La vente d'armes wallonnes à l'étranger en hausse de 180%

©BELGAIMAGE

La Région wallonne a accordé aux entreprises du secteur pour plus de 2,6 milliards de licences d'exportation et de transfert d'armes en 2019.

La Wallonie n’a jamais vendu autant d’armes dans le monde depuis 2014. C’est ce qui ressort du dernier rapport sur les exportations d’armes wallonnes déposé par le ministre-président Elio Di Rupo au parlement wallon il y a une dizaine de jours. Les chiffres portent sur l’année 2019. Ce sont les derniers rendus publics. Les premières tendances pour 2020 restent, elles, tenues confidentielles par le ministre-président. Malgré ce décalage dans le temps entre l’année 2019 et aujourd’hui, il s'agit néanmoins d'un indicateur de la tendance de fond. Car même si la crise sanitaire du Covid-19 impactera les chiffres de vente en 2020, le secteur wallon de l’armement, derrière lequel on trouve des entreprises comme John Cockerill (ex-CMI) ou la FN Herstal (détenue à 100% par la Région wallonne), se place dans un trend haussier depuis quelques années.

Hausse de 180%

Passons aux chiffres. Après une année 2018 qualifiée d’exceptionnelle pour la vente d’armes wallonnes avec 950 millions de licences octroyées par la Région, l’année 2019 crève tous les plafonds avec une hausse de 180% des montants liés aux licences octroyées sur un an, peut-on lire dans le rapport. "On passe en effet de 949.922.079 euros à 2.659.447.745 euros en 2019", précise le document. Cette envolée spectaculaire rappelle l’année 2014 où les services du gouvernement wallon avaient octroyé aux entreprises de la Région pour plus de 4,6 milliards d’armes de licences dans le monde, un record jamais égalé.

En 2019, dix licences portaient par ailleurs "sur l’exportation/le transfert de capacités de production"
Rapport du gouvernement wallon

"En 10 ans, le nombre de licences octroyées par l’autorité wallonne a augmenté de 19%", précise le rapport. Ces licences touchent 64 pays à travers le monde et concernent majoritairement des acheteurs privés. "Les transactions wallonnes réalisées au profit de destinataires publics sont de l’ordre de 403 licences en 2019 tandis que celles enregistrées en faveur de destinataires privés s’élèvent à 896 licences." Dix licences portaient par ailleurs "sur l’exportation/le transfert de capacités de production".

Le Canada et Arabie Saoudite boostent les ventes

Pour comprendre ce qui se cache derrière cette hausse, il faut aller voir du côté des clients. Si l’Union européenne reste un important marché pour les armes wallonnes, le Canada a acheté pour près de 1,8 milliard d’armement. Ce montant est donné dans le rapport sans autre explication si ce n’est qu’il concerne du matériel repris dans la catégorie "tanks, véhicules blindés et pièces détachées". Contacté, le ministre-président n’a pas apporté d’autres commentaires. Ni l’entreprise John Cockerill. Mais on peut logiquement supposer que ces chiffres canadiens sont en lien avec le contrat signé par John Cockerill et le groupe canadien General Dynamics en 2014 pour la fourniture, pendant dix ans, à l'Arabie Saoudite, des tourelles et des canons qui vont équiper plusieurs centaines de chars d'assaut.

19%
En 10 ans, le nombre de licences d'armes octroyées aux entreprises de la Région par l’autorité wallonne a augmenté de 19%.

Derrière le Canada, l’Arabie Saoudite est devenue, en quelques années, un des principaux clients de la Wallonie. En 2019, et malgré le refus de deux licences, la monarchie sunnite a acheté pour 302 millions d’armement (225 millions en 2018). On trouve en troisième place les USA avec 107 millions (108 millions en 2018).

Le lien commercial entre l’Arabie Saoudite et la Wallonie dans le commerce de l’armement est fortement critiqué par la Ligue des droits de l’homme et Amnesty International, qui accusent les gouvernements wallons successifs de fermer les yeux sur la politique de répression de Ryiad au Yémen. Côté wallon, on se défend de toute imprudence en pointant le suivi des positions internationales, dont la position commune de l’Europe.

"Le gouvernement n’a pas tiré les leçons des années de débat et de la nécessaire réorientation du commerce."
Ligue des droits de l'homme

En 2018, l’ancien gouvernement wallon avait malgré tout émis l’idée de réorienter son industrie de l’armement afin de se défaire de ses clients "embarrassants".  Cette intention a été rappelée dans la déclaration de politique générale de la coalition PS-MR-Ecolo. Les chiffres prouvent néanmoins qu’il est difficile de se défaire du jour au lendemain d’un si important client quand il fait vivre un secteur qui pèse plus de 4.000 emplois en Wallonie. "Le gouvernement n’a pas tiré les leçons des années de débat et de la nécessaire réorientation du commerce", estime la Ligue des droits de l’homme. "Le commerce continue avec l’Arabie Saoudite. Il y a encore eu des ventes en 2020", point l’ONG.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés