50 millions pour les entreprises wallonnes bannies des banques

Philippe Buelen et Renaud Witmeur, Sogepa ©IMAGEGLOBE

La Sogepa, l’outil financier wallon, va créer un fonds doté de 50 millions d’euros afin de financer le fonds de roulement des entreprises après leur sauvetage, bannies des banques traditionnelles.

Adepte des missions a priori impossibles en Wallonie avec des investissements dans des dossiers périlleux et dont plus personne ne veut, comme dernièrement Durobor, la Sogepa (la Société wallonne de gestion et de participations) est parvenue depuis quelques années à faire de certains sauvetages industriels des coups gagnantsRenaud Witmeur, son président, en veut pour preuve les résultats de 2016, une première pour le groupe en matière de comptes consolidés. "C’est un signal important. Notre activité est bénéficiaire. L’année dernière, nous avons dégagé un bénéfice consolidé de 22,8 millions d’euros." Philippe Buelen, son vice-président (et également chef de cabinet du ministre cdH Maxime Prévot) embraye en soulignant que la Sogepa est structurellement positive. "Nous ne recevons aucun subside de la Région. On dégage des bénéfices qui alimentent nos fonds propres."

"C’est un signal important. Notre activité est bénéficiaire. L’année dernière, nous avons dégagé un bénéfice consolidé de 22,8 millions d’euros."
Renaud Witmeur
Président de la Sogepa

Mais voilà, l’image de la Sogepa, c’est comme l’histoire du sparadrap du capitaine Haddock. Impossible de s’en débarrasser! Renaud Witmeur le reconnaît. "Certains estiment que nous investissons dans des canards boiteux, mais notre mission est de donner une chance à un projet que tout le monde croit mort. Il faut insister sur un autre point: il n’y a pas d’argent public investi dans des canards boiteux."

Parmi ses dossiers phares, la Sogepa pointe le cas de l’investissement dans le sidérurgiste NLMK à La Louvière. Pour rappel, le bras financier de la Région wallonne a investi 150 millions en 2015 (20 millions en capital et 130 millions en prêts). "La rentabilité de NLMK est exceptionnelle. Aujourd’hui, le prêt de 130 millions a été entièrement remboursé. Il a été remplacé par un financement de banques internationales qui bénéficie notamment d’une garantie rémunérée de la Sogepa. L’entreprise a par ailleurs dégagé un Ebitda de 24,5 millions d’euros sur les 5 premiers mois 2017 après un bénéfice de 14 millions en 2016", argumente le patron de l’outil public.

"Notre mission est de donner une chance à un projet que tout le monde croit mort."
Renaud Witmeur
Président de la Sogepa

Renaud Witmeur insiste aussi sur le cas d’Arcelor. "Beaucoup estiment la sidérurgie comme finie en Wallonie. Mais ArcelorMittal est le plus grand employeur en Flandre. Pourquoi alors, en Wallonie, avons-nous cette image d’une industrie morte? Nos investissements dans ArcelorMittal vont générer un profit de minimum 4,7 millions en 2017."

Quant au petit dernier, Durobor, il parle d’un tout autre projet que celui qui a amené l’entreprise à sa perte. "Aujourd’hui, le projet n’a rien à voir avec l’ancien Durobor. Une nouvelle usine performante va être construite sur un autre site. S’il existe une chance sur cent de sauver l’entreprise, nous devons la saisir."

Présente dans 200 entreprises, la Sogepa a investi 54 millions dans des entreprises en restructuration l’année dernière et 84 millions dans des entreprises industrielles. Elle a aussi octroyé des garanties bancaires pour 130 millions d’euros.

Aider les bannis du secteur bancaire

Fort d’une trésorerie évaluée à 100 millions d’euros, et 700 millions de fonds propres, la direction de la Sogepa nourrit aujourd’hui de nouveaux projets. Elle parle d’un tournant. Le premier va être de rapidement créer un fonds de 50 millions. "Nos 200 entreprises en portefeuille sont des sociétés en retournement qui ont des difficultés à trouver des fonds de roulement auprès des banques après leur sauvetage. La Sogepa voudrait assurer ce besoin en fonds de roulement", dit Philippe Buelen. Cette aide s’adressera exclusivement aux entreprises qui demeurent bannies des banques. "Cette aide n’existe pas aujourd’hui. La Sowalfin par exemple (un autre outil financier spécialisé dans le prêt aux PME, NDLR) ne le fait pas. Il est important de créer cette culture de la deuxième chance."

La Sogepa entend aussi jouer à l’avenir un rôle actif dans la réhabilitation des friches industrielles en Wallonie. Elle pointe notamment le site des anciennes forges de Clabecq, le site de Caterpillar ou encore l’ancien site de Durobor. "Il y a 450 hectares à réhabiliter en Wallonie. Avec les intercommunales de développement économiques, on va redévelopper plusieurs sites et remettre de l’activité économique", promet encore Philippe Buelen.

Le MR prône un outil unique

Dans le cadre des prochaines négociations entre le MR et le cdH en vue de former une nouvelle majorité, les libéraux ont annoncé qu’ils voulaient restructurer le paysage des outils financiers wallons. La feuille de route sur la table du président du MR privilégie un regroupement de la SRIW, la Sogepa, la Sowalfin, l’AEI, l’Awex et la Spaque. Outre des économies d’échelle et une plus grande force de négociation, le MR y voit une plus grande flexibilité pour les entreprises qui ne devraient plus aller frapper à toutes les portes pour bénéficier d’une aide ou d’un prêt. Au niveau de l’impact sur l’emploi, on estime que cette refonte pourrait toucher entre 5 et 10% de la masse salariale, soit près de 70 personnes. À la Sogepa, son directeur général Renaud Witmeur joue la prudence. "Je ne veux pas donner l’impression d’être pour le stand-alone mais il faut faire attention. Il est important d’avoir un outil de la seconde chance. Une entreprise doit avoir la possibilité d’aller frapper à une deuxième porte. Il faut rentrer dans le fond du dossier et ne pas dire qu’on fusionne tout."

 

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