chronique

Une question à 100 milliards d'euros

Une chronique d'Alain Narinx.

Quel sera l’avenir de la sécurité sociale? Cette question est un enjeu fondamental des discussions entre partis pour former un gouvernement fédéral. Une question à 100 milliards d’euros par an, le budget annuel de la sécu.

Le nœud du problème? La sécurité sociale fait face à des problèmes de financement. On vous fait rapidement le topo.

Les pensions représentent un peu moins de la moitié des dépenses, l’assurance-maladie un quart, le chômage et l’invalidité le solde. Au total, on avoisine un coût de 190.000 euros… par minute. Avec le vieillissement de la population, le développement de maladies chroniques ou l’innovation technologique notamment, les besoins augmentent. Le recul du nombre de demandeurs d’emploi ne compense pas.

La sécu est un enjeu politique majeur. Il ne suffira pas de resserrer quelques boulons ici et là. C’est toute une vision d’avenir qu’il faut développer.

Une illustration des difficultés avec l’assurance-maladie. Actuellement, l’enveloppe budgétaire disponible – ce qu’on appelle la norme de croissance – augmente de 1,5% par an. Selon le Bureau du Plan, le budget des soins de santé devrait progresser de 2,2% chaque année pour maintenir la qualité et l’accessibilité des soins au même niveau. À l’horizon 2024, l’écart entre la norme de 1,5% et l’évolution des besoins pourrait atteindre 2 milliards d’euros.

Les cotisations sociales pèsent un peu plus de 60% des recettes, le solde venant de l’État (dotations et financement alternatif). Or, différentes mesures gouvernementales ces dernières années – les baisses de charges patronales par exemple – ont tari les ressources venant des cotisations. Et le budget de l’État est lui-même sous pression. La croissance économique est bien inférieure à celle des besoins. Jusqu’ici, une "dotation d’équilibre" de l’État venait automatiquement combler un éventuel déficit de la sécu. Elle était de 3,2 milliards en 2017, 2,1 milliards en 2018 et devrait avoisiner les 3 milliards cette année. Mais ce mécanisme sera supprimé après 2020. Le déficit de la sécu risque donc de filer et on évoque un "trou" de six à sept milliards d’ici 2024.

On conçoit bien, à la lecture de ce tableau sommairement brossé, que la sécu est un enjeu politique majeur. Il ne suffira pas de resserrer quelques boulons ici et là. C’est toute une vision d’avenir qu’il faut développer. Avec, à la clé, un débat quasi idéologique. Faut-il cornaquer les dépenses, au risque de laisser des besoins non rencontrés, avec des conséquences potentiellement dramatiques pour les citoyens? Ou faut-il rouvrir davantage les vannes budgétaires, avec l’épineuse interrogation de savoir où et comment trouver l’argent?

On ne vous fait pas un dessin: N-VA et PS ne partagent pas vraiment la même vision. Selon certains observateurs, les finances délicates de la sécu pourraient constituer un moyen de pression sur le PS pour qu’il fasse des concessions dans les négociations fédérales. C’est la thèse défendue cette semaine dans le "Morgen" par Johan Vande Lanotte, tout juste déchargé de sa mission d’informateur royal. Le PS aurait le plus à perdre d’un blocage durable au Fédéral. Sans gouvernement de plein exercice, pas de réforme structurelle du financement de la sécu, pas d’augmentation du budget des soins de santé, pas de revalorisation des pensions. Précisément le cœur des priorités socialistes.

D’autres observateurs sont moins catégoriques. Personne n’a intérêt à une faillite de notre système social. Pas même la N-VA, qui ne doit pas oublier que de nombreux électeurs ont déserté ses rangs au profit du Vlaams Belang en raison des promesses sociales du parti d’extrême droite. In fine, on ne voit pas très bien quel parti pourrait expliquer à ses électeurs que les pensions ne peuvent plus être payées…

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