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La responsabilité de la SNCB engagée dans l'accident de Morlanwelz

©Photo News

D’après les premiers éléments de l’enquête, les agents de la SNCB n’ont pas pris toutes les précautions pour assurer le freinage du train fou. Les agents d’Infrabel blessés ou les héritiers pourraient se retourner contre elle.

Les différentes investigations dans l’accident ferroviaire avec mort d’hommes à Morlanwelz se poursuivent. D’après des sources proches des enquêtes, la responsabilité des agents de la SNCB (et de facto de l’entreprise ferroviaire) pourrait être engagée dans l’accident qui a fait deux morts et des blessés le 27 novembre en soirée.

Les agents de la SNCB venus relever les deux automotrices endommagées n’auraient pas pris toutes les mesures de précaution nécessaires pour éviter le drame.

En effet, les agents du transporteur ferroviaire venus relever les deux automotrices endommagées suite à une collision, intervenue dans la matinée du 27 novembre, n’auraient pas pris toutes les mesures de précaution nécessaires pour éviter le drame. Selon les informations techniques livrées aux différents enquêteurs, le couplage des trains est assuré par plusieurs liens.

Il y a, d’une part, le lien mécanique, concrètement l’attelage qui est la première mesure de sécurité, et d’autre part le lien pneumatique, qui en est la seconde. Le troisième lien est électrique. Lors du découplage mécanique des trains, la pression d’air diminue de 5 bars actionnant ainsi les freins assurant ainsi l’immobilisation du convoi. Il s’avère, dans le cas de Morlanwelz, que les freins n’étaient plus opérationnels (le train fou était sans frein) et le conducteur du train de levage en était parfaitement au courant.

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La manœuvre de remorquage des deux automotrices endommagées et leur traction vers le dépôt de La Louvière sont assurées par des agents de la SNCB. Les investigations des enquêteurs doivent permettre de déterminer pourquoi l’une des deux automotrices s’est détachée et a dévalé la voie en pente fauchant sur son passage des agents du gestionnaire d’infrastructure Infrabel travaillant sur la voie et tuant deux d’entre eux avant d’aller percuter un train de voyageurs.

Selon toujours des sources proches des enquêtes, deux recommandations de précaution sont prévues pour éviter qu’un train fou sans frein ne roule sur la voie. Il est stipulé que les agents de la SNCB installent un agent à bord du train remorqué pour qu’il actionne manuellement les freins au cas où le train se détacherait accidentellement.

Une autre mesure de précaution demande à ce que les agents de la SNCB installent une locomotive au bout du convoi, dans le sens opposé du train de remorquage ou de levage pour que celle-ci serve de résistance et bloque le train fou. Il nous revient que lors de la manœuvre à Morlanwelz, ces deux précautions n’avaient pas été prises. Si ces deux principes avaient été respectés, le drame de lundi 27 novembre aurait pu être évité.

Dommages et intérêts

Un élément pourrait atténuer la responsabilité de la SNCB, nous a confirmé un cheminot expérimenté. Il estime que les habitudes suggèrent que les agents d’Infrabel qui travaillent sur la voie mettent des pétards sur la distance séparant le lieu de leur intervention du train de levage. Ainsi ils seront prévenus si un train en perdition est en approche.

Selon nos informations, l’auditeur du travail qui mène l’enquête judiciaire aurait soulevé cet élément, mais malheureusement, il semble qu’aucune disposition légale ou réglementaire n’oblige les agents d’Infrabel à procéder de la sorte. Le drame de Morlanwelz, à l’instar de tout accident, est la conséquence de la succession d’une série de manquements, de défauts de prévoyance ou d’entorse aux principes de précaution.

"L’enquête judiciaire est en cours et on ne peut faire aucun commentaire."
Les porte-parole de la sncb et infrabel

Contactés par nos soins, les porte-parole de la SNCB et du gestionnaire d’infrastructure Infrabel se refusent à tout commentaire. "Il y a une enquête judiciaire en cours, on ne peut rien dire", nous ont-ils confié en substance. D’ailleurs, sur la base d’une injonction de l’auditeur du travail du Hainaut, division de Charleroi, qui leur demande d’observer un devoir de réserve dans le dossier, la CEO de la SNCB, Sophie Dutordoir, et son homologue d’Infrabel, Luc Lallemand, ont décliné l’invitation de la Commission infrastructure de la Chambre pour une audition prévue hier.

La présidente de la Commission, Karine Lalieux (PS) a donc suspendu les travaux sur le sujet et les a reportés à plus tard. Si la responsabilité de la SNCB est confirmée, les agents blessés d’Infrabel ou les héritiers de ceux qui sont décédés pourraient se retourner contre elle pour demander des dommages et intérêts. Infrabel aussi pourrait demander la réparation de son dommage.

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