La Wallonie rabote le budget R&D des unifs

©Thierry du Bois

Avec la fin du Plan Marshall en 2014, rien n’est prévu au budget 2015 pour divers programmes de recherche dans les universités subventionnées jusqu’à présent. Elles se voient privées d’une enveloppe de près de 30 millions.

C’est l’inquiétude chez les recteurs d’université. Selon nos informations, même si le gouvernement wallon a établi les différents axes du Plan Marshall 4.0, rien n’est (encore) prévu au budget 2015 pour assurer le financement de divers programmes de recherche réalisés dans les universités. Il en ressort donc un sérieux assèchement du canal de financement des institutions universitaires. "Le plan Marshall actuel a prévu des moyens de paiement et de financement au profit de différents programmes, mais avec la fin du plan en 2014, plusieurs mesures n’ont pas été reconduites et rien n’a été budgété pour 2015", nous a confié Didier Paquot, directeur du département économique de l’Union wallonne des entreprises (UWE) et membre du bureau du Conseil wallon de la politique scientifique (CPS).

L’analyse du budget initial 2015 de la Wallonie indique que les programmes d’excellence universitaire perdent leur dotation annuelle de 11 millions d’euros. Or, ces programmes ont pour objectif de concentrer d’importants moyens au sein des laboratoires de recherche universitaires reconnus pour leur excellence scientifique et les aider dans leur capacité à valoriser les résultats des travaux. La Wallonie a lancé huit programmes d’excellence au cours des dernières années, dont trois dans le cadre du Plan Marshall.

Création de spin-offs menacée

Même constat de réduction de fonds pour les programmes mobilisateurs, dont le but est de renforcer le potentiel scientifique des universités, des hautes écoles ainsi que des centres publics de recherche et des centres agréés. Ils perdent 6,3 millions. Le financement des chercheurs post-doctorat est raboté d’un montant de 3,7 millions d’euros et les programmes First risquent de se passer d’une enveloppe de 3,5 millions d’euros dont les universités ont besoin pour assurer leur renforcement. La perte concerne ici le programme First Spin-off, qui permet à un laboratoire (lié à une université ou à une haute école) de mener à bien une recherche orientée vers la création d’une nouvelle activité. La dotation pour le programme Welbio (recherche clinique) est réduit de 5 millions d’euros en 2015 sur une enveloppe totale de 6 millions.

Emplois de chercheurs mis à mal

Au total, ce sont au moins près de 30 millions d’euros de subventions que la Région wallonne enlève aux universités en 2015 par rapport 2014. La question est de savoir si le nouveau décret de soutien à la recherche pour la législature 2014-2019 comportera des mesures de soutien pour combler le manque à gagner des universités en matière de recherche. "Ce sont des moyens annuels et leur perte pourrait compromettre le contrat de plusieurs chercheurs dont les travaux de recherche sont justement financés par ces moyens", déplore Didier Paquot.

Ces décisions tombent à un moment où le CPS relève dans son 5e rapport d’évaluation ("L’Echo" du 4 décembre) la faiblesse des dépenses publiques au profit de la R&D. Elles sont de 0,7% du PIB, alors que l’objectif européen est de 1%.

Par ailleurs, le personnel R&D (chercheurs, techniciens, etc.) en Fédération Wallonie-Bruxelles est le plus bas des pays de l’Union européenne à 15. Il représente 1,72% de l’emploi global, soit 15.000 personnes. "Au moment où les universités sont confrontées à un définancement, la réduction des subventions est une catastrophe pour elles. Elle démontre que la Région wallonne ne soutient pas réellement les universités. Grâce à ces programmes, nous avons la possibilité d’obtenir du financement en dehors de l’enveloppe fermée de la Fédération Wallonie-Bruxelles, cette source est donc en train de tarir. La continuité des contrats d’un certain nombre de chercheurs sera mise à mal", regrette Yves Poullet, recteur de l’Université de Namur.

Une réunion est prévue début janvier entre le ministre wallon et de la Fédération Wallonie-Bruxelles Jean-Claude Marcourt (PS, Enseignement supérieur, Recherche) et les dirigeants des universités.

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