La Wallonie veut renégocier les conditions financières du Grand Prix de F1 de Francorchamps

©belga

L’arrivée de la F1 aux Pays-Bas en 2020 met la pression sur le Grand Prix de Spa-Francorchamps. Les organisateurs demandent à la Formula One Management de renégocier les conditions financières.

À quelques semaines du Grand prix de Formule 1 de Francorchamps, c’est l’effervescence du côté des autorités wallonnes. Loin des paddocks et du vrombissement des moteurs, les responsables de Spa Grand Prix et du gouvernement wallon sont plongés dans leur livre de comptes. Avec une certaine inquiétude.

7,5 millions de pertes en 2018

Inutile de le rappeler, malgré son exposition internationale, ses 85.000 spectateurs l’année dernière, la manche belge de la F1 à Spa est déficitaire. En 2018, la perte a été de 7,5 millions d’euros obligeant le gouvernement wallon, propriétaire de Spa Grand Prix, d’éponger une nouvelle fois les pertes. En 10 ans, le déficit cumulé se monte à environ 55 millions d’euros.

64,5 millions
d'euros
La Région wallonne a déboursé 64,5 millions d’euros pour accueillir trois nouvelles manches du championnat de F1 entre 2019 et 2021.

Ce fardeau financier est pourtant assumé ouvertement par les gouvernements successifs qui le contrebalancent par les retombées économiques et le fait que le circuit est une vitrine qui permet à la Wallonie et à la Belgique de rayonner à l’international. "Sur la base d’une extrapolation, à partir de la fréquentation de l’édition 2018, de l’étude réalisée en 2017 par un consultant externe et visant à estimer les retombées économiques, l’estimation moyenne de l’impact économique total pour la Wallonie s’élèverait à 18,4 millions d’euros", appuie une note du cabinet du ministre de l’Économie validée par le gouvernement la semaine dernière.

L’effet Verstappen

Forcément, les explications données pour commenter les difficultés financières varient d’une année à l’autre. Pour le Grand Prix de 2018, le ministre de l’Économie Pierre-Yves Jeholet (MR) parle notamment d’une baisse de la fréquentation de 10,5% au niveau des spectateurs par rapport à l’édition 2017. Plusieurs raisons sont avancées comme le retour des Grands Prix d’Allemagne et de France dans le calendrier de la compétition en 2018. Le Grand Prix d’Autriche, qui se tenait avant celui de Spa-Francorchamps, avait de son côté lancé une série d’actions afin d’attirer en masse la clientèle néerlandaise souvent présente en force à Spa pour soutenir son champion Verstappen. "Or, avec le prix des billets, les spectateurs se limitent généralement à un seul Grand Prix", analyse un acteur du dossier.

Voilà pour le champ général. Même si les pouvoirs publics s’en accommodent depuis belle lurette, il était nécessaire de le rappeler pour comprendre dans quelle pièce on joue.

La suite est plus corsée. En juin 2018, la SA Spa Grand Prix qui gère la manche de F1 en Belgique sur le circuit de Spa et son actionnaire la Région wallonne ont signé un nouveau contrat avec les responsables de la Formula One Management (FOM, promoteur du championnat dont l’actionnaire est l’américain Liberty, propriétaire de Telenet en Belgique). Le document prolonge de trois ans (2019-2021) le Grand Prix de Formule 1 à Francorchamps. Les conditions financières négociées pour le plateau prévoient que la Wallonie débourse 21 millions de dollars en 2019, 21,5 millions en 2020 et 22 millions en 2021.

En annexe du contrat, la Région fait glisser une clause qui prévoit une renégociation du cachet si la FOM décide d’accorder aux Pays-Bas une nouvelle manche du championnat.

Ce qui était alors redouté par les Wallons en juin 2018 arriva. Le 16 mai 2019, la FOM annonce l’organisation d’un Grand Prix de F1 aux Pays-Bas (circuit de Zandvoort) en mai 2020. "C’est un sale coup! Si nous ne renégocions pas le contrat, le déficit ne va faire que s’accroître", estime un proche du dossier.

Le bras de fer ne fait que commencer

Les organisateurs wallons craignent en fait que les spectateurs néerlandais délaissent un peu plus leur circuit pour supporter chez eux leur pilote Verstappen. C’est dans ce contexte que nous avons appris que Melchior Wathelet, président de la SA Spa Grand Prix, a écrit à la FOM il y a quelques jours pour lui rappeler les termes du contrat. "On doit rouvrir les discussions sur les conditions financières car il va forcément y avoir un préjudice pour nous", assure un des acteurs. La SA Spa Grand Prix attend de son côté une évaluation du manque à gagner demandée au consultant E&Y. "Cela va se chiffrer en millions d’euros", assure une source.

Le bras de fer ne fait que commencer. Les organisateurs espèrent arriver à un accord avant la manche belge fin août. "Ce n’est évidemment pas une bonne nouvelle. Et l’arrivée éventuelle d’Ecolo dans un gouvernement en Wallonie ne va pas aider car nous craignons que les verts stoppent le financement du Grand Prix de Francorchamps", redoute un acteur du dossier.

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