L'homme des chiffres wallons

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En 2016, Sébastien Brunet a donné une vraie visibilité aux études de l’Iweps sur l’état de la Wallonie. Aujourd’hui, il appelle les citoyens à se mobiliser pour changer la société et les partis

Entre les carpes et la vase qu’il affectionne lors de ses plongées dans les fonds obscurs des carrières du Hainaut avec l’un de ses trois garçons, et les pièces de théâtre qu’il joue sur les planches de la troupe amateur de son village de Tinlot, la réalité version Sébastien Brunet est plus brutale. "Je suis très inquiet par rapport au monde. C’est une forme de réalisme sombre. Je suis quelqu’un qui est souvent de bonne humeur mais là, la situation est compliquée", reconnaît-il. La réalité… Il en sait quelque chose.

À la tête de l’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique (Iweps) depuis 2011, Sébastien Brunet scrute inlassablement les grandes tendances de la Wallonie. De l’état économique du sud du pays, à son niveau de pauvreté ou sur les évolutions de long terme en matière de chômage, son travail est d’alerter "d’une manière objective" le monde politique sur la situation de la Wallonie.

Rodé à la critique sur les bancs de l’université de Liège lors de ses études en Sciences politiques, il a toujours été "très interpellé" par la question du pouvoir politique. "Déjà avant l’université, j’étais dans un mode très critique dans le fonctionnement de la société. J’ai toujours eu envie de me mettre au service du monde politique mais pas en m’engageant dans un parti. Je préfère apporter ma contribution en mettant en avant des éléments qui aident les décideurs."

Son diplôme de Sciences po en poche, il se lance dans la rédaction d’une thèse. Et, après quelques années comme assistant en sciences politiques, il prend la direction du centre de recherche Spiral, il débarque ensuite à l’Iweps en 2011. Comme patron! "Pourquoi l’Iweps? J’avais envie d’être plus proche de la décision. Donner des cours à l’université est passionnant (il y est toujours très actif) mais il arrive un moment où on a envie de nourrir l’expérience académique par une autre expérience. Je connaissais très peu l’Iweps."

Chien de garde

Acteur "engagé", "indépendant des partis politiques" et "aux convictions fortes", il défend le travail de son institution par rapport à une éventuelle pression politique. "À travers nos études, nous sommes là pour objectiver une réalité". Et tant pis si cela dérange le pouvoir en place comme ce fut le cas il y a quelques semaines avec une étude sur l’évolution du chômage. Une analyse qui a mis hors de ses gonds la ministre de l’Emploi, Eliane Tillieux (PS), qui s’en est plaint auprès du ministre-président.

"La question de l’indépendance revient systématiquement. Nous le sommes et c’est ce qui garantit le bon fonctionnement de notre institution. Mon rôle est de défendre mon équipe scientifique. Ils ont une liberté de recherche totale. Et je me battrai pour repousser les pressions politiques. Heureusement, depuis mon arrivée, je n’ai jamais dû en subir."

C’est également son institution qui a été en première ligne au moment de chiffrer pour le gouvernement wallon l’impact négatif lié à la faible consommation de produits wallons. Il compare son institution à un "Ovni" dans le paysage administratif et politique. "Notre organisme couvre la prospective, l’évaluation et les statistiques. C’est inhabituel et unique en son genre de rassembler ces trois missions dans une même institution".

Des marches participatives

Derrière son veston et la retenue que pourraient lui imposer ses fonctions de directeur à l’Iweps, Sébastien Brunet n’hésite jamais à interpeller la société civile pour espérer faire bouger les lignes. "Les citoyens doivent s’investir et se mobiliser pour faire bouger la société et les partis politiques. Il faut encourager le changement, il faut se questionner sur le modèle de société dans lequel nous voulons vivre, que nous souhaitons demain… La course à la digitalisation est-elle par exemple une réponse viable aux grands défis et enjeux de notre société? Ce n’est pas en formant tout le monde au numérique que nous arriverons à changer le paradigme global, à redonner une place à la dimension humaine, à la dimension environnementale essentielle à la durabilité de notre monde. Il faut arrêter la politique de la terre brûlée favorisant les comportements prédateurs et la fuite vers plus d’individualisme et de repli sur soi. La solution doit passer par une autre manière de penser l’économie comme c’est déjà le cas avec l’économie circulaire et celle de la fonctionnalité."

Si Sébastien Brunet vit la politique sans pour autant préparer son arrivée dans un parti, on s’étonne à peine quand il nous dévoile tous les projets qu’il compte lancer l’année prochaine. "Dans notre village, nous mettons en place des marches participatives. Ces initiatives permettront aux gens de faire état de leur perception du monde et de leur vision de la politique tout en marchant et en découvrant leur terroir. Les citoyens doivent rentrer dans les partis politiques et créer le débat. C’est par le questionnement au sein des assemblées des partis que nous arriverons à pousser ce changement. Il faut arrêter d’être au balcon."

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