité des chances oblige, on pousserait le refrain des quotas. À droite, où l’on érige la méritocratie en vertu cardinale, on est contre ces quotas. Mais cette façade simpliste se lézarde aujourd’hui – nombre de libéraux, par exemple comme Sophie Wilmès ou Alexander De Croo (qui n’est pas une femme mais vient d’écrire un bouquin sur le sujet), prennent position pour une politique de quotas. La vérité, c’est que les femmes, peu importe leur sensibilité politique et économique, sont elles-mêmes très divisées sur la question. Des quotas et surtout de leur application stricte peut émerger une classe de femmes dirigeantes, même si elle est née artificiellement. Et la dynamique est alors amorcée. Mais tout ceci nourrit alors le soupçon du défaut de compétence chez les femmes qu’on aura poussé via des quotas.

Sans vouloir faire de l’eau tiède, ce n’est pas le genre de cette maison, la réponse est nuancée et tant les "pour" que les "contre" quotas ont des arguments à faire valoir. Il est d’ailleurs intéressant, pour se convaincre de la difficulté d’un tel débat, de jeter un œil sur la situation dans les pays scandinaves et en Finlande. Dans ces pays, où enquête après enquête, inlassablement, les citoyens se disent très heureux et où l’indice du bonheur est élevé, la question de la représentation des femmes dans la vie professionnelle n’a pas été tranchée. Certes, la souplesse des horaires et les aménagements de travail sont en vigueur depuis longtemps et nul ne s’y étonne de voir un homme prendre un long congé de paternité, mais en Norvège, des quotas de femmes dans les entreprises sont en vigueur alors que la Suède, par exemple, a jugé que ce n’était pas une voie à suivre.

On va finir par écrire des choses intelligentes et nuancées dans cette chronique.

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