La Wallonie va chercher 8 millions dans les caisses d'Electrabel

Pour refroidir la centrale nucléaire de Tihange, Electrabel a besoin de beaucoup d'eau. Mais plus elle en consomme, moins elle est taxée. Le nouveau gouvernement wallon va faire sauter la dégressivité de la taxe qui ne profite aujourd'hui qu'à Electrabel. ©BELGAIMAGE

Dans le cadre de son conclave, le gouvernement wallon a décidé de modifier la taxation sur le captage des eaux de surface pour les industriels. Les modifications, qui ne visent qu’Electrabel, vont rapporter 8 millions d’euros.

Bouclé dimanche en fin de journée dans la précipitation, le budget 2018 de la Région wallonne continue à livrer ses secrets. Le dernier en date concerne la taxe sur le captage des eaux de surface en Wallonie. Attention, on ne parle pas ici d’une nouvelle taxe. Les ministres de la coalition MR-cdH ne cessent d’ailleurs de souligner à qui veut l’entendre qu’à l’inverse des socialistes qui régnaient en maître il y a encore quelques mois sur la Wallonie, la nouvelle majorité n’entend pas aller chercher l’argent dans la poche des citoyens pour boucler son budget ou pour financer les 100 millions de perte liés à la fin de la télé-redevance. Il faudra évidemment juger sur le long terme!

Le dossier dont il est question est plutôt à classer dans le chapitre concernant les adaptations apportées à certaines taxes actuelles comme ce fut le cas pour les mesures fiscales prises par le ministre du Budget.

Fin de l’immunité pour Electrabel

Mais plongeons-nous dans le vif du sujet. A la recherche de plusieurs centaines de millions d’euros pour boucler son budget 2018, le gouvernement a gratté les fonds de tiroir de la fonction publique en réduisant par exemple de 50 millions les dotations annuelles des unités d’administration publique ou en diminuant de 5% les subventions dans l’administration.

Les experts budgétaires ont aussi évalué les effets de certaines taxes avec comme fil rouge la question de savoir si il y a lieu d’améliorer voire de modifier la perception.

0,004 €
La taxe sur la captation des eaux de surface pour les industriels connaît un tarif dégressif. Au delà de 99 millions de m³, elle se réduit aujourd'hui à 0,004 euros. Mais cela va changer.

C’est là qu’arrivent en conclave les discussions autour de la taxe sur la captation des eaux de surface pour les industriels avec ce constat: à l’inverse des nombreuses PME qui paient une redevance de 0,063 euro par m³ d’eau sur le premier million capté en Wallonie ou encore pour de plus gros industriels comme Google, Arcelor ou Yara qui paient 0,02 euro par m³ sur leur tranche de consommation située entre 10 millions et 99 millions de m³ d’eau, le montant de la taxe retombe curieusement à 0,004 euro sur la tranche la plus importante située au-delà des 99 millions de m³ d’eau. Une "anomalie" qui ne profite qu’à Electrabel en Wallonie assure le gouvernement.

Lors de leur conclave, les ministres ont donc décidé de revoir partiellement cette logique du tarif dégressif mise en place en 2013 pour le plus gros consommateur industriel car elle va à l’inverse du principe du coût vérité que la Wallonie applique pour les citoyens.

Entre soucis environnementaux et impératifs financiers, le gouvernement a donc décidé de faire sauter le fameux plafond au-delà duquel seul Electrabel paie 0,004 euro par m³. "Cette tranche où Electrabel paie 0,004 euro par m³ va sauter", ne manque pas de souligner un expert. Contacté, le ministre de l’Environnement Carlo Di Antonio (cdH) justifie la mesure. "Pourquoi une PME qui tire 200.000 litres d’eau doit payer proportionnellement plus qu’Electrabel qui utilise des millions de litres d’eau pour refroidir sa centrale de Tihange? Il faut mettre fin à cette réduction et ce régime d’exception pour Electrabel et pour le nucléaire."

Ce petit changement rapportera 8 millions supplémentaires à la Wallonie. Un coût 100% à charge d’Electrabel!

Engie Electrabel n'a pas connaissance d'une éventuelle modification de la taxe sur le captage des eaux de surface pour les industriels, réagit mardi soir la porte-parole de l'entreprise, Anne-Sophie Hugé. "Nous n'en connaissons ni les modalités précises ni son impact."

Si cette mesure venait à se confirmer, "il s'agirait d'un alourdissement de la taxation dans un contexte de marché déjà sous pression pour les centrales, classiques et nucléaires", souligne Mme Hugé. "Les prix de marché ont diminué ce qui impacte nos revenus", poursuit-elle, ajoutant que les installations sont déjà taxées par le fédéral. La mesure impacterait dès lors fortement l'entreprise, "avec un régime fiscal qui s'alourdit alors que les revenus n'augmentent pas".

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