L'industrie du futur se dessine à Charleroi

La concession, accordée par la SNCB sur quatre ans, est renouvelable. ©Tim Dirven

L’industrie du futur se dessine le long des quais à Charleroi au travers de deux projets structurants pour le développement de la région: l’A6K et l’E6K. L’idée? Rassembler au sein du même bâtiment des mondes qui ne communiquent pas assez entre eux: la formation professionnelle et les entreprises d’une part, le secteur numérique et l’industrie traditionnelle d’autre part.

D’ici l’été, l’imposant bâtiment de l’ancien "Tri postal", situé juste à côté de la gare de Charleroi-Sud le long de la Sambre, va (enfin) connaître une seconde vie. Deux projets d’envergure, backés par la cellule Catch, Sambrinvest, la SNCB, le gouvernement wallon, la ville de Charleroi et Digital Wallonia, vont s’y installer: d’un côté, un centre industriel partagé dédié aux sciences de l’ingénieur, baptisé A6K (Advanced Engineering Center) et de l’autre, un centre de formation multi-opérateurs dédié aux métiers du numérique, baptisé E6K (Tech Education Center).

Pour le responsable de la cellule Catch, qui planche depuis 2017 sur la relance économique de la ville basse à travers la redynamisation de quatre écosystèmes créateurs d’emplois, ce double projet est pertinent à plus d’un titre. "Il matérialise deux axes importants du plan Catch, en rapprochant au sein du même bâtiment deux mondes qui ne se parlent pas assez: celui de la formation professionnelle et celui des entreprises. En outre, il rapproche le secteur numérique et celui de l’industrie traditionnelle", résume Thomas Dermine.

La Wallonie veut reconquérir sa place économique

Pour devenir l’usine du futur, la Région wallonne a identifié 11 technologies et trois moteurs clés pour l’industrie du futur et les expertises des centres de recherche. "La Wallonie a un important potentiel de progression en matière d'innovation technologique, de formation et de R&D", estime Fanny Deliège de l’Agence du numérique (Adn), qui note encore beaucoup de disparités en termes de maturité numérique entre les différents secteurs manufacturiers. Parmi les technologies qui constituent des axes importants, l’Adn estime que l’accent doit être particulièrement mis sur la simulation et les jumeaux numériques, l’Internet des objets, l’intelligence artificielle et le calcul à haute performance.

58% - Création de valeur: La valeur ajoutée brute du secteur industriel en Wallonie atteint les 58%.

150.000 création d’emplois: En 2018, le secteur industriel wallon a créé 150.000 emplois.

57% - Innovation: Le taux des entreprises industrielles ayant des activités d’innovation en Wallonie atteint 57%, loin derrière la moyenne nationale (70%).

Et au-delà, Charleroi entend même se profiler comme une ville laboratoire, l’idée étant de dupliquer ce type de projets dans d’autres centres urbains en Wallonie. "Cela fait partie d’un modèle réfléchi au niveau régional avec le cabinet du ministre Jeholet et l’Agence du numérique (Adn). Il y a beaucoup d’initiatives en matière d’innovation, de transformation et de formation mais elles manquent de lisibilité et de visibilité", estime Thomas Dermine.

Une école qui casse les codes

Concrètement, l’E6K et l’A6K se partageront une belle superficie de 6.000 m². "Il y a une partie ‘bureau’ de plus ou moins 2.000 m² pour l’École 6000 et une partie ‘entrepôt’ pour le centre de colocalisation des acteurs industriels", résume Thomas Dermine. Pour ce dernier, l’accès aux talents constitue le nerf de la guerre et justifie pleinement la création d’un centre unique de formation aux métiers du numérique en plein centre-ville. "Charleroi n’a pas d’université et les centres de compétences sont situés hors du centre-ville", rappelle-t-il.

L’École 6000 ambitionne d’être un point de formation ouvert et partagé qui veut casser les codes. Elle aspire à former plus de 300 étudiants par an aux technologies digitales. "Ce sera le réceptacle de tous les acteurs de la formation numérique en complémentarité avec l’espace Co.Station et le centre Quai 10", poursuit Thomas Dermine. On y retrouvera notamment les formations aux métiers du numérique développées par les centres de compétences IFAPME et TechnoFutur ou encore des programmes alternatifs comme BeCode.

"L’École 6000 ambitionne de former plus de 300 étudiants par an aux technologies digitales."
Thomas Dermine
Responsable de la cellule Catch

Un laboratoire d’open innovation industrielle

Avec l’A6K, Charleroi veut donner une dimension physique à la collaboration sectorielle au sein de cet écosystème historiquement fort. "Les groupes industriels présents dans la région comme Thalès, Alstom, GE ou Nexans collaborent peu entre eux de manière structurelle alors qu’ils partagent beaucoup de défis communs, notamment en matière d’attraction et la rétention de personnel, de formation, de R&D et de transformation vers l’industrie 4.0", commente Thomas Dermine.

Afin de pouvoir offrir aux entreprises et aux centres de recherche des solutions d’accueil flexibles, Sambrinvest et la cellule Catch ont opté, avec le cabinet d’architecture Traumnovelle, pour un concept de "box in the box" ultra-modulable. "On va aménager sur les 4.000 m² de l’entrepôt des petits modules qui ressemblent à des serres de jardinage et qui seront pris en location par les différents acteurs", commente Thomas Dermine. Le prix de la location est fixé à 25.000 euros par an pour 50 m².

750.000 euros d’investissements

Si le bâtiment appartient à la SNCB, c’est Sambrinvest qui supporte financièrement l’entièreté du projet. On parle d’un budget de 750.000 euros. "Nous supportons le risque locatif en prenant en concession pour 4 ans tout le bâtiment, nous préfinançons les travaux de transformation et prenons en charge les coûts de chauffage du bâtiment", résume Basile Vellut, chargé de communication.

Une série d’acteurs industriels (AGC, Thalès, Alstom), des PME, des centres de recherche (Cetic, Cenaero, Sirris, Multitel), des prestataires de services privés (Akka, I-Care) et des acteurs institutionnels comme Mecatech ont déjà manifesté, dans des lettres d’intentions, leur intérêt pour rejoindre ce nouveau centre de l’innovation industrielle. "On table sur 8 à 10 semaines de travaux d’aménagement. Idéalement, on souhaiterait faire un premier lancement juste avant l’été et une ouverture officielle en septembre", conclut Thomas Dermine.

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