Waze, l'application de trafic en temps réel qui pourrait créer le chaos sur les routes

©BELGAIMAGE

Les embouteillages sont un vrai fléau à Bruxelles. L'application Waze propose une solution aux automobilistes: emprunter une route alternative. Séduisant à première vue, mais est-ce réellement efficace?

Les automobilistes bruxellois ont vécu ce lundi matin une nouvelle journée cauchemardesque. Une de plus, direz-vous. En cause, un accident dans le tunnel de la porte de Namur bloquant la petite ceinture dans les deux sens.

Pour ceux qui sont pris dans la nasse, il n’y a plus qu’à prendre son mal en patience. Pour les autres sur le point de prendre la route, un seul conseil: se connecter sur Waze et emprunter une route alternative.

Invasion des campagnes

Les applications de trafic en temps réel, telles que Waze ou TomTom Go, connaissent cependant un tel succès qu’elles risquent d’aggraver les embouteillages au lieu de les résorber. Les automobilistes quittent les axes principaux et se retrouvent dans des quartiers résidentiels ou sur des routes de campagne qui ne sont pas adaptées pour absorber un tel trafic. Pour les riverains, c’est une source de nuisance évidente.

Au point que la semaine dernière, un groupe de bourgmestres de petites communes de la périphérie de Bruxelles et d’Anvers ont adressé, par voie de presse, une lettre au ministre flamand de la Mobilité, Ben Weyts (N-VA), afin qu’il entreprenne quelque chose contre ces invasions de plus en plus fréquentes de voitures et de camions dans des zones réputées tranquilles.

"Ces applications basées sur le crowdsourcing permettent de réelles avancées, car elles font remonter plus d’informations que ce que les autorités publiques sont en mesure de récolter."
Xavier Tackoen
Administrateur délégué du bureau d’études indépendant Espaces-Mobilité

À la base, il y a la question: les applications de trafic en temps réel sont-elles victimes de leur succès au point d’aggraver l’immobilité et d’aboutir à un chaos généralisé sur le réseau routier?

Pour Xavier Tackoen, administrateur délégué du bureau d’études indépendant Espaces-Mobilité, blâmer Waze et consorts est un peu réducteur. "Ces applications basées sur le crowdsourcing permettent de réelles avancées, car elles font remonter plus d’informations que ce que les autorités publiques sont en mesure de récolter."

Le problème, selon lui, est que ces nouveaux outils sont proposés par le secteur privé sans participation des pouvoirs publics. "Ces applications ne sont vraiment efficaces qu’en partenariat avec les autorités publiques. À Gand par exemple, cela fonctionne assez bien: les usagers font remonter les informations sur le trafic en temps réel, tandis que les autorités signalent les zones de travaux ou les fermetures inopinées de certains tronçons."

On déplace les nuisances

Un autre problème est que ces applications apportent des nuisances dans des zones qui devraient au contraire être préservées, estime Xavier Tackoen. "Faire découvrir une route alternative peut être profitable au plan individuel mais néfaste au plan collectif, par exemple lorsqu’on dévie un trafic important vers des zones sensibles, près d’une école ou d’un hôpital par exemple."

"On dévie du trafic vers des zones sensibles, près d’une école ou d’un hôpital."
Xavier Tackoen

Enfin, les applications de trafic en temps réel favorisent le recours à la voiture. "On ne remet pas en question le comportement de gens qui pourraient sans doute se déplacer autrement qu’en voiture", regrette Xavier Tackoen.

Mais l’expert refuse pour autant de jeter le bébé avec l’eau du bain. "Waze est un excellent vecteur de communication vers une masse critique de plus en plus importante. Les autorités ne disposent pas pour l’heure d’outils aussi performants pour informer les utilisateurs en temps réel. Le radioguidage à la radio n’est pas aussi performant."

Les causes profondes

Reste que les dispositifs visant à mieux informer les usagers de la route ne soignent que les symptômes et non les causes profondes de l’engorgement du réseau routier. Ce qu’il faudrait en effet, ce sont des chantiers mieux coordonnés et plus rapidement terminés, des routes plus rapidement dégagées lorsque survient un accident et, enfin, des transports en commun plus performants couvrant mieux le territoire.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content